"Des comptes à rendre"...

À quand une demande d’excuses officielles, une exigence de dédommagement, de réparation ?! À quand une action publique en ce sens ?!




Richard Gervais:
Deuxième chose. Il est étonnant que, trente ans plus tard, les victimes de cette crise d’Octobre et de l’intervention armée n’aient encore (à ma connaissance) rien réclamé. À quand une demande d’excuses officielles, une exigence de dédommagement, de réparation ?! À quand une action publique en ce sens ?!

P.G.:

Vous rejoignez le point de vue de J. F. Conway, ce prof anglo de l'Université de Regina, dans "Des comptes à rendre"... Inutile de dire que Conway est considéré comme un anti-national unity... et qu'il n'a pas reçu un accueil enthousiaste au Canada anglais... Ce livre de Conway soumet des réflexions sérieuses à l'intention des Canadiens anglais.

[...] Les Canadiens anglais, en quête d'un passé glorieux et sans tache, préfèrent une version de l'histoire qui passe sous silence, autant que faire se peut, l'oppression dont furent victimes les Québécois. Conquête militaire et suppression des droits, exil, emprisonnememnts et pendaisons, injures et humilitions sont ainsi négligés par les historiens ou attribués à quelques individus malfaisants qui étaient en position de force à cette époque.

"Vainqueur, le Canada anglais a ainsi eu le loisir de rédiger l'histoire officielle, de choisir la symbolique nationale et d'établir les rites à la gloire du pays. (...) Les efforts du Canada anglais pour occulter ou réduire l'histoire de cette oppression ont eu l'effet inverse: les Québécois se sont raidis devant ce qu'ils estimaient être une tentative arrogante de les priver de leur héritage. (...)

"Ce cercle vicieux ne sera rompu qu'au terme des plus grands efforts et seulement lorsque le Canada anglais aura reconnu les injustices faites à la nation québécoise. (...) Les Canadiens anglais ont-ils la volonté d'entreprendre cette démarche? La première étape consiste à reconnaître que nous avons des dettes à payer à la nation québécoise. Reconnaissons-nous ce fait devant les descendants de ceux que nous avons conquis, reconquis et opprimés? Devant les descendants de ceux que nous avons exploités comme main-d'oeuvre à bon marché? Pouvons-nous offrir compensation pour les années de privilèges anglophones au Québec? Sommes-nous quittes pour la Loi des mesures de guerre, les manoeuvres dirigées par nos services secrets contre le PQ, la trahison de 1981-1982?".

(1642) Rapport des activités policières du début de la Crise d'octobre 1970 jusqu'au 15 février 1971 (Source: "La Grande peur d'Ocobre 1970", par Jean Provencher, 1974)
Notes fournies par Pierre Grandchamp, AGQ, 17.8.99