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25 mars 1998 Les éditoriaux du Globe & Mail et de la Gazette d'aujourd'hui illustrent parfaitement le complot qui s'enfle depuis le début de l'année pour imposer au Québec un premier ministre à la convenance du milieu des affaires de Toronto et des autorités fédérales. Jamais le scénario n'a été aussi clair depuis la création de la Confédération, époque où les entreprises de chemins de fer menaient la danse. Jamais, non plus, n'a-t-on vu un concert aussi unanime chez tous les "Mange-Canadiens", tel qu'on les appelait autrefois, devenus avec l'adoption de l'unifolié des "Mange-Canadiens-français" et plus récemment, depuis la montée du P.Q., des "Mange-Québécois". Toutes les ressources du clan anglais sont mises à contribution: politiciens, hauts-fonctionnaires, ambassadeurs, juges, journaux, chef d'entreprise, Radio-Canada naturellement, universités, groupes d'influence comme le Conference Board. La liste est inépuisable. On a vu se gonfler le mouvement d'appui à Charest de jour en jour jusqu'à l'annonce du plongeon du "Sauveur de la nation" dans l'enfer Québécois. Le grand sacrifié pour le rachat des francophones du Québec descendra parmi nous dès demain pour nous apporter l'évangile de la classe d'affaires des Conrad Black et de ses collègues dans l'art de manipuler les politiciens. Les signes d'une conspiration contre la souveraineté du peuple québécois sont évidents puisque les moyens utilisés révèlent la nature du crime: chantage économique, insultes, intimidation, mots de ralliement des opposants, directives qui s'imposent de la part des grands patrons, etc. Les Québécois assistent fanatisés par le spectacle à ces manoeuvres nationales qui visent à déstabiliser un parti provincial. Un précédent dans «le plus meilleur pays du monde». La Cour Suprême, le Secrétaire d'État des États-Unis, les Jeux Olympiques, le Parti libéral du Canada, ont eu leur rôle à jouer dans ce drame pour ne parler que de ces vedettes. On ne parle pas Chrétien et de Johnson, les Abbot et Costello du show politique fédéraliste. Les choses se passent comme si tous les Canadiens avaient droit de vote au Québec et se devaient de combattre le choix des électeurs de la province francophone. Tout le monde sait au Canada que les Québécois sont incapables de faire un choix judicieux tellement ils sont crétins. Les journalistes des quotidiens de langue anglaise ont déterré les tactiques de Lord Durham pour leur enlever la liberté de choisir leur avenir. Les Québécois doivent être encadrés à cause de leur niveau intellectuel très bas et de leur manque de sens civique. D'ailleurs ils ne parlent même pas une langue civilisée. Il n'y a ces jours-ci aucune retenue chez l'adversaire, même chez ceux qui se targuent de fair play, de liberté de penser et de respect des autres. La bête à abattre est le fait souverainiste dans la vallée du St-Laurent, un point c'est tout. La terre a été conquise et doit rester conquise. Le mot d'ordre non exprimé mais constamment présent peut être résumé ainsi: écrasons ce mouvement infâme de séparation au prix même des principes les plus sacrés. Le peuple québécois ne vaut pas la moindre attention puisqu'il s'agit d'une race dégénérée en voie de s'éteindre comme l'écrit le prestigieux Globe & Mail ce jour même: population en chute libre, économie sur la débandade, institutions toutes croches, chômage, problèmes sociaux, mauvaise administration. On falsifie les faits, on tait les mêmes problèmes dans l'Ontario choyée d'Ottawa, on oublie la réalité de la concentration industrielle, les efforts faits par le Québec pour se donner des programmes publics qui visent à consolider la présence française en Amérique. Toute cette soupe nauséabonde pour convaincre les Québécois qu'ils n'ont pas d'autres choix que se laisser gouverner par Bay Street et par Ottawa. L'entremetteur, l'Hérode de notre Histoire, sera ce politicien sans idées et sans objectif autre que le pouvoir qui nous vient cette fois des Conservateurs. Le journal Le Devoir nous peint ce personnage ce jour d'hui. On le voit changer son discours au gré des courants politiques qui agitent le Canada anglais. Fluctuat nec mergitur, voilà l'habilité de celui à qui on demande de charmer par son verbe ces faiseux du Québec. Il viendra, il brouillera les cartes suffisamment longtemps pour ébranler la détermination de certains nationalistes tièdes avec l'aide des affairistes et des porte-drapeau du clan anglais. Il lancera des formules creuses, il gâchera des années précieuses, mais sans doute il réussira à retarder la difficile décision pour un peuple de se prendre en main et de quitter la fausse protection de ses maîtres du jeu. Il se trouve toujours des Québécois pour jouer ce rôle. Le Parti libéral du Canada et le Parti conservateur n'en ont pas manqué depuis George-Étienne Cartier et Laurier. Il faut avouer que les Libéraux sont des champions toutes catégories à ce sport. Quand ils manquent d'alliés pure laine ils viennent en piger dans les autres partis. Surveillez bien les commentaires à la Télévision de l'État et le sujet de ses émissions d'information ce jeudi le 26 mars. Il y aura louanges et célébrations pour le Messie. Un vrai couronnement dans le pays le plus démocratique du monde. Et tous les faiseurs de rois pour indigènes (on ne dit plus nègres) vont se féliciter d'avoir gagné la première manche: imposer leur choix à Charest lui-même. Pauvre lui qui se destinait à un poste beaucoup plus prestigieux! Il avait l'âge d'attendre la mort du vieux carcajou pour se hisser au pouvoir suprême. Mais non, on lui a fait savoir clairement que s'il refuse le rôle d'endormeur public, toutes les portes lui seront fermées à l'avenir. Même pas un petit job en cas de déveine politique. Il n'a pas le choix comme certainement lui a dit au téléphone le Paul Desmarais des mauvais jours. Encore une entourloupette à inscrire dans nos livres d'Histoire. Bien sûr, le récit ne paraîtra pas dans les manuels anglais du même pays que mes enfants et mes petits-enfants habiteront encore longtemps, à moins qu'ils ne décident d'être moins aveugles que nous.
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