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| Le Ras-le-bol de me faire traiter d'humilié (version remaniée) Il y a des limites qu'il ne faut pas franchir et ceux qui le font doivent s'attendre à une réplique cinglante.
André M Matte Montréal le 4 février 1999 |
En tant que Québécois, j'en ai ras-le-bol de me faire dire par les élus
fédéraux et ceux des autres provinces que nous jouons à la victime, que
nous prenons des airs de martyrs, d'opprimés, d'humiliés, chaque fois
que nous revendiquons des droits acquis et garantis par un document
constitutionnel. Je fais ici allusion à la Constitution de 1867 et non à
celle qui nous fut imposée en dépit de nos protestations durant la nuit
infâme des longs couteaux.
Le merdier constitutionnel qui envenime les relations entre le Québec et le Canada depuis novembre 1981 ne serait aujourd'hui qu'un incident banal s'il était comparé à celui qu'aurait créé l'Ontario, si le Québec et six autres provinces avaient formé une alliance
pour lui imposer une constitution dont elle aurait refusé d'endosser la
légitimité. En réalité, ce scénario n'aurait jamais été possible. Un coup
de force semblable aurait automatiquement entraîné la chute des
gouvernements fédéral et de Queen's Park.
Avant d'ouvrir la bouche pour déblatérer, à tort et à travers, ces élus
et leurs valets auraient avantage à se familiariser avec l'histoire du
Canada et celles du Québec, des Acadiens, des autochtones, du Bas et
du Haut Canada. Lorsque je les entends se servir du mot humilié à toute
les sauces, je me sens humilié. Je constate, avec un certain mépris
d'ailleurs, que ces administrateurs sont non seulement arrogants mais
aussi ignorants que sots.
Le contraire est aussi vrai. Il y a des limites qu'il ne faut pas franchir et ceux qui le font doivent s'attendre à une réplique cinglante. J'appartiens à l'un des deux Peuples fondateurs et j'exige un minimum de respect. Je ne veux pas laisser en héritage ce que j'ai reçu de mon père et des neuf générations précédentes nées en sol Québécois. En tant que Peuple, j'ai été déporté par mes concitoyens anglophones, conquis par les Anglais, abandonné par le roi de France sur les conseils d'un certain Voltaire et méprisé par tous. Dans les provinces situées à l'Est et à l'Ouest du Québec, on m'a interdit de m'exprimer en français et lorsque j'ai osé le faire, on m'a intimé de parler la Langue des hommes blancs, de parler canadien et autres énormités. Pour ajouter l'insulte à l'injure, au lendemain de Référendum de 1995, des représentants officiels de groupes ethniques m'ont dit que je n'étais qu'un membre de l'une des nombreuses ethnies vivant au Canada et que, les Autochtones mis à part, nous étions tous des immigrants. Sommes-nous tous des immigrants ? Si oui, nous n'avons rien à faire dans ce débat constitutionnel car nous ne faisons pas partie des deux Peuples fondateurs. En autant que je sache, la Constitution canadienne, celle de 1867, est basée sur le respect des droits des deux Peuples fondateurs. Si elle a raison, je me demande à juste titre : qui sont ces Peuples ? Combien de générations à venir faudra-t-il avant que je sois reconnu comme un Peuple, un Québécois ou même un Canadien et non comme un immigrant ? Combien de temps faudra-t-il pour que tous les Canadiens, d'un océan à l'autre, s'unissent aux Québécois de souche, fussent-ils d'origine française, anglaise ou juive - par ordre de leur arrivée au Québec - pour imposer le respect des droits acquis par la seule Constitution unanimement acceptée par les gouvernements provinciaux et fédéral ? A défaut de remplacer la constitution de 1981 par un nouveau document officiel qui ne pourra pas être bafoué comme le fut l'original, les Québécois n'auront d'autre choix que voter OUI, dans un prochain référendum et ça, avec ou sans le support de l'argent et du vote ethnique, comme le disait, à juste titre, Jacques Parizeau.
