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Réponse à Alain Labonté à propos de Godbout Jacques Godbout 20.5.99 " Tribune libre " Alain LaBonté oublie que Jacques Godbout est d'abord ce que Gramsci appelle «un intellectuel organique» travaillant très fort à sauvegarder les intérêts de la bourgeoisie canadian. Je me souviens d'une émission de télé de la CBC où, s'émouvant de la trop rapide percée du mouvement souverainiste au Québec, un tout paniqué invité s'est écrié: «But where is Jacques Godbout?». Traduction libre: «Comment se fait-il que l'intello Godbout qui a tant reçu du Canada ne se lève pas pour défendre son pays contre cette plèbe séparatiste?» Ce que le monsieur paniqué ne sait peut-être pas, c'est que depuis la sainte frousse de l'automne 1995, Jacques Godbout s'est remis à l'ouvrage. Et sur tous les champs qu'il peut embrasser. Quelques fois, c'est le cinéaste qui tourne. Puis, c'est l'auteur ou l'éditeur qui publie. Ou le critique littéraire qui écrit. À chaque fois, à son pays qui crie au secours, Jacques Godbout n'a de cesse de lui répondre: «PRÉSENT». «PRÉSENT» AVANT-HIER par un film qu'il réalise avec la collaboration du «très nuancé» René-Daniel Dubois. Ensemble, ils tentent de nous démontrer que la défaite des Plaines d'Abraham été pour nous un cadeau du ciel que nous a offert le bon roi d'Angleterre. «PRÉSENT» HIER ENCORE, par son essai, à la mode d'un buffet socratique sur le Québec avec un Platon de circonstance, nul autre que... Richard Martineau, celui qui avait promis aux lecteurs de Voir de ne plus parler de constitution...?! Il se déclare surtout «PRÉSENT» AUJOURD'HUI grâce à son poste de président des éditions Boréal. Et «PRÉSENT» comme critique littéraire à L'Actualité, cette revue propriété de MacLean Hunter dirigée par son ami Paré. «PRÉSENT», parce qu'il y fait la critique du livre d'un philosophe français qui se permet - oh my God! - de flirter avec les séparatisses. PRÉSENT COMME ÉDITEUR. À propos de La petite fille qui aimait trop les allumettes, Pierre Foglia expliquait dans La Presse du 11 mai pourquoi il n'avait rien compris du roman de Gaétan Soucy, lequel pourtant avait eu la cote des Français lors du Printemps du Québec à Paris: «Combien on parie que si M. Soucy avait eu la mauvaise idée de se faire éditer par une petite maison d'édition plutôt que par Boréal, combien on parie que M. Pivot (de Bouillon de culture) eût trouvé "une autre incontestable révélation littéraire des dernières années au Québec".» Boréal, ou plutôt Godbout, a donc ses entrées à Paris. Comme il les a ici dans tout média qui se respecte et qui, de ce temps-ci, a la mauvaise tendance à répéter «que tout le monde, il est beau; tout le monde, il est gentil». Autre témoin de cet aplaventrisme ambiant: Pierre Falardeau. À propos du livre que vient de publier Charles Sirois, le chercheur de têtes de Jean Charest d'avant les dernières élections, le créateur d'Elvis Gratton écrit (Le Couac, mai 1999): «Je me suis demandé pourquoi Godbout n'avait pas publié à son compte, les épîtres du p'tit copain à Macerola. Sirois, c'est pourtant un "naturel" pour Boréal. Avec John Saul, "Junior" Poliquin, Pierre Pettigrew, "Gazette" Freed, et le grand Charles Taylor, il aurait complété à merveille l'écurie des génies libéraux réunis par l'écrivain-cinéaste-essayiste-tennisman-bricoleur penseur skieur et cuisinier-de-fin-de-semaine.» Plus loin, Falardeau ajoute: «Ne pouvant compter sur le réseau médiatique des "tizamis" à Jacques Godbout pour créer de toutes pièces "l'événement littéraire de la semaine", j'ai décidé d'auto-célébrer mon propre chef-d'oeuvre (Les boeufs sont lents, mais la terre est patiente).» Petit chassé-croisé de Falardeau et Foglia. Celui-ci écrit: «et mon cul, messieurs les critiques d'ici.» Il ajoute plus loin: «Petit retour sur le Salon du livre de Québec, il y a un mois lors de la table ronde "Livres et médias", vous avez dénoncé, messieurs, la logique marchande du journalisme culturel, ses partis pris contre les choses de l'intelligence, but what about l'affectation culturelle ? Piège à cons tout aussi dommageable, et tout aussi efficace pour décourager les lecteurs de lire?» Quand on pense comment, chacun dans leur talk-show, tous les «tizamis» de Boréal ont «parlé en bien» de Réflexions d'un frère siamois, on peut dire que l'affectation culturelle qui donne tant de hauts-le-coeur à Foglia va au-delà du roman. Mais revenons à Alain LaBonté et la critique qu'il fait du critique littéraire Jacques Godbout. À quoi bon s'en faire parce que l'écrivain-cinéaste-éditeur écrit le contraire de ce que Finkielkraut pense à propos des petites nations. En ce qui concerne le Québec, la cause est entendue d'avance dans la tête de notre grand intellectuel: «Si la Serbie est en guerre dans les Balkans, le Canada ne fait pas tonner ses canons, il tourne le dos avec indifférence au discours québécois (puisqu'il a atteint en grande partie ses objectifs) et ne fait plus appel qu'au partage équitable des impôts.» Quel front il a ce Godbout! À l'heure où le Québec n'a plus le rapport de force qu'il avait encore à l'époque de Pearson (on n'a plus besoin de lui pour prendre le pouvoir à Ottawa). À l'heure où on peut facilement nous imposer 1982, puis l'union sociale, puis les bourses du millénaire, puis le refus à Bouchard de rencontrer un homologue un cran plus souverain que lui, monsieur Canada a le front de nous dire que le Québec «a atteint en grande partie ses objectifs.» Encore, une fois, quel front! Godbout commence à être fatigué et devient improductif. À la place du monsieur paniqué de la télé de CBC, je presserais Sheila Copps et Maclean-Hunter de réviser leur liste d'intellectuels organiques. Mais les René-Daniel Dubois et Richard Martineau auront-ils les mêmes dons que leur maître et sauront jouer autant que lui sur l'ambiguïté pour vendre le Message? Permettez-moi d'en douter.
Claude G. Charron
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