L'histoire comme productrice de sens

D'abord vaincre la PEUR!

... la PEUR entretenue par le SFS (système fédéraliste de subordination)

Pierre Grandchamp 1.2.99
pierregr@citenet.net



Danielle Fortin: [...]Nous devons trouver notre point d’ancrage. Une référence historique, événementielle qui permettrait à tous les Québécoises et les Québécois de se reconnaître. C’est bien là, je crois, le problème québécois : l’absence de consensus autour d’un événement fondateur..[...]

"Or, l'histoire de la Confédération est l'histoire de l'échec à édifier une communauté politique.... On célèbre ses origines fondatrices dans l'émancipation des Cantons suisses, la Grande Charte britannique, la Déclaration d'indépendance américaine, la Révolution française, la Révolution belge de 1830." - Fernand Dumont, dans "Confédération ou l'histoire d'un échec"

Je suis d'accord avec votre analyse, sauf que il faut l'appliquer au niveau du Canada. On l'interprète différemment en certains milieux! Pendant que certains fêtent le 24 juin, d'autres "fêtent" le 1er juillet. Pendant que le 24 mai, certains fêtent la Reine d'un autre pays, d'autres fêtent Dollard. La fameuse question "d'égalité des 2 peuples fondateurs"!

En ce qui concerne les Québecois, il faut dire que leur affirmation "nationale" date de plus ou moins 39 ans. Auparavant, c'était de la survivance comme "canadiens français". Moi je pense que la difficulté, pour le peuple québecois, de finaliser son affirmation comme "adulte" est reliée à son statut de colonisé ou de dominé. La PEUR entretenue par le SFS (système fédéraliste de subordination).

(...) Un des éléments qui contribue fortement à propager la PEUR: la minorité anglo-québecoise. Cette dernière ne peut accepter de se voir reléguer au rang de minorité même si elle va conserver ses institutions et all. Pendant que le dernier hôpital franco-ontarien "s'en va chez le diable", Alliance Québec (les anglo-québecois ont environ 18 institutions hospitalières et vivent au Québec, la province la plus bilingue du Canada) avec les millions de $$$ du SFS, embarque dans une autre guéguerre qui ne vise qu'à "ontarioriser" le Québec! C'est le principe de la saucisse Hygrade!!!

"Plus ça fera mal économiquement, plus l'appui à la souveraineté baissera". Stéphane Dion, mars 1995
Le pire, c'est que trop souvent nos adversaires les plus coriaces sont des francophones... et cela ne date pas d'hier et cela fait aussi partie de l'histoire des "peuples dominés". Lorsque Trudeau est arrivé au pouvoir, les recommandations de la Commission Laurendeau-Dunton (dont le mandat était basé sur l'égalité des 2 peuples fondateurs) étaient toutes fraîches!

Dans un rapport paru en 1967, la Commission faisait longuement état des différences constatées entre le Québec et les autres provinces canadiennes. Elle concluait à l'existence de deux sociétés distinctes, dont l'une était formée par le Québec.

"IGNORER CETTE RÉALITÉ DANS NOTRE RAPPORT NE SERAIT PAS SEULEMENT UNE GRAVE ERREUR, ajoutait la Commission. CE SERAIT AUSSI RISQUER QUE LE QUEBEC REFUSE DE NOUS ÉCOUTER ET CE SERAIT EN MÊME TEMPS PRIVER LE CANADA ANGLAIS DE LA CHANCE DE PRENDRE CONSCIENCE D'UN ÉLÉMENT PARTICULIÈREMENT GRAVE DE LA SITUATION ACTUELLE DU PAYS".
Le rapport de 1967 de la Commission Laurendeau-Dunton recommandait que le Canada anglais accepte explicitement le droit des Québecois à l'autodétermination nationale et que des négociations soient entamées afin de recomposer le régime constitutionnel canadien de façon à accorder au Québec les pouvoirs spéciaux qui lui sont nécessaires pour protéger la nation québecoise et lui permettre de s'épanouir. C'est ce que redira le rapport Pépin-Robarts (créé par Trudeau lui-même) en 1979...

Or Trudeau accouchera de la Loi des langues officielles qui est en voie d'achever "l'extinction intergénérationnelle" hors Québec. Il accouchera, avec son compère Chrétien, de la Constitution de 1982. laquelle prince-édouardise le Québec et inclut la Charte des droits et la clause "nonobstant" (tout cela accordé aux provinces de l'Ouest) dont le but était d'empêcher le Québec d'affirmer sa spécifité!

Conclusions: Oui, le Québec et le Canada sont incapables de faire l'unanimité quant à 1867. Comme ce système fédéraliste de subordination (SFS) est basé depuis plusieurs générations sur le nationalisme canadien-anglais de supériorité (très bien décrit par Trudeau lui-même dans Cité Libre en 1962), il n'est pas facile pour les Québecois de compléter leur affirmation nationale. Parce que ce système entretient la PEUR. Voyez l'ADQ qui programme de rapatrier 22 pouvoirs quand les 5 demandes diluées de Meech sont au fond du lac du même nom.

Marc Labelle, ex FHQ ontarien, a très bien décrit ce qu'est L'AUTOVALORISATION COMPENSATRICE DE L'IMPUISSANCE DU DOMINE dans "Le colonialisme canadien anglais"

"Les compromis les plus importants ne peuvent être que le lot du peuple dominé. Davantage, les concessions faites par le francophone dominé sont interprétées par lui-même comme un acte de générosité de sa part. Il s'agit de L'AUTOVALORISATION COMPENSATRICE DE L'IMPUISSANCE DU DOMINE. En retour, il entretient l'espoir tenace que la volonté de domination du dominateur se transforme par magie en esprit de justice et de partage".
Pierre Grandchamp