Vous avez dit: «pacte entre "deux peuples fondateurs"»?

Claude G. Charron

16.2.99



M. Claude G. Charron a écrit:
.... [...] Je signalerai à Grandchamp que les historiens du Canada anglais n'ont jamais cru que le Canada a été le fruit d'un pacte entre les deux peuples... [...]

Pierre Grandchmp a écrit:
Le profane et l'autodidacte en histoire, que je suis, pose la question à M. Charron ou à quelqu'un d'autre: si les historiens du Canada anglais n'ont pas cru à la "patente" des 2 peuples, donc ne l'ont pas écrit dans leurs livres et papiers, y a-t-il des historiens francophones qui, au contraire, y ont cru et l'ont écrit?

Je répondrai d'abord à Pierre Grandchamp que Stéphane Guay-Paquin publiera bientôt chez VLB un essai sur la fameuse thèse voulant que le BNA Act soit considéré comme un pacte entre "deux peuples fondateurs". Cet ouvrage sera tiré de sa thèse de doctorat (ou de son mémoire de maîtrise ?) en histoire qu'il vient de compléter à l'Uqam. J'en reparlerai d'ici peu.

J'aimerais pour l'instant m'attarder sur le texte de Roberto Perin paru dans la collection d'articles de professeur d'universités du Canada anglais, lesquels étaient à peu près tous favorables à l'émancipation du Québec. Ces textes (issus d'un colloque) ont été publiés en 1992 dans Negotiating With a Sovereign Quebec (Edited by Daniel Drache and Roberto Perin, Toronto, Lorimer)

À propos de George Brown que, plus que Cartier et Macdonald, Perin reconnaît comme le véritable architecte du BNA Act, il écrit:

"Brown, who was the leader of the Reform Party, associated the French Canadians with everything that was wrong with the Union: corruption, Church domination, ignorance, stagnation. He wanted desperately to change the constitution. When Confederation of which Brown can justly be considered the chief architect, was finally approved, he exulted: "French Canadianism (is) entirely extinguished." Brown's idea was to contain "French Canadianism" to the province of Quebec: in other words to ghettoize and tribalize the French Canadians. This would allow the British element to get with the business of building and running a continental nation."

Si, dans l'esprit de Perin, Bown était si content de la constitution de 1867, c'est que celle-ci getthoïsait et tribalisait les Canadiens français dans la seule province de Québec. Peut-on alors parler d'un pacte entre "deux peuples fondateurs"? Pourtant, Roberto Perin fait partie de la petite minorité des universitaires (surtout des historiens) anglophones favorable au Québec moderne.

Le Canada de Stéphane Dion est le fruit de cette constitution qui donnait tous les pouvoirs à Ottawa. Si, dans le passé, le mythe des deux peuples fondateurs créé par Henri Bourassa et perpétué par Groulx et Ares a servi à améliorer quelque peu notre sort, ce même mythe risque maintenant de nous nuire. Si, en effet, les Mercier, Duplessis et Lesage ont, grâce à lui, pu contenir les élans centralisateurs d'Ottawa, la récente entente du 24 Sussex Drive nous prouve hors de tout doute que, grâce au pouvoir de dépenser de la constitution de 1867, le rêve de Brown de nous encercler pour mieux nous tribaliser est en train de se concrétiser.

Dans ma critique de Réflexions d'un frère siamois (...) j'accusais l'auteur, John Saul, de mettre tout le crédit du Canada actuel qu'il considère comme étant "tolérant et bilingue" sur l'alliance entre Lafontaine et Baldwin alors que, pas une fois, il ne parle du rôle considérable qu'a joué Brown dans l'édification de cette fausse fédération qui ne nous a jamais reconnus comme peuple et qui cherche de plus en plus à anéantir l'identité québécoise..

Dire qu'à aucune des émissions de radio et de télévision où Saul a été invité, les animateurs ont osé le critiquer devant ce fait. Pourtant, Saul a écrit son essai dans l'intention expresse de pourfendre le nationalisme québécois.

Si, en d'autres temps, pour faire quelques gains dans le combat pour notre survie collective, il était de bon ton d'écrire que le Canada a été le fruit d'un pacte entre deux peuples, à l'heure de l'égalité des provinces - si minuscules qu'elles soient - il est grand temps de se prendre en main et de voir que Durham et Brown sont en train de gagner leur pari.

Il est également grand temps de se rendre compte que ce n'est pas seulement depuis 1982 que le Québec est une colonie du Canada, mais bien depuis la déconfiture de Lafontaine le 25 avril 1849, date de l'incendie du parlement du Canada-Uni à Montréal.

Claude G. Charron