Lessons from mess at Emploi-Quebec

BERNARD AMYOT
Freelance

Montreal Gazette, Tuesday 26 October 1999

(Traduction de Vigile)



Bear with me a second while I dredge up some old memories: "The fate of the nation is in peril. We must get the federal government out of manpower training. Our national pride is at stake. We must be masters of our own destiny." Well, the Quebec government now has control of manpower training, along with the money that Ottawa used to spend on it in Quebec. And what, you might ask, has our intrepid sovereignist regime done with its new responsibility and money? Worse than nothing. Indeed, it has orchestrated a truly superb mess.

According to the avalanche of stories in the media, supported by a recent, embarrassed government admission, total confusion reigns at Emploi-Quebec. Pequiste ministers are falling over themselves proffering convoluted explanations or passing the buck. However, this time, they can't use their usual strategy of posing as the humiliated victims of federalism. This time, by no stretch of the imagination can they credibly blame anyone else but themselves for their humiliation.

Manpower training was a relatively minor federal program. If its transfer to the province caused such an administrative nightmare, imagine the chaos the morning after secession, when a Pequiste government would have to manage all the responsibilities now split between federal and provincial jurisdictions.

Under the current federal system, the provincial government already has a wide range of responsibilities. Given the current regime's clumsiness in handling what is after all a modest addition to its powers, one can only conclude that its loud and on-going demand to take control of all remaining federal powers is totally irresponsible.

It had taken years of "great struggle" to gain exclusive control of manpower training, without which a prosperous future was allegedly impossible. And for what? To determine which flag's emblem will decorate cheques sent in the mail? In any event, it seems that the cheques will undoubtedly arrive late. The issue would be amusing, if it weren't for the thousands of unemployed workers who have to wait for the mess to be sorted out, and if it weren't for the constant threat of a third referendum. It is unfortunate, but the ideological needs of the secessionists continue to take priority over the real needs of Quebecers.

The Bouchard government, already completely sovereign in the troubled fields of education and health care, should focus on managing its existing jurisdictions well, instead of constantly scheming to prepare "winning conditions" for its next referendum. One of its recent, more ghoulish winning conditions is to wait for more of the elderly to die, since its strategists have calculated that older people are less likely to be on their side. It would be better for society if our government focused on promoting prosperity for all of its citizens, a prosperity which unfortunately continues to elude us since we are still handicapped by the obsolete concept which elevates the Quebec government to the status of sole centre of society. This ideology no longer attracts our youth. They have learned that they can no longer rely on the help of a virtually bankrupt state.

As part of their beguiling message, the secessionists talk profusely about negotiating a partnership with the rest of Canada, even though Canada already constitutes a real partnership, one which is constantly evolving. In reality, there is no such thing as a perfect system of government and no one level of government can claim to be better than another. Reason and history have shown that splitting powers and responsibilities between different levels of government is beneficial. A bit of creative rivalry between governments might annoy some bureaucrats and politicians but it is good for societies in the long run. Good ideas eventually spread and the damage from bad ideas is limited by jurisdictional borders. The transfer of the federal manpower training program is an eloquent example of both the flexibility of our federal system and of the fallibility of governments.

The Canadian federation has always been able to adapt to the needs of its people and can continue to meet the changing realities of our world. Why not continue, as well-meaning people acting in good faith, to build upon this existing partnership, rather than give in to the Pequistes' demand for the total concentration of power in their hands? At the end of the day, we will have accomplished something much more productive.

- Bernard Amyot, a lawyer at Heenan Blaikie in Montreal, is president of the Groupe des Cent, an association of young Quebec entrepreneurs, professionals and academics founded in 1995 to defend Canadian federalism.

Supportez un instant que je fasse remonter quelques vieux souvenirs: "Le destin de la nation est en péril. Nous devons sortir le gouvernement fédéral de la formation de la main-d'oeuvre. Notre fierté nationale est en jeu. Nous devons être maîtres de notre propre destin." Bien, le gouvernement du Québec a maintenant la responsabilité de la formation de la main-d'oeuvre, avec l'argent qu'Ottawa avait l'habitude d'y dépenser au Québec. Et, pourriez-vous demander, qu'est-ce que notre intrépide régime souverainiste a fait de cette nouvelle responsabilité et ce nouvel argent? Pire que tout. En effet, il a orchestré un désordre véritablement superbe.

