Au revoir M. Jospin !


Nous avons été humiliés une fois de plus par les illusions que nous alimentons sur l'aide de la France.

Gilles Néron





M. Lucien Bouchard
Premier Ministre
Hôtel du Gouvernement
Québec


Monsieur le Premier ministre,

La visite tant attendue du Premier ministre de France se termine sur une note bien triste. En effet, il retourne dans son Paris tout enluminé en nous disant que le sort des Québécois ne le troublait d'aucune façon. Le cas du Québec est pour lui une problématique qui échappe à une grande nation comme la France. Nos démêlés constitutionnels sont une histoire dans laquelle il ne voulait pas se faire enfermer, une histoire qui n'avait de portée que sur les gens qui habitent ces arpents de neige qui n'intéressent son pays que pour y pour faire du commerce. Voilà la position de la mère patrie depuis Louis XV, une position de marchands peu fiers de pactiser avec les paysans mal dégrossis qui ont défendu et peuplé ces terres lointaines et inhospitalières par surcroît. Et v'lan!

Où se trouve maintenant ce partenaire du grand jeu de Parizeau? Qu'est devenue la France accompagnatrice qui se défile aussitôt que le Canada se fait bourru? Que deviennent ces beaux plans de promotion du Québec à Paris avec la présence prédominante du Canada, parce que Jospin a promis à Ottawa d'offrir ce printemps le même accueil aux représentants des autres provinces. Nos stratèges du lobby français sont bien confondus encore une fois comme à Hanoï au début de l'année où vous avez rencontré un échec retentissant avec la proposition d'inclure une condition de respect des droits de la personne dans l'admission de la communauté de la Francophonie.

Vraiment vos conseillers ont une connaissance bien pauvre de la réalité française. De plus, est-ce que croyez vraiment que la France accepterait de se faire servir une leçon par le Québec? Elle accepte plus volontiers des remontrances de tout autre pays que de la part de ses "cousins" du Québec, ces péquenots (Avouons que le qualitatif est proche de péquistes).

Vos remontrances sur le discours du multiculturalisme n'ont pas percé la compréhension de M. Jospin parce qu'il se refusait à admettre que son analyse était aussi fausse que Mme Beaudoin le prétendait. Pour lui, la promotion d'une autre culture ne peut favoriser que la cause des francophones puisqu'elle vise à convertir les puissants anglais à plus de tolérance. Il ne savait pas que ce que nous cherchons n'est pas la tolérance, ni la charité, mais la reconnaissance de notre âme, de notre identité. C'est une erreur attribuable à l'ignorance. Cette méconnaissance du contexte canadien révèle le peu de souci que l'on porte à Paris au sort des Québécois. Tout le monde ici sait très bien ce que cache l'expression multiculturalisme, mais pour l'ambassadeur de France, nouvellement débarqué à Ottawa, le mot ne signifie rien puisqu'il prend tout son sens dans une seule province de ce pays, une portion congrue d'un partenaire international qui mérite un peu d'attention.

Je constate que le voyage chaotique du secrétaire général de l'Agence des pays francophones, Boutros Boutros Gali, n'a pas servi d'avertissement pour vos fonctionnaires entichés de l'amitié française mais peu avertis des intérêts mondiaux de la France et de son snobisme. Ces pousse-crayon ont des croûtes à manger avant de prétendre au cénacle de la grande diplomatie et aux grands jeux de la géo-politique.

Nous avons été humiliés une fois de plus par les illusions que nous alimentons sur l'aide de la France. On devrait savoir qu'il n'y a personne d'autres que les Québécois pour militer en faveur de la cause du Québec. J'espère que cette fois-ci vous allez tirer cette conclusion de cette dernière erreur de perspective. Un dernier mot, mettez-moi à la retraite tous ces faux experts des affaires internationales et entourez-vous de vrais analystes de la Realpolitic.

Humblement

Gilles Néron