Les mots qui tuent !

La pensée DonDon est simple, partons de prémisses fausses, contraires à la moindre logique et concluons sans démontrer.

Jean-Yves Durocher
30.8.01




Admettons qu’une personnalité « nationaliste », soit du calibre intellectuel du professeur Don Donderi de la McGill University, s’affiche publiquement comme expert en enlèvement par les extra-terrestes, accepte d’être cité - donc adopté - par la frange illuminée de la société qui croit dur comme fer que ET existe et que seule une conspiration mondiale américaine nous cache l’existence du phénomène. Croyez-vous un seul instant que la presse canadian n’en ferait pas ses choux gras?

La réponse est l’évidence même. Il serait sujet aux pires moqueries, au ridicule le plus complet. Et cela, même s'il était - à l’extérieur de ce penchant pour la non-science - d’une rigueur intellectuelle la plus parfaite.

Ce qui n’est pas le cas de cet homme. Je suppose qu’en expertise du poignet cassé, haut lieu de l’ergonomie s’il en est, il est qualifié, c’est ainsi qu’il se présente en tant qu’expert dans le domaine; en sociologie, c’est autre chose. La pensée DonDon est simple, partons de prémisses fausses, contraires à la moindre logique, et concluons sans démontrer.

Ce genre d’exercice est commun, il pullule un peu partout, mais il n’est pas cautionné par un organe de presse important, contrairement au cas qui nous occupe, par le The National Post, qui dans sa principale édition - celle du samedi - lui accorde une place de choix - sous la caricature, à coté de l’éditorial principal, et par la portée symbolique de la signature : Don Donderi is an associate professor in the Department of Psychology, McGill University.

Nous voilà dans le domaine de la fraude intellectuelle la plus parfaite. Le champ d’expertise reconnu de Donderi est l’ergonomie. La raison pour laquelle la McGill University a fait de son Department of Psychology l’hôte de ce secteur important de la recherche - je ne le nie pas - la regarde. Mais, le professeur associé n’est pas psychologue et encore moins sociologue.

Il est un politicien marginal, d’un mouvement marginal extrémiste, raciste et terroriste. Il est un partisan de la violence, seule et unique conclusion acceptée des thèses partionnistes. Ailleurs, il y aurait de forte chance qu’il soit sous surveillance policière ou en prison, ou refusé d’accès au Canada.

Canada vertueux...

Car il y a, en politique, des discours acceptables et d’autres qui ne le sont plus. Le Canada, à ce sujet, se vante d’être à l’avant-garde du droit d’ingérence, prôné par Bernard Krouchner, donc d’imposer à des pays tiers le droit canadien en matière de discours séditieux. Les cas les plus intéressants étant celui de Léon Mugesera, homme politique rwandais, réfugié au Canada et dont un tribunal d’immigration avait ordonné en 1996 l’expulsion pour cause d’incitation au génocide lors d’un discours. Durant plus de 5 ans, jusqu’au jugement Nadon du printemps dernier (dont le Canada s’est pourvu en appel), la machine propagandiste internationale canadienne s’est vantée de ce haut fait de son droit de condamner les discours - qui même indirectement - visent au génocide. À commencer bien sûr par le haut lieu du politiquement correct, le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique, la bébelle à Ed Broadbent, maintenant dirigé par Warren Allmand, fait un travail admirable de glorification du rôle canadien dans la défense des droits de la personne, le plus loin possible du Canada étant le meilleur endroit, le plus éloigné des intérêts canadiens à l’étranger étant encore mieux.

Je laisserai à plus qualifié que moi, Monsieur Mugesera est défendu par Maître Guy Bertrand, le soin de s’y retrouver dans les argumentations savantes et légalistes des deux camps. Ce n’est pas mon propos. Le mien est de préciser que le Gouvernement du Canada considère que l’interprétation que l’on fait d’un discours a autant d’importance que la teneur de ce dernier.

L’allusion suffit...

Or quel est le discours de Donderi?

En quoi ressemble-t-il, dans l’interprétation que peut en retirer un lecteur ordinaire, à celui de Mugesera?

Car, c’est la thèse canadienne, il ne suffit pas de dire, d’inciter directement, l’allusion suffit. Ce qui compte, ce n’est pas le sens propre du discours, mais l’interprétation de celui-ci. Être méchant, je dirais que cela s’explique, après tout s’il fallait s’attacher à ce que dit Jean Chrétien, sans interpréter ce qu’il dit...

