Avant le sacre

L'unique preux chevalier capable de terrasser l'hydre séparatiste

Murray Maltais

LeDroit 18 mars 1998



Le Parti libéral du Québec (PLQ) n'a pas eu de course au leadership depuis 15 ans. Or, ses dirigeants s'apprêtent à couronner Jean Charest messie officiel de la dernière chance du fédéralisme au Québec.

Lundi, on apprenait que l'adversaire le plus sérieux de M. Charest se désistait. Pourtant, Pierre Paradis assure que les militants de la base souhaitent vivement une course à la direction. Contre la locomotive Charest, il préfère déclarer forfait.

Les militants libéraux devront-ils se résoudre à accepter docilement la vision du Québec de Jean Charest, dont ils ne savent du reste pas grand-chose? Les délégués formeront-ils autre chose qu'une assemblée de béni-oui-oui, quand viendra le moment du sacre?

Le PLQ est un grand parti politique. Ses idées et initiatives ont transformé le Québec. C'est à lui qu'on doit la Révolution tranquille, la nationalisation de l'électricité, l'assurance-maladie, la conception et la mise en oeuvre du rapport Parent; c'est le parti où les jeunes pouvaient s'exprimer et influencer les dirigeants, où on ne craignait pas les remises en question.

Du passé, que tout cela. L'avenir du PLQ s'appelle Charest, l'unique preux chevalier capable de terrasser l'hydre séparatiste. Que feront ceux qui ne sont pas d'accord?

Si l'avenir du Québec et du Canada dépend de la performance d'un seul homme dans des sondages éphémères, alors le Québec et le Canada sont dans une vilaine posture.

Le temps joue contre Jean Charest. S'il est vrai qu'il peut aller chercher les nationalistes mous, ceux qui font et défont les gouvernements, attention à leur humeur imprévisible. Que pense M. Charest des grands enjeux sur l'éducation, la santé, la langue, les affaires municipales, etc? Attention à la riposte péquiste. Le taux de satisfaction envers le gouvernement Bouchard a récemment grimpé de 52 % à 60 %, en un temps de féroces compressions budgétaires, pendant que les citoyens croulent sous les taxes, sont écorchés d'impôts, que la crise dans les hôpitaux n'en finit plus, que les compressions les étouffent. Curieux, non?

Ce sont des éléments avec lesquels jongle certainement M. Charest.

Plus important que toute autre considération, comment le Québec des libéraux peut-il prendre sa place au sein du Canada? Tout le monde sait que la réforme de la Constitution canadienne, c'est leur talon d'Achille, une longue succession d'échecs. Là réside la force des péquistes qui font des gorges chaudes de l'impasse qui mine ce pays.

Le PLQ a-t-il la capacité de proposer au reste du Canada une vision neuve, audacieuse, réaliste, en qui les Québécois se reconnaîtraient pendant que le reste du Canada les reconnaîtrait pour ce qu'ils sont? Un projet susceptible de lever, pas seulement au Québec mais dans le reste du Canada? Cette alternative à la souveraineté, les Québécois l'appellent de tous leurs voeux.

Si, au lieu d'en proposer une, le PLQ se cantonne dans les formules ressassées, alors le Québec cherchera sa place en dehors du Canada plutôt qu'en dedans. Les Québécois réagissent, devant la fougue et le charisme d'un Lucien Bouchard.

Jean Charest représente la jeunesse, l'expérience à Ottawa. On le désire, on l'aime, on le pare de toutes les qualités. Mais au-delà de tout cet engouement, il faut faire la part des choses. Séparer le marketing politique des idées. La doublure ne vaut jamais l'étoffe.

Si le PLQ table sur le marketing pour les prochaines élections ou le troisième référendum, il fait reposer sa stratégie sur l'ambigu, le fragile, le flou. Il ne doit pas ignorer ce que veulent ses militants de la base: demeurer sourd à leurs préoccupations lui serait fatal.

Il faut un congrès au leadership pour que ces gens-là s'expriment. Que les tendances se dessinent. Les libéraux peuvent bien accuser les péquistes de «réunionite» ou de s'entre-déchirer. Au moins, ils s'expriment.

Le pire qui peut arriver au PLQ, c'est que le grand débat n'ait pas lieu.