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La fin de la «bonne entente»?Michel VastelLeDroit 23 mai 1998 À force de dénoncer les «moutons» d'Alliance Québec, William Johnson a fini par montrer les dents. Comme un loup à la porte d'une bergerie. Mais ce n'est pas du «Quebecker» qu'il veut bouffer, ce sont les Québécois qu'il veut remettre à leur place. Son adversaire, Constance Middleton-Hope, représente peut-être le dernier «espoir» d'un Québec réconcilié... Quand William «Bill» Johnson annonça sa candidature à la présidence d'Alliance Québec, en mars dernier, l'establishment décréta, avec une certaine suffisance, qu'il n'avait aucune chance. À une semaine du congrès qui se déroulera au Hilton de Dorval le week-end prochain, il se retrouve nez à nez avec la présidente sortante. Sa candidature, ses discours à l'emporte-pièce et une campagne appuyée par Howard Galganov, sous le regard complice du CRTC, sur les ondes d'un poste de radio, a connu un succès inattendu. Johnson, c'est déjà la victoire d'une vague de mécontentement montée de la rue. La victoire serrée du non au référendum d'octobre 1995, la séduction du plan B et de la partition encouragée par Ottawa, et les excès de l'aile radicale du Parti québécois expliquent ce succès. La question qui se pose aujourd'hui est de savoir si Bill Johnson ranimera les étincelles de la «poudrière linguistique». Ou si l'élite anglo-québécoise sortira de sa torpeur pour préserver le climat de «bonne entente» qui s'était tranquillement installé. Rien n'illustre mieux l'enjeu de cette élection que l'attitude d'Alliance Québec face à la question linguistique:
La bataille féroce que se livrent les deux candidats reflète aussi la division qui s'est peu à peu installée entre deux types de communautés anglophones: celle du Québec profond, dans l'est et le nord en particulier, de même que les intellectuels de Montréal, qui vivent en bons termes avec la majorité de langue française, et celle des banlieues de la Métropole, de l'Outaouais ou des Cantons de l'Est qui prônent la confrontation pour répondre aux vexations de la «police de la langue». Opposition aussi entre ceux qui croient que le salut est désormais dans la partition, et ceux qui veulent continuer à se battre pour rester au Québec, quoi qu'il arrive. Cette étrange «campagne au leadership» - qui sera décidée par un grand total de 272 délégués! - est d'une complexité qui s'explique par la nature même d'Alliance Québec. Alliance Québec est une coalition plutôt floue née en 1982 de l'opposition de la communauté anglo-québécoise à la Charte de la langue française. Son obsession, c'est la survivance d'institutions distinctes - écoles et universités, hôpitaux et cliniques de santé, syndicats et mouvements communautaires, et regroupements ethniques comme la Pakistan Association of Quebec - au service d'une collectivité de langue anglaise qui, tout en reconnaissant «la majorité de langue française», n'a jamais vraiment admis son statut minoritaire. Avec le temps, Alliance Québec s'est creusé une niche particulière, intervenant sur toutes sortes de questions d'intérêt public pour les Anglo-Québécois sans jamais verser dans la partisanerie politique. Véritable «lobby», l'Alliance a cependant été victime de la polarisation entre fédéralistes et souverainistes, entre libéraux et péquistes donc, ce qui explique que, dès sa fondation, ses leaders soient rapidement devenus des figures dominantes des coulisses du Parti libéral - Eric Maldoff (proche de Jean Chrétien), John Parizella (proche de Robert Bourassa), de même que les Reed Scowen ou les Tom Mulcair de l'Assemblée nationale. L'âme d'Alliance Québec est cependant la famille Goldbloom: le père, Victor, ministre de Robert Bourassa, militait pour la création de commissions scolaires linguistiques en 1972 et Michael, le fils, éditeur de la Gazette, inspirateur du fameux Mission Statement qui commande à l'Alliance «de préserver et de promouvoir les communautés de langue anglaise et des institutions qui sont à leur service (...) Tout en valorisant le respect de la majorité de langue française.» (C'est incidemment la Gazette qui risque, à la dernière minute, de faire basculer le vote et certains se demandent si, comme le limogeage de l'ancienne rédactrice en chef, Joan Fraser, Mme Middleton-Hope ne tombera pas victime d'un durcissement souhaité ouvertement par le propriétaire, Conrad Black.) La direction d'Alliance Québec sera à la fois décidée par des délégués «élus» par quinze chapitres régionaux et cinq associations régionales - Johnson a raflé une centaine de délégués dans la grande région de Montréal en recourant aux bonnes vieilles tactiques du «paquetage» d'assemblées par des membres recrutés à la dernière minute; et par des délégués «désignés» par les 27 «organisations-membres» qui vont du syndicat de professeurs, des conseils de collèges ou d'universités, à des associations communautaires ou des regroupements de communautés ethniques. On pense que les représentants de ces organisations pourraient être généralement favorables à Constance Middleton-Hope. Chacun des deux candidats se donne, au mieux, «quelques voix d'avance» avec une quinzaine de délégués restant indécis. N'ayant jamais fait face à une telle bataille, l'Alliance a des règles tellement floues qu'elles feront les délices des avocats si, comme on le prévoit, le résultat est serré. On a par exemple plafonné les dépenses des candidats à... 250$, ce qui défavorise Johnson. On a aussi fait grand cas d'une subvention de 38 950$ du ministère fédéral du Patrimoine pour la tenue d'un colloque, la veille du congrès, qui aurait financé comme par hasard le voyage à Montréal de délégués des régions éloignées, plus favorables à la direction actuelle de l'Alliance. Bill Johnson a réussi à faire annuler cette subvention. Mais la vraie lutte entre Johnson et Middleton-Hope se situe au niveau politique et reflète le désarroi d'une collectivité qui ne se retrouve plus dans le Parti libéral, et ne croit plus aux chances du parti Égalité. La présidente actuelle, issue des milieux féministes et des mouvements communautaires, tient à ce qu'on préserve ce rôle de groupe de pression: «Ce n'est pas nous qui allons changer le gouvernement, c'est l'affaire des partis politiques», dit-elle. Bill Johnson, chroniqueur politique, marginalisé dans le Parti libéral, rêve de fonder son propre mouvement politique. «L'Alliance est fondamentalement une organisation politique: son mandat, comme ses ressources financières, lui viennent du gouvernement fédéral», dit-il franchement. (L'Alliance a un budget de 1,1 million$, dont 950 000$ viennent du gouvernement fédéral, et une équipe de 20 employés permanents.) C'est effectivement le gouvernement fédéral qui a beaucoup à perdre dans cette bataille: bailleur de fonds de l'Alliance, il risque de se retrouver dans l'inconfortable obligation de financer les luttes contre la loi 101. Mais ce que craignent par-dessus tout les stratèges politiques, tant fédéralistes que souverainistes, c'est qu'une radicalisation d'Alliance Québec ne provoque une réaction virulente de la Société Saint-Jean-Baptiste et d'autres organismes de défense de la langue française: le dérapage deviendrait rapidement incontrôlable. «Alliance Québec ne sera plus jamais la même», admet Constance Middleton-Hope.
Le Québec non plus: à 99,9 %, ce sont des fédéralistes québécois qui diront de quel Canada ils veulent.
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