Et l’interprétation « officielle », médiatisée, devient plus importante que le texte original. Voir les déformations à 180 degrés faites aux propos d’Yves Michaud.

Le texte n’existe plus, ce qui compte c’est l’interprétation officielle de celui-ci. C’est la traduction jusqu'à l'absurde. Nous sommes dans le monde (pays) de traduction. Traductore, traditore : qui traduit, trahit.

Donderi - une incitation à la violence

En acceptant, et c’est au Canada la loi, donc la norme voulant que l’interprétation qu’un lecteur normal induit d’un texte en fait partie intégrale, nous pouvons dire, sans nous tromper, que le texte de Donderi est une incitation à la violence.

Dans l’avant-dernier paragraphe de son texte, Donderi écrit ceci :

The difference between Quebec and Sweden is that Quebec's nationalists resent English and the people who speak it, while the Swedes don't. Restricting English gives nationalists the satisfaction, eloquently described by the late Camil Laurin, of putting English Quebecers on a "reducing diet" -- reducing their influence, and humbling them in the process, before, as some of them would like to do, driving them out of a French-speaking, independent Quebec.
Nous pouvons affirmer que plus de 75% de la population francophone du Québec est « nationaliste », je minimise même le pourcentage. Nous savons que 60% de la population francophone du Québec est tellement nationaliste, dans le sens que lui donne Donderi, qu’elle a voté pour la séparation politique du Québec du Canada.

75% des Québécois (ex-canadiens devenus canadiens-français) ont donc un ressentiment contre l’anglais et ceux qui le parlent.

Ici, quelle interprétation doit-on donner au terme? Langue ou description de l’envahisseur colonial britannique? La réponse est évidente. Il ne s’agit pas des locuteurs anglophones, puisqu'une partie importante des Québécois parlent cette langue, mais bien du groupe anglais, donc celui des envahisseurs coloniaux britanniques.

Les mots qui tuent

Le procès d’intention de Donderi est simple: par réduction, la grande majorité des Québécois francophones désirent la disparition (driving them out) des Anglais. Donc les Québécois sont des génocidaires en puissance, donc il est légitime, dans le cadre canadien, de réagir avec l’ensemble des forces à la disposition des citoyens et de l’État contre ce génocide appréhendé...

Il s’agit, et je ne fais que respecter l’idéologie canadienne, la loi canadienne, d’un appel direct au devoir de résistance complet des Anglais contre la visée des Québécois (qui est par définition illégitime), qui est de réaliser l’épuration ethnique du Québec par l’expulsion des Anglais.

Qu’importe alors la démonstration, quelle soit tellement farfelue, qu’elle mène à la risée générale; ce qui compte, c’est l’interprétation qu’il faut tirer du texte.

Le The National Post est, de l’aveu même du propriétaire, la voix officielle du Premier ministre du Canada. On se rappellera que Lionel Asper a fait publier une mise en garde contre les «journalistes » qui osaient - dans son journal - s’attaquer au Premier Ministre en dévoilant les dessous du Shawinigate; allant jusqu’au congédiement déguisé du journaliste responsable du dossier. Ce journal, en publiant cette lettre, avec l’importance décrite plus haut, valide donc les thèses de Donderi.

McGill University, n’a pas - au moment de la publication de ce texte - émis de communiqué se dissociant des propos de son professeur, ou au moins expliquant que l’utilisation que fait celui-ci de son titre est abusive, puisqu’entièrement hors du champ de compétence académique de celui-ci. Ce faisant, l’université valide les thèses de Donderi.

Enfin, on ne peut que souligner que la 5ième colonne du Gouvernement du Canada, Alliance-Québec, est présidée par l’avocat qui a toujours été aux côtés de Don Donderi dans le passé : Maître Brent Tyler.

Créer un Centre de l’unité québécoise

La loi canadienne, l’idéologie canadienne est claire : ce que fait Donderi est contraire à la loi et à cette idéologie. Demander à Ottawa d’agir est imbécile, nous devons donc inviter ceux qui sont en position d’agir, de le faire. Au Ministre de la Justice, d’assigner un procureur spécial pour analyser le texte de Donderi selon l’idéologie canadienne. Au Ministre de l’Éducation en exigeant de l’Université McGill qu’elle explique son « attentisme » face à l’utilisation abusive des titres qu’elle émet alors que la moindre supposée manifestation d’exigence du respect de la loi québécoise est automatiquement contestée. Et enfin de demander sérieusement de créer un Centre de l’unité québécoise. Non pas vouée à la promotion de l’indépendance, c’est le rôle des partis politiques, mais à la défense des intérêts du Québec et du droit des Québécois de ne pas vivre sous les menaces à peine voilées des Donderi de ce monde. Nous avons le droit légitime de dire qui nous sommes et de vivre en paix.

