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Lettre à George Kosich, président de la direction de la maison T. Eaton à Toronto Cher monsieur Eaton«Si le plus puissant cède, comment s'imaginer que les autres commerçants ne feraient pas de même? Ils emboîteraient le pas, vous le savez fort bien et nous aussi. Et c'est la paix linguistique qui sera remise en cause.» LeDevoir 3 octobre 1998 Cette stratégie est en trois volets et William Johnson l'a criée sur tous les toits: d'abord la langue de l'affichage, par la suite la langue de l'enseignement, et enfin la langue au travail. L'enjeu est donc de taille! Le fragile équilibre linguistique qui s'est instauré au Québec depuis quelques années est donc remis en question, et si nous n'y prenons garde, nous revivrons une période de tensions dont nous paierons tous les frais, qui seront énormes. Vous connaissez, pour l'avoir appliquée vous-même, la loi 86 et ses dispositions relatives à l'affichage commercial. Cette loi a été prise au nom de la paix des langues et de la quiétude des commerces. Elle a assuré l'une et l'autre. Bill Johnson et ceux qui l'accompagnent dans les rues cherchent actuellement à porter atteinte à cet heureux climat en dénaturant l'esprit de cette loi, qui n'a jamais été pensée, ni par M. Ryan, ni par M. Bouchard, pour concourir à la généralisation d'une certaine forme de bilinguisme au Québec, même à Montréal. Et dans cette nouvelle guerre des langues qu'ils appellent de leurs voeux et de leurs manifestations intempestives, ils vous ont pris, vous et votre magasin du centre-ville, pour première cible, sans doute selon l'idée, peu fair-play, que la passe délicate dans laquelle vous vous trouvez engagé sur le plan financier vous fera fléchir devant le chantage. Nous ignorons quelle impression cette agitation de la part d'un groupuscule, plus tonitruant qu'influent, peut vous donner de la situation à Montréal, mais nous, qui vivons au Québec, pouvons vous dire, sans l'ombre d'une hésitation, que la langue anglaise se porte fort bien ici et n'a nul besoin de croître davantage dans la vie commerciale, où elle est omniprésente et même dominante dans les raisons sociales, les marques de commerce et sur les étiquettes des produits de consommation. Et, bien entendu, d'abord dans la publicité à l'adresse des anglophones, qui se fait en anglais, dans la presse de langue anglaise, à la radio et à la télévision (il y a à Montréal plus de chaînes de langue anglaise que de langue française). Depuis plus de vingt ans, il existe au Québec des mesures pour donner un coup de pouce au français. Nous nous permettons de vous rappeler ce qu'en disait Reed Scowen, ancien député du PLQ et ancien président d'Alliance Québec, dans son livre A Different Vision paru en 1991, c'est-à-dire bien avant la loi 86 et à l'époque même de l'unilinguisme français dans l'affichage commercial: «Those restrictions are really quite limited. Quebec holds enormous potentiel for anyone who wants a full and satisfying life. Hundreds of thousands of Quebecers like living here in English, and do so [...]. The picture that emerges of the situation today is one in which the English are essentially free to use their own language.»Ces mesures favorables au français, la maison Eaton en a compris le sens d'entrée de jeu et n'a pas hésité à les appliquer chez elle, méritant ainsi l'estime de sa clientèle de langue française. Nous ne souhaitons pas voir la maison Eaton perdre cette estime. Sans compter qu'une décision de la maison Eaton de capituler devant le chantage de quelques fanatiques dont vous êtes la victime aurait des effets d'entraînement immédiats. Vous seriez identifiés comme le fer de lance de cette campagne. Si le plus puissant cède, comment s'imaginer que les autres commerçants ne feraient pas de même? Ils emboîteraient le pas, vous le savez fort bien et nous aussi. Et c'est la paix linguistique qui sera remise en cause. Confiants que vous saurez faire preuve, dans cette affaire, de vision et de jugement, nous vous prions d'agréer, Monsieur Kosich, l'expression de nos sentiments les meilleurs. Voici les signatures des présidentes et présidents des organismes suivants:
Monique Séguin Alliance des professeures et professeurs de Montréal Lorraine Page Centrale de l'enseignement du Québec Gérald Larose Confédération des syndicats nationaux Clément Godbout Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec Monique Vézina Mouvement national des Québécoises et Québécois Pierre Curzi Union des artistes Louis Gauthier Union des écrivaines et écrivains du Québec Laurent Pellerin Union des producteurs agricoles Guy Bouthillier Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ![]() |