Conseil général du PLQ

Sans proportionnelle, point de salut libéral

Pour les libéraux qui rêvent de former le prochain gouvernement, il n'est point - ou presque - de salut électoral sans changement au mode de scrutin.

Michel Corbeil

LeSoleil 30 mai 1999



Pour les libéraux qui rêvent de former le prochain gouvernement, il n'est point - ou presque - de salut électoral sans changement au mode de scrutin.

C'est ce qu'a suggéré le politologue Louis Massicotte aux militants du Parti libéral du Québec, réunis en conseil général, à Saint-Hyacinthe. Le conférencier a plaidé en faveur du scrutin à la « proportionnelle » pendant que le député libéral Jacques Chagnon rapportait aux militants que le gouvernement Bouchard semble ouvrir la porte en vue d'examiner une telle idée.

M. Massicotte a prédit que le PLQ pourrait fort bien connaître de nouveau la déconvenue de novembre 1998: décrocher la majorité des voix tout en étant battu pour ce qui est du nombre de sièges à l'Assemblée nationale. Le spécialiste a soutenu que, sans modification au système, les libéraux devraient rafler 300 000 votes de plus que les péquistes pour leur ravir le pouvoir.

Enquête probante

M. Massicotte a rappelé que l'élection générale a donné à Jean Charest près de 30 députés de moins qu'à son adversaire, Lucien Bouchard, même si les libéraux ont obtenu 27 600 votes de plus que les péquistes. Il a souligné que cette distorsion entre le nombre de votes et celui des députés s'est produite à trois reprises dans l'histoire du Québec, toujours au désavantage du PLQ.

En menant ses recherches, il n'a pas trouvé d'exemple dans d'autres pays où une seule formation fait les frais d'un tel effet du système électoral.

À partir des résultats de 1998, le professeur à l'Université de Montréal a calculé que le PLQ aurait été confiné dans l'opposition, s'il avait récolté 2 % de plus de voix que le Parti québécois. Il lui aurait concédé 20 sièges avec une avance de 4,5 %. « Ce n'est qu'avec une avance de 7,5 % dans les votes que vous vous retrouvez avec le même nombre de sièges. » Accepter le statu quo pour le PLQ, « c'est vivre dangereusement », a-t-il lancé.

Selon lui, la désignation d'un certain nombre de députés à la proportionnelle du nombre de votes récoltés par un parti constitue une solution pour corriger ce qu'il considère comme une iniquité démocratique.

L'expert a fait valoir que le redécoupage de la carte électorale ne peut amener les correctifs nécessaires, en raison de l'adhésion massive de la communauté anglophone au PLQ. Le parti de Jean Charest se trouve ainsi à « gaspiller » des voix, a-t-il suggéré. « Sur les 14 députés qui ont une majorité supérieure à 15 000 voix, 13 sont libéraux. » Des militants et des députés s'inquiètent que la « proportionnelle» amène deux classes de députés, les uns élus par leurs citoyens, les autres désignés par le parti. Aux congressistes, M. Massicotte a fait valoir qu'à chaque élection, certains expriment le regret que des candidats de valeur soient battus de peu. « L'avantage du "repêchage", c'est que ces personnes pourraient faire leur entrée à l'Assemblée nationale et enrichir le débat parlementaire. » Jacques Chagnon a annoncé à son auditoire que le ministre Guy Chevrette s'est montré intéressé à débattre du sujet. Le président du « caucus » des élus du PLQ a laissé entendre qu'une commission parlementaire pourrait s'intéresser à la question, dès l'automne. « Je sais que M. Chevrette était fermé à l'idée, il y a un mois, a-t-il dit aux journalistes. Mais ça évolue. » En décembre, le ministre avait indiqué au SOLEIL que le mode de scrutin n'avait pas « entaché » le résultat électoral, suggérant que rien ne pressait pour corriger le système. Jointe hier soir, la porte-parole de M. Chevrette a mis des nuances à l'ouverture rapportée par le PLQ.

Esther Boily a indiqué qu'un examen parlementaire portera sur la refonte de la carte électorale « et un tas d'autres sujets », y compris, peut-être, le mode de scrutin à la proportionnelle. « On s'échange plein d'idées », a-t-elle dit.

Elle a précisé qu'avant d'annoncer quoi que ce soit, le ministre doit en parler à son propre « caucus ».