Les journaux canadiens-anglais sont unanimes: le leader conservateur doit remplacer Johnson
Un sauveur nommé Charest
Paule des Rivières
LeDevoir 4 mars 1998
Daniel Johnson avait à peine eu le temps d'annoncer son départ que la presse canadienne-anglaise avait déjà choisi son successeur en la personne de Jean Charest. Peu importe qu'il ait dit non.
Dans une rare unanimité, la presse du Canada anglais exhorte le chef du Parti conservateur à faire le saut sur la scène provinciale, essentiellement parce qu'elle le voit comme celui qui peut «sauver le pays».
L'édition d'hier du Globe and Mail, par exemple, publie en page frontispice une photographie de Jean Charest six fois plus grosse que celle de Daniel Johnson, pourtant celui qui a causé la plus grosse surprise hier. Dans son éditorial, le journal élabore déjà un scénario plaçant M. Charest à Québec et l'Albertain Ralph Klein à Ottawa pour diriger les conservateurs.
Le journal à grand tirage The Ottawa Sun n'est pas en reste. Sa manchette prend la forme d'une question: «Qui sauvera le Canada maintenant?» Et, dans un éditorial intitulé «Run», le quotidien enjoint au chef du Parti conservateur de se présenter parce qu'il serait le seul candidat capable de barrer la route de Lucien Bouchard.
Pour la presse anglophone, particulièrement celle de Toronto, Charest est en effet celui qui petit sauver le pays. Plusieurs quotidiens anglophones ont repris hier les résultats des derniers sondages, favorables à Jean Charest. Un sondage Léger et Léger effectué en novembre dernier indiquait que 59% des Québécois avaient confiance au leadership de M. Charest. D'autres sondages ont révélé que M. Charest est le seul capable de battre M. Bouchard lors d'une élection.
C'est d'ailleurs en rappelant, à la une, que les sondages démontrent que le chef conservateur a des chances de battre M. Bouchard que The Toronto Star titre: «Johnson's successor: Is it Charest?» En éditorial, le quotidien vante les mérites de Jean Charest et, comme d'autres, estime que l'intérêt du pays devrait primer sur d'autres considérations.
«Charest devrait d'abord songer à l'intérêt du pays. Il devrait reconsidérer sa décision», écrit le Star qui poursuit: «Les libéraux du Québec devraient s'assurer que son NON [celui de M. Charest] est catégorique avant de se tourner vers d'autres personnes, comme Liza Frulla, Pierre Paradis ou Pierre Pettigrew. M. Charest servirait mieux les intérêts du pays en dirigeant l'opposition officielle à Québec qu'en dirigeant le cinquième parti à Ottawa.»
L'équipe éditoriale du Toronto Star rencontrait hier le ministre des Affaires intergouvernementales, Stéphane Dion, et a bien tenté de lui faire dire qu'il croyait que M. Charest serait le meilleur candidat. En
fait, le ministre fédéral a simplement répété ce qu'il avait déclaré la veille, à savoir que M. Charest serait un bon candidat.
The Ottawa Citizen manifeste un peu plus de distance vis-à-vis M. Charest, prenant du moins en considération le «NON» du chef conservateur. En fait, le journal est le seul qui prenne la décision de M. Charest au sérieux.
L'appui quasi général à Jean Charest ne veut pas dire que la presse anglophone ait toujours appuyé son nouveau «sauveur». En fait, tout récemment, plusieurs dénonçaient M. Charest pour s'être rangé du côté de ceux s'opposant au jugement de la Cour suprême sur une éventuelle séparation du Québec.
Dans son éditorial, The Ottawa Sun rappelle que «nous n'avons pas aimé qu'il se range du côté du Bloc québécois en s'opposant au renvoi de la Cour suprême sur la séparation du Québec. Mais, ajoute le journal en ne péchant pas par excès de subtilité, ce faisant, [M. Charest] garde intacts ses appuis au Québec, ce qui ne manquera pas de lui servir dans ses batailles futures contre M. Bouchard».
The Globe and Mail écrit pour sa part: «Les libéraux du Québec devront, s'ils veulent construire une solide solution alternative au PQ, faire savoir de manière claire à Jean Charest qu'ils tiennent réellement à son leadership. S'ils le font, M. Charest ressentira le poids de l'histoire et il lui sera difficile de résister»

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