![]() |
Acadie 1755 Le «Grand dérangement» Les Acadiens ne prêteront jamais de serment à
moins d'y être contraints. Or, ils occupent les meilleures terres de la
Nouvelle-Écosse...
Alain LaBonté Moncton a grandi à partir d'une petite colonie acadienne située dans une courbe de la rivière Petitcodiac appelée « Le Coude ». Après la déportation des Acadiens, l'emplacement demeura vacant jusqu'à l'arrivée, en 1766, de huit familles d'immigrants de Pennsylvanie. Nommée en l'honneur du lieutenant-colonel de l'armée anglaise Robert Monckton, cette nouvelle bourgade prospéra comme centre de construction navale. Bien que Moncton ait été constituée en ville en 1855, elle a dû déposer sa charte en 1862, car l'avènement des navires à vapeur et en acier mit un terme à sa prospérité.
Vérification faite, Monc[k]ton a bien trempé dans la déportation
des Acadiens, bien que ce soit le lieutenant-gouverneur Lawrence qui ait eu
l'idée longuement préméditée de mettre en oeuvre cette « solution finale » à
la Polpot et à la Milochevitch (Milosevic, acec un « s caron » et un « c
accent aigü ») et qui a même fait entériner sa décision, voulant décidément
jouer les Ponce-Pilâte quand même, mais si peu....
dont je tire les extraits suivants :
[...]
Contrairement à ses prédécesseurs, Lawrence envisage ouvertement la
déportation. Ce militaire de carrière songe d'abord à la défense de la
colonie et entend régler le problème du serment. À l'été 1754, il avise ses
supérieurs de sa position: les Acadiens ne prêteront jamais de serment à
moins d'y être contraints. Or, ils occupent les meilleures terres de la
Nouvelle-Écosse. Lawrence conteste donc leur droit à la propriété et
suggère leur départ.
[...]
Le conseil décide à l'unanimité de déporter les Acadiens dans les
différentes colonies américaines. Le plan de Lawrence est d'expulser les
Acadiens et de les remplacer par des colons de la Nouvelle Angleterre. Le
31 juillet, il donne ses instructions et déploie les forces anglaises (2
000 coloniaux et 250 soldats britanniques) de la façon suivante: le colonel
Robert Monckton à l'isthme de Chignectou, le colonel John Winslow dans le
district des Mines, le capitaine Alexander Murray à Pigiguit et le major
John Handfield, déjà en poste à Annapolis, est chargé de son district.
[...]
À Beaubassin, Monckton s'installe au fort Beauséjour, rebaptisé
Cumberland. Le 11 août, obéissant à la convocation émise un peu plus tôt
par Monckton, 400 hommes se présentent au fort. On leur annonce qu'ils sont
considérés «rebels», qu'on confisque leurs terres et cheptel et qu'ils
sont désormais prisonniers.
La région confiée à Monckton compte de nombreux établissements
éparpillés sur les rivières Chipoudy, Petcoudiac et Memramcook, ce qui
permet à plusieurs familles acadiennes de fuir. Les militaires chargés de
fouiller ces endroits ramènent peu de prisonniers mais brûlent tout sur
leur passage: maisons et récoltes. À la Petcoudiac par exemple,
l'expédition commandée par le capitaine Frye doit faire face aux hommes de
Boishébert. Frye se retire au fort Cumberland, emportant quelque 23 femmes
et enfants avec lui et détruisant plus de 200 bâtiments et une grande
quantité de blé et de lin.
[...]
On connaît la suite, terre brûlée, hommes, femmes et enfants dispersés
aux quatre vents et à des milliers de kilomètres comme du bétail, etc.
Peut-on aussi passer sous silence les viols, assassinats, vols
(institutionnalisés puisqu'on ne leur a même pas permis de prendre leurs
objets personnels avec eux !), etc. -- les Acadiens étaient pourtant des
sujets loyaux aux Anglais depuis trois décennies !
Ça vous rappelle quelque chose de récent ?
Alain LaBonté |