ÉDITORIAL

Terroristes en herbe

J.-Jacques Samson

LeSoleil 8 juin 1999




Se réclamer du FLQ et utiliser son sigle réfèrent à la période la plus traumatisante de l'histoire récente du Québec, à des événements qui ont marqué tous les 45 ans et plus : l'assassinat d'un ministre, deux enlèvements politiques, des dizaines d'attentats à la bombe, dont un meurtrier, et plusieurs autres actes criminels ; le recours à la loi sur les mesures de guerre, la suppression des libertés individuelles de tous les Québécois, l'occupation du territoire par l'armée et une collection d'emprisonnements sélectifs. S'identifier au FLQ n'est pas innocent de la part des nouveaux prêtres de la révolution, même s'il ne devait s'agir que d'amateurs. Ils utilisent la peur semée par les terroristes entre 1963 et 1971, les traces laissées dans notre mémoire collective, pour intimider plus efficacement leurs cibles et mieux ébranler l'opinion publique.

La liste des actes de vandalisme dans la région de Québec inspirés par des motifs politiques s'allonge. Le monument Wolfe a été barbouillé parce que des personnes y voient un symbole de colonialisme. Des graffitis ont toutefois été peints aussi à deux reprises au Quebec High School ; sur la voiture de la journaliste Elisabeth Thompson, du quotidien The Gazette, et sur celle de son conjoint ; à la résidence du président de Voice of English Quebec, Thomas Reisner. Ces choix ont des odeurs de racisme. Les anglophones de la région de Québec, visés à travers le Quebec High School, vivent en effet dans la plus belle harmonie avec la majorité francophone. La journaliste Elisabeth Thompson, pour sa part, ne s'est jamais démarquée par des écrits agressants contre les souverainistes, et l'organisme présidé par M. Reisner a coupé les liens avec Alliance Québec dirigé par Bill Johnson. Le seul tort des individus et institutions attaqués est d'être anglophones.

Une agression contre le militant fédéraliste Pierre Roy était une faon assurée pour nos terroristes novices de faire parler d'eux, un des objectifs toujours poursuivis par de tels gestes. André Arthur a tenté de son côté de déjouer cette recherche de publicité mais il a été trahi. L'animateur radiophonique s'exprime avec le mordant que l'on sait et il a toujours eu le courage de ses opinions. Les graffitis sur leurs biens personnels, à la faveur de la nuit, la fausse grenade lancée chez M. Roy, sont au contraire à la fois des gestes de lâcheté et des « châtiments » pour délits d'opinion. Ce dernier crime est grave dans une société qui se veut démocratique, et il ne doit jamais être pris à la légère.

Le FLQ a été fondé en 1963. Ses premiers méfaits ont aussi consisté en graffitis, avant de passer aux bombes. Nous ne les prenions pas trop au sérieux non plus au départ. Le Mouvement de libération nationale est apparu en décembre 1995, en se présentant ouvertement comme l'héritier du FLQ. Son président, Raymond Villeneuve, est l'un des cofondateurs du « vrai » FLQ en 1963. Son mouvement publie un bulletin de liaison qui encourage l'utilisation de méthodes d'intimidation à l'endroit des fédéralistes et a déjà contenu des menaces à peine voilées. Ni le MLNQ depuis 1995 ni les premiers gestes signés FLQ en 1999 dans la région de Québec n'ont été pris très au sérieux, à commencer par les forces policières. Il est temps d'appliquer le principe de la tolérance zéro.

Le plus stupide, dans les initiatives de tous ces soi-disant libérateurs du peuple québécois, est enfin de causer de graves préjudices aux souverainistes sérieux dont l'un des défis consiste justement à convaincre de leur sérieux, de la stabilité économique, politique d'un Québec indépendant et de leur respect des droits individuels. Que les leaders souverainistes cessent de feindre ignorer les actes d'extrémistes qui gravitent à la périphérie de leurs partis. Le ministre de la Sécurité publique peut-il entre autres demander à sa police nationale de prendre les moyens appropriés pour épingler les terroristes en herbe avant qu'ils aillent plus loin ?