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Le jeu dangereux de W. JohnsonJean MartelLeSoleil 26 septembre 1998 La campagne du président d'Alliance Québec survient à un moment où la paix linguistique règne sur le Québec. Un équilibre s'est établi entre les exigences des francophones et celles des anglophones. Pourquoi rompre la trêve ? Aucune raison ne justifie d'attiser les querelles au sujet de la place du français et de l'anglais au Québec et de risquer l'escalade des prises de position. Les gains linguistiques des francophones ont été obtenus après plusieurs années, et bien des anglophones ont compris qu'il était légitime d'accorder au français le statut de première langue au Québec. Cette reconnaissance, ils la font sans doute à contrecoeur, mais un certain sens pratique leur souffle qu'ils doivent accepter le fait français. Après tout, leur langue ne court aucun danger. Ne domine-t-elle pas dans le reste du Canada et en Amérique du Nord ? N'occupe-t-elle pas une position privilégiée dans le monde entier ? On a toujours mauvaise grâce de crier famine quand on est repu. D'autres anglophones, comme William Johnson et Howard Galganov avant lui, n'acceptent pas que, dans cette partie de l'Amérique qu'on appelle le Québec, l'anglais cède le pas au français. Cela leur apparaît inacceptable et ils sortent la grosse artillerie pour conquérir le terrain perdu. Au congrès d'Alliance Québec en mai, William Johnson a présenté les principes qu'il voulait défendre : le recours aux tribunaux pour donner à l'anglais le même statut que le français, le boycottage des magasins qui n'affichent pas dans les deux langues, la liberté de choix des écoles, notamment pour les enfants des immigrants, la partition territoriale du Québec en cas de sécession... Il a été élu, bien qu'il ait battu son adversaire, Constance Middleton-Hope, par huit voix seulement. C'est dire que, même s'il dirige Alliance Québec, il n'est pas le seul porte-parole des anglophones. Son programme donne sans doute consistance à l'irritation et à la frustration des Québécois de langue anglaise et ses principes trouvent un écho en eux. Mais une fois qu'ils ont poussé le cri du coeur, les Anglo-Québécois en viennent à une vision réaliste des forces en présence. Un compromis pragmatique leur apparaît la meilleure voie à suivre, compromis qu'ils acceptent à contrecoeur, mais auquel ils consentent. William Johnson, lui, ne veut pas se soumettre à cet arrangement. Il veut lancer les Anglo-Québécois sur le sentier de la guerre linguistique. Il serait étonnant qu'il reçoive de leur part un solide appui et qu'ils le suivent sur le chemin de la contestation. C'est sans doute la raison pour laquelle les entreprises qu'il avait contactées ne se sont pas pressées de répondre à sa demande d'affiches bilingues.
Le militant Johnson veut garder les anglophones sur un pied d'alerte. Les
rumeurs d'élections peuvent lui permettre de forcer les chefs politiques à faire des promesses. Mais il a du chemin à faire pour mobiliser les anglophones à ses côtés. Avant lui, Howard Galganov avait tenté d'alerter l'opinion publique sur le sort des Anglo-Québecois: sa campagne s'est effondrée comme un château de cartes.
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