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Des milliers de personnes n'ayant pas qualité d'électeur votent. Selon le directeur général des élections (DGE) du Québec, plus de 217 000 inscrits sur la liste électorale n'ont pu être recoupés par les listes des détenteurs de cartes d'assurance-maladie. Au départ, on en dénombrait 322 000; des vérifications ultérieures ont permis d'en identifier 115 000. Qui sont donc ceux qui restent? Ni le DGE ni le gouvernement ne peuvent le dire. Des trépassés ou des absents votent; combien d'autres se retrouvent derrière l'isoloir en enfreignant la loi? Cette semaine, le ministre Guy Chevrette (Réforme électorale) évoquait de pareils cas dans son comté. Il entend modifier la loi pour que chaque électeur soit tenu de présenter un document attestant qu'il est bien la personne apparaissant sur la photo, lorsqu'il se présente au bureau de scrutin, le jour du vote. Seraient acceptés la carte-soleil, le permis de conduire et un passeport valide, trois documents où l'on peut voir la photo de son détenteur. Que 217 000 personnes aient pu exercer leur droit de vote sans qu'on puisse les retracer demeure fort troublant. Il se peut que certains n'aient rien à se reprocher. Affirmer que tous ont voté légalement ne relève pas de la naïveté, mais de la bêtise. Ou de la mauvaise foi. On songe, bien entendu, que les résultats du dernier référendum auraient pu basculer dans l'autre sens si les autorités politiques avaient manifesté plus de rigueur dans l'exercice du droit de vote. Ce n'est pas tout. Notre système électoral ne comporte qu'un seul tour de scrutin, aucun de nos deux partis n'ayant le courage politique d'instaurer la représentation proportionnelle au Québec. Dans ces conditions, quelques dizaines, un seul vote même peut faire toute la différence: les gens de l'Outaouais se souviennent encore de la victoire de Jocelyne Ouellette contre Oswald Parent en 1976, cause célèbre entendue par la Cour suprême du Canada. D'aucuns tentent de décourager le gouvernement d'aller dans cette direction. Comme le député libéral Christos Sirros, ils s'opposent à la présentation de la carte à cause des risques qu'elle comporte pour la protection de la vie privée. Le Protecteur du citoyen, le président de la Commission des droits de la personne ainsi que celui de la Commission d'accès à l'information abondent dans le même sens. Tous craignent l'interconnexion avec des banques de données qui doivent, on en convient, rester rigoureusement étanches. L'ancien DGE Pierre-F. Côté rétorque que les scrutateurs, le jour du vote, n'auraient pas accès aux données de la carte-soleil. C'est un argument qui pèse de tout son poids. Notre démocratie repose essentiellement sur l'honnêteté de son système électoral. Faut-il le laisser vulnérable aux manipulations de toutes sortes, à la fraude, risquer que la volonté populaire soit faussée par les calculs et agissements de gens malhonnêtes et de bandits, pour se protéger d'éventuels abus de fonctionnaires chargés d'appliquer les lois? C'est le dilemme. Les admirateurs de nos chartes n'hésitent pas à trancher, s'insurgent contre l'obligation de présenter la carte d'identité, le jour du vote. Mais que pensent-ils des lois, voire des modifications à ces mêmes chartes qui seraient votées par des législateurs élus de façon malhonnête? Si le nombre d'électeurs non recoupés avec la liste de la Régie de l'assurance-maladie n'était pas si important, on pourrait croire que les suppositions de personnes ne sont pas un phénomène important. Mais dans la mesure où on ne peut retracer 217 000 personnes qui ont effectivement voté, il y a bel et bien péril en la demeure.
Ce n'est pas de gaieté de coeur que nous appuyons l'identification des électeurs. Il faut plutôt
s'y résigner pour s'éviter de plus grands maux, tout en s'assurant que l'usage qu'en feront les
scrutateurs serve strictement à prévenir les fraudes électorales.
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