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Comment éviter une autre querelle linguistiqueMichel VastelLeDroit 22.1.99 Bill Johnson nous manquait. Guy Bertrand aussi. Profitant d'un creux de l'information politique, ils réapparaissent avec une cause absolument futile. Depuis neuf ans, aucun anglophone ne s'est plaint qu'on l'ait mal reçu dans un hôpital ou un CLSC. Mais puisque la loi prévoyant l'adoption de plans d'accès aux services de santé en anglais n'est pas respectée à la lettre, on poursuit. «If it ain't broke, don't fix it», dit pourtant un sage proverbe yankee! Dans cette affaire, le gouvernement n'ose pas admettre que la loi 142, adoptée dans un moment de panique par le gouvernement de Robert Bourassa, est mal faite, voire inapplicable. Quant au lobby d'Alliance Québec, il n'a d'autre intention que de provoquer une autre querelle linguistique, avec les fonds publics que lui fournit généreusement le gouvernement du Canada «Nous nous battons pour un principe», de prétendre Bill Johnson. Mais lequel? Celui d'assurer des services adéquats à la minorité anglophone? Ou celui de permettre à un avocat en mal de cause célèbre de gonfler ses honoraires? Les fameux plans d'accès n'ont pas été révisés depuis 1989... La belle affaire! Ils ont été adoptés sous un gouvernement libéral: ils doivent donc être assez généreux, plus en tout cas que ce que proposera jamais une méchante administration péquiste. On dit qu'ils ne sont plus valides parce que la vocation des institutions de santé a changé. Mais en a-t-on encore besoin? La question me semble assez confuse pour qu'aucun des conseillers auxquels j'ai parlé hier, tant au bureau de la ministre de la Santé qu'à celui de la ministre responsable de l'application de la Charte de la langue française, n'ait eu la curiosité de regarder de quoi avaient l'air ces maudits Plans d'accès aux services de santé en anglais. Si je comprends bien, ils désignent les institutions et les services qui doivent être en mesure de fournir des services bilingues. Or, comme on ne peut jamais savoir quand ni où un anglophone va tomber malade, tant qu'il y en restera un au Québec, il faudra désigner des services de santé bilingues partout dans la province. L'expérience prouve que personne n'a été offensé, ni mal traité. Et il y a une raison fort simple à cela: les médecins et les spécialistes, diplômés universitaires, sont naturellement bilingues. Les infirmiers, diplômés de l'université ou d'un collège, le sont aussi en nombre tel qu'aucune institution du Québec n'est dépourvue en cas de nécessité. Voilà pourquoi les anglophones sont si bien traités au Québec: l'enseignement de l'anglais a beau être mauvais, il est tout de même suffisant pour qu'après 15 ou 18 ans de scolarité, les jeunes professionnels québécois de la santé soient capables de communiquer avec leurs patients anglophones. La futilité de la cause d'Alliance Québec me permet de souligner un événement malheureusement passé inaperçu ici parce que survenu au moment des vacances de fin d'année. Le gouvernement fédéral a décidé de verser une subvention de 10 millions $ à l'hôpital Monfort d'Ottawa pour lui permettre de créer un Centre de formation national de médecins et de professionnels de la santé francophones dans les provinces anglaises. Un coup de chapeau doit d'ailleurs être donné au député Mauril Bélanger (l'hôpital se trouve dans sa circonscription), et à la ministre Sheila Copps, qui ont pris la décision. Et pourquoi le gouvernement fédéral finance-t-il ce programme, qui assurera probablement la survie de l'hôpital Montfort? Tout simplement parce que certains hôpitaux de l'Ontario et du Manitoba n'arrivaient plus à respecter leur obligation d'offrir des services en français, faute de personnel bilingue. Voilà le vrai problème d'accès aux services de santé dans les deux langues officielles: la disponibilité de personnel bilingue. Et ce problème ne se pose que dans le reste du Canada. Pas au Québec. Si Alliance Québec avait quelque bon sens, elle réclamerait un meilleur enseignement de l'anglais dans les écoles françaises du Québec, pas l'accès des francophones aux écoles anglaises, ni des plans inapplicables d'accès à des services bilingues. Mais on ne parle pas de bon sens au pays de Bill Johnson et de Guy Bertrand: seulement de principes indéfendables. Il y a même quelque chose d'insultant dans cette nouvelle campagne puisqu'elle sent la méfiance à l'égard de la majorité française du Québec. «On ne peut pas se fier à la bonne volonté des gens», dit Bill Johnson. Après neuf ans, alors que pas un anglophone ne s'est senti lésé dans ses droits, le président d'Alliance Québec pourrait au moins reconnaître que les Québécois ont démontré leur courtoisie et leur civilité à l'égard de la minorité anglaise. Mais on se rappelle qu'il n'a pas été élu pour ça... Une fois de plus, le gouvernement est mal à l'aise face à cette question. Et une fois de plus, il s'en remet à l'opinion d'un juge. Et une fois encore, c'est la réputation de tolérance des Québécois qui risque d'être ternie.
Si nos gouvernements avaient quelque courage, celui du Québec rappellerait tout simplement
une loi qui ne sert à rien puisqu'il n'y a pas vraiment de problème. Et celui du Canada
mettrait son nez dans la comptabilité d'Alliance Québec: combien coûtera cette cause qui, en
fin de compte, durcira les opinions et conduira à des tensions entre patients anglophones et
professionnels francophones de la santé?
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