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Alliance-Quebec
Nous sommes reconnaissants à Bill Johnson de nous avoir révélé clairement les intentions et les plans de sa communauté. Toutefois, nous nous opposons à la bilinguisation orchestrée depuis 1986 par les opposants à la loi 101. En 1988, la loi C72 a amendé la Loi sur les langues officielles et permis l'ingérence du fédéral dans les compétences des provinces pour promouvoir l'anglais au Québec. Dans la foulée de cette loi fédérale, Lucien Bouchard et Gil Rémillard ont négocié l'Entente Canada-Québec venant à échéance le 31 mars prochain. Cette entente de 1989, renouvelée en 1993, est l'outil de bilinguisation du réseau de la santé et des services sociaux parce qu'elle a fourni le financement nécessaire (dix millions de dollars) à la mise en oeuvre des dispositions linguistiques de la loi 142. Adoptée en 1986, après avoir été concoctée par les opposants à la Charte de la langue française avec la bienveillante complicité des sénatrices Thérèse Lavoie Roux et Lise Bacon, alors ministres dans le gouvernement Bourassa, la loi 142 prescrit l'usage de l'anglais dans les services sociaux et de santé et crée un habile mécanisme de bilinguisation du réseau. Un cadre de référence adopté en 1994 par le gouvernement libéral guide les régies régionales dans leur bilinguisation. Quant à la bureaucratie de la bilinguisation, elle est prévue à la loi 142 et financée par les dix millions de l'Entente Canada-Québec. Les principaux acteurs en sont les coordonnateurs des régies régionales. Toute cette belle entreprise menée par des anglophones et des anglophiles réussit grâce à la docilité et à la sympathie de plusieurs dizaines de francophones québécois qui n'y voient que du bien, même si ça oblige des milliers de travailleurs et de travailleuses à renoncer à leur droit de travailler en français, comme la Charte le leur garantit. Mis à part la négation du droit fondamental des travailleurs (art. 46 de la Charte), une telle bilinguisation des services de l'Etat n'a rien d'inquiétant à Chicoutimi, Jonquière ou Québec, mais là où il y a des immigrants en grand nombre, le message est clair: le français est inutile. L'affichage est bilingue. A l'école, en dehors de la classe, la langue commune est de plus en plus l'anglais. A l'hôpital et au CLSC, on est désormais obligé par la loi de les servir en anglais. Bientôt, des groupes de francophones réclameront le libre choix de l'école pour leurs enfants afin que ces derniers ne soient pas des citoyens de deuxième classe. Les francophiles de l'Estrie demandent au gouvernement de mettre fin à l'Entente Canada-Québec négociée par Lucien Bouchard et Gil Rémillard parce qu'elle est l'outil de la bilinguisation des institutions québécoises en plus d'être une intrusion dans un champ de compétence du Québec. Ils demandent aussi d'expurger la loi 142 des dispositions d'ordre linguistique qu'elle contient puisque ces dispositions viennent inutilement en conflit avec la Charte de la langue française alors que cette Charte, elle-même, protège et garantit les droits et privilèges de la minorité depuis 1977. Ils demandent de plus en plus que les programmes d'accès non approuvés le 4 février dernier soient rejetés.
Clermont Domingue
Lettre publiée dans LeDevoir du 2.3.99
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