Les deux clans se contenterait d'un affichage bilingue


Le dilemme de l'affichage est loin d'être réglé dans le Pontiac. Et pourtant, la solution semble si simple.



Du moins, les deux côtés de la clôture, soit les nationalistes francophones et les commerçants anglophones unilingues, s'entendent sur une chose: ils se contenteraient d'un affichage bilingue, peu importe la prédominance ou non du français.

«C'est clair que nous ne nous plaindrions pas si toutes les affiches étaient bilingues. Si au moins, les francophones pouvaient avoir droit à des services en français», explique le président du Comité d'action francophone du Pontiac, Sébastien Beaudoin.

Les commerçants anglophones, eux, soutiennent que ce qui les insulte dans la loi 86, c'est cette obligation de donner la prédominance au français, alors que la majorité de leurs clients sont anglophones.

Le nouveau président du groupe de pression anglophone Alliance Outaouais, Richard Henderson, croit que l'affichage bilingue devrait être toléré, même si le français n'est pas prédominant.

Effort

Selon lui, les commerçants devraient faire un effort et afficher dans les deux langues. «C'est sûr et certain que les francophones, même s'ils ne sont que 10 % de la population, comme à Shawville, ont droit à un affichage bilingue. Comme, d'ailleurs, les anglophones dans les autres villes du Québec devraient avoir droit à un affichage bilingue», soutient M. Henderson, un Aylmerois qui travaille comme technicien en éducation physique à l'école secondaire Mont-Bleu, de Hull.

Richard Henderson, qui porte le même prénom que son père, le co-fondateur d'Alliance Outaouais, croit cependant que le gouvernement envenime les choses en envoyant des inspecteurs photographier les commerces.

«Ça me semble draconien comme moyen. Il devrait y avoir d'autres méthodes, d'autres façons», dit-il.

Mais, pour Sébastien Beaudoin, il faut avoir recours aux inspecteurs, puisque les commerçants ne respectent même pas l'esprit de la loi. «La réalité, c'est que les commerces affichent en anglais seulement et que s'ils affichent dans les deux langues, ils se font boycotter par les clients anglophones anti-français.» Tout cela n'est que propagande nationaliste, répond Paul McGee, du journal The Equity, à Shawville. Selon lui, tout ce débat est futile et les lois linguistiques du Québec font perdre temps et argent aux contribuables.

«Nous devrions nous concentrer sur l'économie et laisser les gens afficher dans la langue qu'ils veulent. C'est le sentiment général ici, à Shawville», fait-il remarquer.

C'est à croire que Hugh McLennan était dans le Pontiac, le jour où il a inventé l'expression The Two Solitudes.

MATHIEU TURBIDE, Le Droit, 14.7.99