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Lettre à l'éditorialiste du Soleil
M. Gilbert Lavoie Éditorialiste Le Soleil Québec Monsieur, Vous m'avez franchement étonné en réclamant du Premier Ministre qu'il se prononce en faveur d'un référendum sur la souveraineté, ce matin. Je croyais dur comme fer que vous étiez l'éditorialiste le plus féru de fédéralisme à votre journal. Le Soleil est en effet dirigé par une équipe qui a un si fort penchant libéral qu'il risque à tout instant de perdre l'équilibre. Il est vrai que je n'ai lu que les cinq dernières lignes de votre note, mais je dois avouer que vous n'y allez pas de main morte: une sorte d'ultimatum au référendum. La foi du prosélyte quoi! Vous allez dire que les nuances apparaissent avant la conclusion. En général je ne m'embarrasse pas des motifs quand la conviction est si vive. C'est du moins le message que vont en tirer les lecteurs. Je suis sûr qu'avec cinq lignes d'éditorial j'ai lu plus que ce que fait la majorité des abonnés du Soleil, principalement quand votre signature apparaît. Tiens! Il serait intéressant de faire un sondage SOM sur la question. À bien y penser cela ne vaudrait pas la peine car les résultats qui ne vont pas dans votre sens ne figurent que dans les trous des pages intérieures, (19 lignes agates sur une colonne pour le sondage qui met Bouchard gagnant du débat), alors que vous faites la "une" avec ceux que vous voulez mousser. On n'est jamais si bien servi que par soi-même, direz-vous. Je me demande quel étrange vent de folie frappe votre équipe de journalistes après le passage du débat. Vous me déroutez et, pourtant, j'en ai vu d'autres: Samson signe sa meilleure analyse de l'année pour reprocher à Charest son manque de pertinence et son rendement médiocre lors du débat; David s'amuse à des niaiseries qui ne méritent pas l'encre utilisée à leur diffusion; Vastel vole la chronique de Fessou et celui-ci tente d'égaler en propos méprisants son ex-compatriote. Même le grand patron Lacasse y va d'une impertinence publique à l'égard de la foi prêchée par sa chaîne de journaux, au grand dépit de son Père dans les cieux de Toronto. Décidément les campagnes électorales ne vous vont pas. À moins que ce ne soit la panique qui vous gagne, celle qui découle de la découverte qu'il n'y a pas de pilote expérimenté dans l'avion rouge. Celui qui tient le manche révèle un réel talent de comédien déguisé en pilote. Le crayon de Côté le souligne souvent d'ailleurs, sans doute pour mettre les rieurs de son côté... Consolez-vous! La campagne achève et vous pourrez retourner bientôt à votre petite routine de mouches du coche, le cocher étant resté le même.
Gilles Néron
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