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FLQ - Demande de réparation
Notre mémoire collective repousse-t-elle Octobre comme elle tend à repousser d'autres « aménités » historiques de nos soi-disant « partenaires » (répression des Patriotes, incendie du parlement...) ?
Vous parlez, au passage, de sévices personnels, y compris physiques, subis par vous lors de la Crise d'octobre (message 1609): "Quiconque, comme moi, a subi des sévices même physiques, de nos adversaires, lors de la Crise d'Octobre, ne peut accepter de se faire dire que le Fédéral est démocratique dans ses agirs, certainement pas pour nous, Baptistes Porteurs d'eau."). J'ignore la nature exacte des sévices en question, mais il est certain que beaucoup de gens ont directement souffert de l'intervention brutale qu'Ottawa, en octobre 1970, a menée en territoire québécois, avec la complicité des autorités de la "belle province", sous le couvert de la Loi des mesures de guerre : suspension des libertés civiles, arrestation sans mandat et détention arbitraire de centaines de personnes, effraction de domiciles, invasion de la soldatesque à Montréal, panique, etc. Je profite donc de votre remarque en passant pour attirer l'attention sur deux choses qui restent aujourd'hui étonnantes relativement à ces événements de 1970.
Deuxième chose. Il est étonnant que, trente ans plus tard, les victimes de cette crise d'Octobre et de l'intervention armée n'aient encore (à ma connaissance) rien réclamé. À quand une demande d'excuses officielles, une exigence de dédommagement, de réparation ?! À quand une action publique en ce sens ?! Je signale qu'en 1994, le film Octobre de Falardeau, donnait déjà occasion à Josée Legault d'attirer l'attention sur ces deux choses. Elle écrivait, dans The Gazette : « Le film de Falardeau dérange et pourrait provoquer un débat sur ces événements, débat qui se fait attendre depuis longtemps. Mais étant donné que nous n'avons pas encore accès à toute l'information [sécurité d'État !], nous pouvons commencer par nous demander pourquoi ces événements tragiques ont pris la forme d'un tabou politique. »Quelques lignes plus loin dans le même article, Legault ajoutait : « Les intellectuels québécois pourraient s'exprimer sur cette question. Une université pourrait organiser un symposium télévisé sur la Crise d'octobre [...] Les Québécois pourraient amorcer une discussion et demander aux politiciens de cette époque de rendre compte du rôle qu'ils ont joué durant cette crise. Comment justifieraient-ils la suppression des libertés civiles en 1970 ? [...] le Québec pourrait présenter une requête au gouvernement fédéral demandant des excuses officielles et une compensation financière pour les personnes qui ont été injustement arrêtées et emprisonnées. » (1)Mais... Mais, comme vous savez tous, Josée Legault est « controversée », Pierre Falardeau est « dangereux » et les Patriotes sont... patriotes ! Hum ! En réalité, quand on y pense, au vu du Canada tel qu'il se veut aujourd'hui, tous les patriotes québécois ne sont-ils pas controversés et dangereux (abstraction faite des rois nègres -- indirect rulers -- et des lèche-bottes, bien entendu) ?
Richard Gervais (1) The Gazette, 30 septembre 1994. Article reproduit dans : Josée Legault, Les nouveaux démons. Chroniques et analyses politiques, Montréal, VLB Éditeur, 1996, sous le titre : « Un nouveau film sur la Crise d'octobre ravive les souvenirs », traduit par Paul Lalande, p. 125-127. (1642) Rapport des activités policières du début de la Crise d'octobre 1970 jusqu'au 15 février 1971 (Source: "La Grande peur d'Ocobre 1970", par
Jean Provencher, 1974) ![]() |