Selon l'avalanche d'histoires dans les médias, soutenue par l'admission récente et embarrassée du gouvernement, une confusion totale règne à Emploi-Québec. Les ministres péquistes sont dépassés, se réfugient dans des explications futiles ou se renvoient la balle. Cependant, cette fois, ils ne peuvent pas utiliser leur stratégie habituelle de se poser en victimes humiliées du fédéralisme. Cette fois, ils ne peuvent plus fabuler et n'ont qu'eux-mêmes à blâmer, s'ils veulent être crédibles, pour leur humiliation.

La formation de la main-d'oeuvre était un programme fédéral relativement mineur. Si son transfert à la province a causé un tel cauchemar administratif, imaginez le chaos au lendemain de la sécession, quand un gouvernement péquiste devra contrôler toutes les responsabilités actuellement partagées entre les juridictions fédérales et provinciales.

Sous le système fédéral actuel, le gouvernement provincial a déjà un large éventail de responsabilités. Etant donné la maladresse du régime actuel, en assumant ce qui est, après tout, un ajout modeste à ses pouvoirs, on ne peut que conclure que sa demande insistante et incessante pour prendre en main la totalité des pouvoirs fédéraux restants est totalement irresponsable.

Il aura fallu des années de "chicanes" pour réussir à transférer le pouvoir exclusif de la formation de la main-d'oeuvre, sans lequel un avenir prospère était prétendûment impossible. Et pour arriver à quoi? Pour décider quel est l'emblème qui décorera les chèques envoyés par courrier? Quoi qu'il arrive, il semble que les chèques parviendront assurément tard. La situation serait amusante, si elle n'affectait pas des milliers d'ouvriers sans emploi qui doivent attendre que le chaos soit réglé, et s'ils n'étaient pas soumis à la constante menace d'un troisième référendum. C'est malheureux, mais les besoins idéologiques des sécessionistes continuent de prendre le dessus sur les vrais besoins des Québécois.

Le gouvernement Bouchard, déjà complètement souverain dans les domaines troublés de l'éducation et de la santé, devrait se concentrer sur le contrôle de ses propres juridictions actuelles, au lieu de travailler constamment sur des projets en vue de créer les "conditions gagnantes" pour son prochain référendum. L'une de ces plus récentes, plus macabres conditions gagnantes, c'est d'attendre la mort des personnes âgées, puisque ses stratèges ont calculé que les personnes plus âgées leur sont moins favorables. Il serait plus profitable à la société que notre gouvernement se concentre sur les moyens de favoriser la prospérité de tous ses citoyens, une prospérité qui continue malheureusement à nous échapper puisque nous sommes encore handicapés par le concept désuet d'un gouvernement du Québec promu au statut de centre unique de la société. Cette idéologie n'attire plus nos jeunes. Ils ont appris qu'ils ne peuvent plus compter sur l'aide d'un État virtuellement en faillite.

En tant qu'élément de leur message de séduction, les sécessionistes parlent avec profusion de négocier un partenariat avec le reste du Canada, quoique le Canada constitue déjà un vrai partenariat, lequel évolue constamment. En réalité, il n'y a pas de système parfait de gouvernement et aucun niveau de gouvernement qui puisse prétendre être meilleur que les autres. La raison et l'histoire ont prouvé que le partage des pouvoirs et des responsabilités entre différents niveaux de gouvernements est une bonne chose. Un peu de rivalité créatrice entre les gouvernements pourrait gêner quelques bureaucrates et politiciens mais c'est une bonne chose pour les sociétés à la longue. Les bonnes idées ont la possibilité de s'étendre et les dommages produits par les mauvaises idées sont limités par les limites juridictionnelles. Le transfert du programme de formation fédéral de la main-d'oeuvre est un exemple éloquent de la flexibilité de notre système fédéral et de la faillibilité des gouvernements.

La fédération canadienne a toujours pu s'adapter aux besoins de ses populations et peut continuer à répondre aux réalités changeantes de notre monde. Pourquoi ne pas continuer, comme des personnes bien intentionnées agissant de bonne foi, à construire sur la base d'un partenariat déjà existant, plutôt que céder à la demande des Péquistes de concentrer dans leurs mains tous les pouvoirs ? À la fin, nous aurons accompli quelque chose de beaucoup plus productif.

- Bernard Amyot est avocat chez Heenan Blaikie à Montréal, et président Groupe des Cent, une association de jeunes entrepreneurs, de professionnels et d'intellectuels du Québec, fondée en 1995, pour défendre le fédéralisme canadien.