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Il y a 25 ans, la loi 22Cette page d'histoire avait coûté le pouvoir à Bourassa
Hier, au moment où on rappelait cette page d'histoire controversée, qui a probablement coûté le pouvoir au premier ministre libéral Robert Bourassa aux mains des troupes péquistes de René Lévesque en 1976, les porte-parole des communautés francophone et anglophone continuaient de défendre ou de honnir cette loi, qui reconnaissait pour la première fois le français comme langue officielle du Québec. Aujourd'hui, comme il y a maintenant un quart de siècle, les francophones et les anglophones ne regardent toujours pas les statistiques de la même façon. La ministre responsable de la francophonie, Louise Beaudoin, aussi responsable de la Charte de la langue française (Loi 101) - une version bonifiée de la loi 22 adoptée par un gouvernement péquiste le 26 août 1977 -, a affirmé sa conviction, hier, que cet anniversaire doit nous rappeler «que la situation linguistique qui prévaut actuellement est le résultat de ces efforts collectifs qui se sont concrétisés par la mise en oeuvre d'une véritable politique linguistique.» Cela étant dit, la ministre a profité de l'occasion pour réaffirmer l'obligation «de demeurer vigilants» puisque les Québécois sont toujours entourés de 300 millions d'anglophones et que le phénomène de la mondialisation demeure aussi un défi à la survie de la langue française. Dans trois ans, a-t-elle précisé, on fêtera un autre anniversaire, «le 25e de la loi 101», mais il est encore beaucoup trop tôt pour songer à revoir en profondeur cette charte. «Renverser la tendance vers l'anglicisation»«Il y a encore trop de défis à relever au chapitre de la préservation de la culture française en Amérique, a-t-elle dit. Il faut faire en sorte de continuer à renverser la tendance vers l'anglicisation. Le loi 22 et la Charte n'ont pas encore donné tous leurs fruits. Il faudra probablement attendre encore deux ou trois générations. Quand on dit 25 ans, on parle à peine d'une génération. »Pour le président d'Alliance Québec, Bill Johnson, ce 25e anniversaire rappelle «un geste honteux», qui ne sera jamais oublié de la communauté anglophone québécoise. Hier matin, M. Johnson a soutenu que ces deux lois linguistiques (22 et 101) dont sa communauté, selon lui, continue de faire les frais, sont le lot «non seulement des péquistes, mais aussi des libéraux». Il a appuyé cette affirmation en citant les mémoires de René Lévesque qui reconnaissait que la loi 101 aurait été impensable sans la loi 22 des libéraux de Robert Bourassa. «Oui, a-t-il expliqué, les francophones sont unis derrière cette conception. C'est vrai aussi que, dans la classe politique francophone, il y a un consensus pour exprimer, sur le plan purement symbolique, que le français est la seule langue officielle du Québec. Je pense que cette dégradation de l'anglais sur le plan symbolique n'a jamais été acceptée par les anglophones et tous les sondages, depuis le temps, le démontrent; ça ne le sera jamais.» Le porte-parole libéral et député d'Outremont Pierre Etienne Laporte, s'y connaît plus que quiconque dans le dossier de l'administration des lois linguistiques puisqu'il a été, de 1985 à 1994, successivement président de l'Office de la Commission et du Conseil de la langue française. Il a aussi été conseiller de la commission Gendron et conseiller personnel de Robert Bourassa sur les questions linguistiques avant l'adoption de la loi 22. Hier, il a lui aussi affirmé qu'il est encore trop tôt pour relancer le débat linguistique. «La décision de Robert Bourassa avec la loi 22, a-t-il dit au cours d'un entretien téléphonique, a représenté une rupture importante dans le traitement de cette question puisque même la commission Gendron recommandait de ne pas toucher à la langue de l'enseignement.» M. Laporte considère toujours que la loi 101 du Dr Camille Laurin demeure indispensable pour intégrer les immigrants à la majorité francophone. «C'est une décision qui devait être prise, a-t-il soutenu, pour renverser la tendance. Si, d'un côté, la situation a depuis changé de façon inimaginable, d'un autre côté, je ne crois pas que l'on soit maintenant arrivé à l'étape de la déréglementation.»
Des chiffres éloquentsAujourd'hui, les statistiques démontrent que le français au travail a augmenté partout au Québec même si on constate qu'à Montréal, c'est encore loin d'être le cas, alors qu'en 1989, seulement 56% de l'ensemble de la main-d'oeuvre montréalaise travaillait généralement en français. Au chapitre de la langue de l'enseignement, la proportion des élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire qui étudient en français est passée de 83,4% en 1977 à 90% en 1998. En 1972, 15% des allophones étudiaient en français et en 1998, cette proportion atteignait 98%. La proportion des nouveaux collégiens allophones qui choisissent l'enseignement en français est par ailleurs passée de 18% en 1980 à 43% en 1998. De 1972 à 1987, l'effectif étudiant anglais a diminué de 85% et s'est stabilisé depuis 1988. L'immersion en langue française a gagné en popularité puisque plus du tiers des élèves anglophones participent à de tels programmes. Jusqu'en 1981, chez les allophones, 72% des transferts linguistiques s'effectuaient vers l'anglais et seulement 28% vers le français. Depuis, cette proportion d'allophones qui s'orientent vers le français tourne autour de 67%. Le Québec compte un peu plus de sept millions d'habitants dont 81,5% ont le français comme langue maternelle, 8,8% l'anglais et 9,7% d'autres langues. La proportion de Québécois de langue maternelle anglaise a diminué, passant de 13,1 à 8,8% depuis 1971 tandis que celle des allophones n'a cessé de croître passant de 6,2 à 9,7% pour la même période. A Montréal, la population de langue maternelle française n'a cessé de diminuer, passant de 61,2 à 53,4%. La population de langue maternelle anglaise a aussi régressé, passant de 23,7% en 1971 à 18,9%, alors que le pourcentage des allophones a grimpé de 15,1 en 1971 à 27,7% en 1996.
Pierre April, Presse canadienne, 30.7.99, in LeDevoir du 31 juillet 1999.
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