Honte au Bloc

«cela» qui tire les ficelles, derrière l'arrogance du pouvoir qui se donne ici en spectacle, n'est-ce pas aussi «cela» qui se cache aussi derrière les dogmes de la mondialisation?



Je regrette amèrement d'avoir renouvelé ma carte de membre du Bloc québécois plus tôt cette année, en raison de la position adoptée par ce parti face à la participation du Canada dans le conflit (la guerre!) qui sévit en Yougoslavie. C'est le courage du NPD de se poser enfin en porte-à-faux qui m'a fait réaliser que la position du Bloc était en totale opposition avec mes convictions les plus profondes.

Je désapprouve à 100% l'intervention de l'OTAN dans cette agression immorale et illégale d'un pays souverain. Je désapprouve à 100% ce mépris exercé envers des instances internationales telles que l'ONU comme voie de règlement du problème du Kosovo. Chaque jour qui passe amène les preuves, de plus en plus accablantes, que l'OTAN, menée de main de fer par la superpuissance américaine, s'enfonce dans un bourbier duquel il devient impossible de se sortir honorablement. Il n'y a qu'à penser à la systématisation des exactions serbes envers les Kosovars depuis le début des frappes, l'exact contraire des effets recherchés, sans compter les morts directement imputables à l'OTAN.

Qui plus est, les positions de l'OTAN sont tout à fait inacceptables quant aux buts poursuivis, derrière le prétexte humanitaire: «cela» qui tire les ficelles, derrière l'arrogance du pouvoir qui se donne ici en spectacle, n'est-ce pas aussi «cela» qui se cache aussi derrière les dogmes de la mondialisation? Ne sont-ce pas les mêmes manipulateurs contre lesquels Stéphan Tremblay s'était levé, l'an passé, exhibant son siège parlementaire arraché à la volée?

Cette guerre n'achève-t-elle pas le démantèlement, mené par les superpuissances, des nations tout juste réchappées du soviétisme, pour les repartager selon les lignes de force du marché prétendument libre? Cette guerre n'est-elle pas l'autre face de la privatisation des forces vives de ces pays, rendus exsangues par les manoeuvres des puissances financières comme le FMI et la Banque mondiale? Et l'OTAN n'est-elle pas le plus grand marché américain d'armes?

Ce sont des questions que j'aurais aimé voir le Bloc discuter en Chambre. Ce sont des comptes que j'aurais aimé voir demandés à notre premier ministre, qui n'a par ailleurs aucune pudeur à serrer la patte aux pires dictateurs de cette fin de siècle lorsqu'il s'agit de faire des affaires. Or le Bloc se contente de demander la permission de voter pour la poursuite des crimes. Si je n'avais jamais adhéré à ce parti et à ses visées souverainistes, je n'en balancerais. Mais voilà, je suis membre du Bloc et cela me fait honte.

Ce qui me désole dans la position du Bloc, c'est la réelle sympathie que j'éprouve pour Stéphan Tremblay et sa cause; c'est la grande admiration que je voue à mon député Réal Ménard. Je me demande ce qu'ils pensent individuellement de la position de leur parti? Chose certaine, le parti penche, lui, aveuglément ou opportunément, du côté de l'opinion publique et du pouvoir.

Gilbert Dion
Montréal, 7 mai 1999

Lettre publiée dans LeDevoir du 29-30 mai 1999