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Dimension QuébecMurray MaltaisLeDroit 5 mars 1998 L'homme veut devenir premier ministre du Canada. Pas du Québec. Mais les pressions pour faire le saut en politique provinciale vont devenir intenables. On lui sert et ressert l'argument massue: si Lucien Bouchard gagne le prochain référendum, restera-t-il un Canada? Une majorité de Québécois pensent encore que le fédéralisme a un avenir. La preuve en est qu'une nette majorité d'entre eux ne veulent pas d'un autre référendum. Mais si le reste du Canada les y pousse, s'il leur fait des concessions minimes du genre «trop peu, trop tard», ils pourraient bien donner à Lucien Bouchard ce qu'il va leur demander. Voilà pourquoi il est crucial, pour le Parti libéral du Québec (PLQ), de présenter une alternative qui leur redonnera espoir dans un pays dont nombre d'entre eux se sentent exclus. Or sur la scène politique, M. Charest paraît le seul politicien francophone fédéraliste dont le charisme, l'amour du Québec et la passion du Canada pourraient inspirer ses compatriotes québécois. Mais passer d'Ottawa à Québec, c'est basculer dans une autre dimension politique. Lucien Bouchard en sait quelque chose! M. Charest y serait-il à l'aise? En admettant qu'il dise oui, comment s'adaptera-t-il à la culture politique du PLQ? Ce parti-là demeure plutôt gêné aux entournures constitutionnelles, mal à l'aise avec la question dite «nationale». Il essaie de satisfaire une clientèle francophone, qui réclame traditionnellement plus de pouvoir pour le Québec. Mais il doit aussi composer avec une clientèle anglophone et des immigrants, naturellement portés à célébrer les vertus du statu quo. M. Charest, toujours s'il déménage, devra donc faire d'abord l'unité au sein du PLQ, s'il veut présenter une plate-forme constitutionnelle réaliste, valable, qui repose sur des bases le moindrement solides. Il n'a d'autres choix que d'opposer à l'aventure proposée par M. Bouchard cette fameuse troisième voie tant espérée par les Québécois, mais qu'ils parviennent mal à définir. C'est qu'elle est fort étroite. On trouve le tracé de celle de Jean Charest dans le refonte du fédéralisme que proposait, il y a un an, le Parti conservateur. Elle a de quoi séduire de nombreux Québécois. Retenons-en, entre autres choses, qu'Ottawa cesserait de déterminer le financement de programmes de santé et d'éducation postsecondaire, transformant les paiements en points d'impôt. Un secrétariat, relevant des provinces et du fédéral, gérerait ces domaines et l'économie, le pouvoir d'Ottawa étant considérablement moins centralisé. Mais en devenant chef du PLQ, Jean Charest deviendrait revendicateur des demandes traditionnelles du Québec. Or son rôle de chef de parti à Ottawa lui permet de faire des concessions au Québec, dans ce qu'il préconise. Ce serait un changement d'attitude fondamental. Lucien Bouchard et les péquistes ne manqueront pas de sortir de vieux squelettes des placards. De rappeler, par exemple, qu'en 1990 (avant le naufrage de Meech), le comité Charest proposait que la société distincte ne diminue en rien l'efficacité de la Charte canadienne des droits. C'est un récif que M. Charest doit surveiller de très près s'il décide de succéder à Daniel Johnson. Les fédéralistes demandent beaucoup de Jean Charest. Or il est primordial qu'il se sente à l'aise dans son nouveau rôle, qui comporte une grande part de renoncement. On entre en politique pour servir. M. Charest est peut-être utile à son parti à Ottawa. Mais il serait infiniment plus utile à son pays à Québec. Il se peut qu'il se juge difficile, voire impossible à remplacer. Mais des tas de gens irremplaçables peuplent les cimetières.
L'absence de Jean Charest à Québec rendrait la prochaine campagne électorale québécoise par trop prévisible. S'il refuse l'offre qui lui est faite, il sait que, de toute façon, le Canada ne
voudra jamais de lui comme premier ministre.
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