Pour ce qui est du droit de vote dans un référendum constitutionnel, il devrait se limiter aux citoyens qui sont né en sol québécois ou canadien. Certains pays du G-7 européen accordent ce droit uniquement à ceux de la troisième génération. Ces pays considèrent que leur histoire ne concerne pas les immigrants récents. Comment peuvent-ils se sentir solidaires d'une cause qui n'est pas la leur, quand un grand nombre d'entre eux sont en attente de retourner vivre leurs derniers jours dans leur pays natal ? Etant Canadien d'expression et d'origine français, dois-je m'allonger sur mon lit et attendre la mort par assimilation ? La Cour supérieure du Québec étudie actuellement une cause qui permettrait à quelques étudiants francophones de s'inscrire dans une école anglaise. Si les demandeurs ont gain de cause, ce sera le début de la fin pour la francophonie d'Amérique du Nord. Tout comme la mort et les taxes, l'assimilation viendra, tôt ou tard, frapper à ma porte. C'est une question de temps. Les choix ne sont pas nombreux. L'assimilation à plus ou moins long terme ou l'indépendance à court terme. Il faudra faire vite car le temps est notre pire ennemi. Malheureusement, le Canada est incapable de dénicher un homme d'État qui serait à l'abri des pressions partisanes et politiques et qui aurait pour mandat de réconcilier les différences qui nous divisent de plus en plus. Quel dommage ! Ceux qui abusent du mot humilier, sous toutes ses formes, devraient se rappeler que le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse se sont rendus coupables de génocide culturel en déportant les Acadiens après les avoir dépossédés de leur Terre. A ce jour, il n'y a pas eu d'excuses officielles, de compensations monétaires ou autres.
En 1864, la Nouvelle-Écosse a légalisé the Education Act qui a fait de l'anglais la seule langue d'instruction et, en 1902, le Council of Public Instruction a émis des règlements permettant l'usage du français comme langue d'instruction durant les quatre premières années du primaire. (*) Par conséquent, entre l'alphabétisation et l'ignorance, les parents francophones n'ont eu d'autre choix que d'envoyer leurs enfants dans les écoles anglaises. L'assimilation légalisée a fait le reste. (*) N.S. Journal of Education, 1883, at 29. And Report of the RCBB, Book II, at 110. - An Act to amend the Law relating to Education, N.S. 1864, c. 13. En 1869, Louis Riel et un comité conjoint de 12 citoyens anglophones et de 12 citoyens francophones de Rivière rouge ont dûment et légalement été élus par leurs concitoyens afin de préparer une liste de droits pour le gouvernement du Nord-ouest. Ces droits reconnaissaient l'égalité de l'anglais et du français dans le corps législatif, la Cour, les documents officiels et exigeaient que le Juge de la Cour Supérieure soit bilingue. En 1885, Riel fut pendu pour avoir défendu des doits durement acquis. En 1890, la législature manitobaine adoptait the Official Language Act, faisant de l'anglais la seule langue of records and journals of the legislature, for the publication of statutes and in the court (*). Par cette ordonnance, l'anglais devint la seule langue d'instruction. Par conséquent, entre l'alphabétisation et l'ignorance, les parents francophones n'ont eu d'autre choix que d'envoyer leurs enfants dans les écoles anglaises. L'assimilation légalisée a fait le reste. (*) Sheppard, C.A., The Law of Languages in Canada, Studies of the Royal Commission on Bilingualism and Biculturalism, Volume 10 (Ottawa: Information Canada, 1971) at 77. En 1876, Prince Edward Island's Legislature adopta The Official Language Act, faisant de l'anglais the only language of records and journals of the legislature, for the publication of statutes and in the court. Par cette ordonnance, l'anglais devint la seule langue d'instruction. Par conséquent, entre l'alphabétisation et l'ignorance, les parents francophones n'ont eu d'autre choix que d'envoyer leurs enfants dans les écoles anglaises. L'assimilation légalisée a fait le reste. En 1890, the Regulations of the Ontario Department of Education fit de l'anglais la seule langue d'instruction. Report of the RCBB, Book II, at 48-49. Par conséquent, entre l'alphabétisation et l'ignorance, les parents francophones n'ont eu d'autre choix que d'envoyer leurs enfants dans les écoles anglaises. L'assimilation légalisée a fait le reste. En 1912, l'Ontario adopta Regulation 17qui fit de l'anglais la seule langue d'instruction après la troisième année scolaire. Durant les trois premières années, le français pouvait y être enseigné une heure par jour. Ce règlement fut éventuellement annulé dans les années 30. (*) (*) Report of the RCBB, Book II, at 47-51. Les Franco-Ontariens luttent désespérément pour faire reconnaître les droits qui leur sont acquis. Le combat est inégal et peut-être perdu d'avance. Il suffit de se référer aux déboires de l'hôpital Montfort d'Ottawa, du conseil scolaire de Penetanguishene ou au traitement accordé aux cadets francophones du Collège militaire de Kingston, etc. En 1905, the School Act of Alberta and Saskatchewan désigna l'anglais comme la langue d'instruction mais permit some use of French in the early grades as previously set out in the 1892 School Ordinance of the Northwest Territories. (*) En 1931, The Saskatchewan School Act interdit l'usage du français dans les écoles publiques. Encore une fois, entre l'alphabétisation et l'ignorance, les parents francophones n'ont eu d'autre choix que d'envoyer leurs enfants dans les écoles anglaises. L'assimilation légalisée a fait le reste. (*) S.C. 1905, c. 3. RSS, 1909, c. 100. Faucher, P., supra, at 217, 263. En novembre 1988, la Cour Suprême du Canada ordonna à la Saskatchewan et à l'Alberta de traduire en français toutes les Lois qu'elles avaient rédigées depuis le jour où elles se sont jointes au Canada. A ce jour, et à la cadence avec laquelle ces lois sont traduites, il faudra attendre, dans le meilleur des mondes, mille ans avant de pouvoir feuilleter celles qui ont été inscrites aux rôles avant 1900. Ces ordonnances et ces lois, qui sont toujours en vigueur, vu qu'elles n'ont pas encore été déboutées, ont un point en commun : elles sont racistes et constituent un acte de génocide culturel. Les Canadiens d'expression française n'ont-ils pas mieux à faire que de se battre pour faire respecter les droits acquis et garantis par la Constitution ?