C’est cela une société libre et démocratique en régime de droit.


When in Stockholm, speak English

Don Donderi National Post 25.8.01


I am writing about a northern land of rivers, lakes and forests, rich in natural resources, where fewer than nine million people live at the edge of a continent of over two hundred and seventy million people who do not speak their language. The land has a proud and turbulent history, and its soldiers and adventurers once commanded half the continent. It has a beautiful capital city with a commanding view of water. Most of the people are native-born whites, but about one-tenth are northern aborigines or recent immigrants.

This could describe my province of Quebec, but I am writing about Sweden, where I worked for the last half-year. My wife and I toured Sweden long ago with a friend who introduced us to its history and politics, so when we arrived this time, the country was familiar. But modern Stockholm has a new sound: Almost everyone in Sweden speaks both Swedish and English. A recent newspaper poll found that 80% of all Swedes spoke English as a second language. In Stockholm, our experience suggests that it is closer to 100%. Teaching English starts in the third grade. Foreign-language television programs and films are subtitled, not dubbed.There are no laws regulating language in print, film or TV advertising. English billboards, ads and logos are everywhere. On a major private television channel, two of four commercials between Saturday night programs were in English and two were in Swedish. Stockholm is more bilingual to the eye, and sometimes even to the ear, than is Montreal.

Ericsson, the Swedish IT multinational, works in English. A business news magazine has written critically about "bad English" as the national business language, but that was false modesty. The English spoken by our friends, neighbours, colleagues and the clerks in Stockholm shops is grammatical, colloquial and more fluent than the English spoken by most English-speaking French-Canadians living in Montreal.

The chairman of the Swedish Language Committee (even Sweden has one) was interviewed on Radio Sweden International's English-language program. He was asked: "Do you feel that English is a threat to Swedish, and will it 'drive out' Swedish?" "No," he said. Sweden is a trading nation, and Swedes have always learned second or third languages to do business with the rest of the world. This has never threatened the position of Swedish.

Immigrants are expected to learn Swedish, and they do. Stockholm has more new plays opening, per capita, than any other European city -- so says a drama critic for the newspaper Svenska Dagbladet. I attended a top-notch performance of Carmen, sung in Swedish. While the Quebec Estates-General on the French Language reported this past week that French-English bilingualism was a threat to the survival of French in Quebec, Swedes do not think that Swedish-English bilingualism is a threat to the Swedish language or culture.

In fact, Quebec and Sweden are so alike physically and geopolitically, and so different in their attitude toward English, that it leads an English-speaking Quebecer like me to analyze the split. Is French in more danger of extinction than Swedish? No. There are fewer than nine million Swedish- speakers in Sweden and Finland, while more than 120 million people speak French throughout the world. Is French more likely to be corrupted than Swedish? No. Corruption is a matter of attitude. The Swedes borrowed "IT" from English, but if Quebecers use "sand trap" while playing golf, that is corruption. Swedes play a lot of golf, but, unlike Quebec, there is no official golf vocabulary in Swedish. Does English press harder on Quebec French than it does on Swedish? Sweden is saturated by English-language TV and English-language films; while in Quebec, films must be dubbed into French for simultaneous release. English is the lingua franca of business and politics throughout Europe, and everyone in Europe who wants to be a commercial or political success learns English.

The difference between Quebec and Sweden is that Quebec's nationalists resent English and the people who speak it, while the Swedes don't. Restricting English gives nationalists the satisfaction, eloquently described by the late Camil Laurin, of putting English Quebecers on a "reducing diet" -- reducing their influence, and humbling them in the process, before, as some of them would like to do, driving them out of a French-speaking, independent Quebec.

The coexistence of Swedish and English in Sweden shows that it is unnecessary to protect a native language spoken by an educated population with strong cultural institutions -- and French Quebec is every bit as strong as Sweden in these respects. From the steets of Stockholm, it is plain to my eyes that Quebec's anti-English laws have little to do with the health and survival of the French language in Quebec.

Don Donderi is an associate professor in the Department of Psychology, McGill University.