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Les actions que pose actuellement le gouvernement sont pleines de sens, bien que fort tardives. Les prêteurs forcent la main aux politiciens pour qu'ils réduisent les dépenses, privatisent les sociétés d'Etat déficitaires et soumettent les hôpitaux et les maisons d'enseignement de toutes sortes à la concurrence. Pourquoi les politiciens n'ont-ils pas procédé à ce grand ménage plus tôt? Parce que les électeurs n'exerçaient pas un véritable contrôle sur les politiciens, ce que font actuellement les prêteurs en raison de leurs créances de premier rang. Ils sont les seuls à leur faire prendre conscience de la réalité. La discipline de la dette publique est en tout point comparable à celle de la dette privée qui a secoué le monde de Wall Street au cours des années 1980 et qui est l'origine de la vague de fusions et de «takeovers». Les actionnaires dispersés ont perdu le contrôle des managers qui ont servi leurs propres intérêts en négligeant ceux de leurs actionnaires. Des financiers astucieux ont décelé le potentiel inexploité de ces firmes, ont emprunté les sommes nécessaires par des montages financiers et ont pris le contrôle de la majorité des actions. Quelquefois, des gestionnaires ont riposté en empruntant auprès de certaines institutions financières pour devenir les détenteurs des actions nécessaires. Les moyens importent peu puisqu'au total, la nouvelle firme devait répondre directement aux préoccupations des prêteurs. D'où une amélioration de sa performance. La même histoire se répète en ce qui concerne l'efficacité gouvernementale. Quelle que soit la tendance idéologique des politiciens, toutes les forces conduisent à une seule solution, un petit gouvernement. La tragédie observée sur les marchés financiers se trouve dans le relâchement de la discipline de sorte que les prises de contrôle sont devenues monnaie courante. La tragédie du gouvernement québécois (et de tous les autres gouvernements canadiens) repose sur la constatation que la gouvernance démocratique n'a pu contraindre les politiciens de nous propulser dans le monde fantastique de jouer sans payer. Il en est résulté que les électeurs ont hypothéqué presque tout leur pouvoir aux prêteurs. Si les électeurs veulent prendre le pouvoir et le conserver, ils doivent non seulement rembourser la dette publique, mais ils devront aussi enchaîner les politiciens. L'initiative populaire et le référendum constituent des instruments de la démocratie directe qui sont particulièrement contraignants pour les politiciens aux aspirations démesurées. Des chercheurs suisses ont trouvé que le gouvernement est plus petit au moins d'un tiers dans les communautés qui font appel à la démocratie directe que dans celles qui ont recours à la démocratie représentative. D'autre part, John Matsusaka de l'University of Southern California a également décelé que les Etats américains où l'initiative populaire a force de loi gèrent leurs affaires selon des principes économiques sains. Ces Etats, qui composent presque la moitié de l'union américaine, dépensent jusqu'à 12% de moins que les Etats comparables dont les dépenses sont initiées par les politiciens. De plus, ils déplacent les dépenses vers le gouvernement local qui est plus près des citoyens. Ces mêmes Etats utilisent davantage le principe de l'utilisateur-payeur (redevance, tarif, taxe directe) pour le financement des services gouvernementaux. En un mot, les Etats astreints à la discipline de la démocratie directe empêchent les politiciens de distribuer des revenus contre la volonté de la majorité. Les électeurs utilisent l'initiative populaire pour contourner les politiciens et fermer la porte aux groupes particuliers d'intérêt qui font en toute tranquillité du lobbying pour obtenir des privilèges à même l'argent des contribuables. La résorption du déficit gouvernemental ne représente qu'une première étape dans la longue marche des électeurs vers un meilleur contrôle des politiciens. La seconde nécessite une véritable prise de contrôle par les électeurs qui doit se traduire par l'introduction de la démocratie directe. Il n'existe aucun autre moyen de contraindre les politiciens. La démocratie directe nécessite la diffusion de l'information sur un ensemble d'enjeux majeurs sur lesquels les électeurs auront à se prononcer, ce qui ne peut être que salutaire dans un régime parlementaire à la britannique. Les électeurs québécois viennent de constater avec sévérité qu'une démocratie sans information conduit nécessairement à la dictature des groupes de pression.
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