De son côté, le Québec a trois universités anglophones et le Nouveau-Brunswick, une université francophone. Il n'y a pas d'équivalent dans les autres provinces. Accordez-moi un moment de cynisme. À l'exception des deux provinces ci-haut mentionnées, l'assimilation des franco-canadiens a pris une telle ampleur qu'il n'est plus politiquement rentable de financer des institutions scolaires francophones. Il serait bon, à ce moment-ci, de rappeler à nos amis et concitoyens de religion juive, qui parfois nous traitent de nazis, que le Québec subventionne les écoles juives depuis cent ans. C'est le seul endroit au monde, à part Israël en 1948 et la Hollande après la deuxième grande guerre, en respect de la mémoire d'Anne Frank, où ce droit leur est accordé. A la une, le Montreal Gazette informait, dans son édition du 21 décembre 1998, que, d'après le dernier recensement de Statistiques Canada, en 1996, le Québec est l'endroit au Canada où les Premières Nations sont les mieux traitées. La moitié d'entre elles, qui sont au nombre de 53, habitent la Colombie-britannique. Dans cette province, que je connais très bien pour l'avoir traversée des dizaines de fois du nord au sud et de l'ouest à l'est, pendant des années, seuls les aînés parlent encore leur langue et chez les Haïda, il n'y en a que 6%. Au Québec, 92% des autochtones parlent encore leur langue à la maison. Ce chiffre se situe à 97% chez les Attikamekws. Dans le Nunavut, où se situe la plus forte concentration d'autochtones au Canada et où ils sont majoritaires, ce chiffre est nettement inférieur à celui du Québec. L'âge moyen de ceux qui parlent encore leur langue diminue au Québec alors qu'il augmente partout ailleurs au Canada. C'est peut-être un vieux cliché, mais à défaut de trouver mieux, le Québec a toujours traité ses minorités avec respect et dignité comme il est impossible de trouver ailleurs. De plus, il continuera à le faire, indépendance ou non. Lorsqu'on nous fait miroiter la débandade financière qu'entraînerait inévitablement' la sécession - ce qui n'est pas évident - je réponds par ces mots : un pays dont les fondations sont construites uniquement sur les valeurs monétaires, est un pays sans âme qui est condamné d'avance à être englobé par un autre. Refuser d'admettre que des lois discriminatoires et racistes aient été imposées aux Canadiens d'expression française est très utile. Cela donne bonne conscience. Il n'en demeure pas moins qu'il pourrait en résulter une situation semblable à celles qu'ont connues l'Irlande et le Liban. Ce que les Québécois désirent avant tout, c'est la réciprocité. A défaut de l'obtenir, le Gouvernement québécois devra utiliser la clause Nonobstant pour contrer la Clause Canada, telle que décrite dans la constitution de 1981. Les Canadiens qui se sont installés au Québec auront alors droit à un traitement égal à celui offert aux francophones vivant dans leur province d'origine. Ils n'auront d'autre choix que d'accepter les conséquences ou retourner dans leur province natale.
pour faire du Canada un pays? ... Pour terminer, j'aimerais dire à tous les fédéralistes, et tout particulièrement à ceux qui véhiculent la notion que les séparatistes désirent l'éclatement du Canada, qu'ils font preuve d'un manque flagrant de perspicacité intellectuelle. Ils refusent d'admettre qu'un Peuple qui existait longtemps avant leur arrivée et à qui ils ont imposé des lois assimilatrices à coup de décrets après les avoir conquis, aspire un jour à sa propre souveraineté. De plus, s'ils craignent que la sécession du Québec entraîne l'effondrement du Canada, c'est qu'ils n'ont pas l'étoffe voulu pour faire du Canada, avec ou sans le Québec, un pays digne de ce nom. A tous mes amis fédéralistes, je dis : Je ne suis pas un ennemi. Je suis un ami, que vous le vouliez ou non. Est-il nécessaire d'en dire plus ? André M Matte À comparer avec le document officiel de Statistique Canada 1991... du site Conseil pour l'unité canadienne
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