Les Québécois aux Jeux Olympiques

Claude Boulay
27.2.2002




Lors des Jeux olympiques de Lillehammer, les athlètes québécois s'étaient grandement illustrés, récoltant plus de la moitié des médailles du contingent canadien. Les médias avaient souligné ces victoires, et une vague de fierté avait déferlé sur le Québec (malgré les uniformes de la police d'état fédérale dont on les avait affublés). Les fameux Lys d'or, décernés avant et pendant les Jeux, à ceux de nos athlètes qui obtenaient du succès (pas seulement les médaillés), avaient contribué pour beaucoup à cet élan de fierté. Un journaliste canadien anglais avait été tellement dépité qu'il avait pondu un article cherchant à jeter du discrédit sur les médailles de Myriam Bédard.

Après ces jeux, on a dû décréter qu'il n'était pas bon que les Québécois ressentent de la fierté devant les succès de leurs athlètes. Ce n'était pas bon pour la "national unity". Il fallait que tout soit canalisé vers les athlètes "canadiens". On a aboli les Lys d'or. À Nagano on a multiplié les drapeaux unifoliés, au point où Jean-Luc Brassard, n'y pouvant plus, avait crié son écoeurement.

Pour les Jeux qui viennent de se terminer, des ordres avaient sûrement été donnés. On n'a à peu près jamais entendu le mot "Québec" ou "Québécois" en parlant des athlètes. Pourtant, les Québécois ont remporté 38, ou 44 pour cent, des médailles, selon que l'on compte Clara Hughes ou non.

Parlant de Clara Hughes, cette remarquable athlète qui a gagné une médaille de bronze en patinage de vitesse, et qui avait gagné deux médailles de bronze en cyclisme aux Jeux d'été d'Atlanta, Monsieur Claude Charron est allé l'interviewer. Il lui a demandé si l'on pouvait considérer sa médaille comme "une médaille pour les Cantons de l'Est". On ne sait pas si M. Charron avait demandé permission aux autorités pour poser sa question, ou s'il a fait le raisonnement dans sa petite tête que la question serait acceptable, puisqu'elle ne portait pas ombrage à la "national unity".

Hier soir (02-02-25), aux nouvelles de Radio-Canada, un reporter nous a montré certains députés de la Chambre des Communes qui offraient leurs félicitations aux athlètes. Ce n'est que lorsque Mme Francine Lalonde a salué en particulier les athlètes québécois qu'il a parlé de "chauvinisme".

Imaginez! Les journalistes ont assisté à toutes sortes d'orgies jingoïstes à la télévision, ont vu les foisonnements de drapeaux unifoliés, ont même entendu l'imbuvable simulation d'une victoire in extremis fictive du Canada en hockey, râlée par Claude Quenneville, le tout sans sourciller. Mais une députée bloquiste salue les athlètes québécois et ce petit journaliste parle de chauvinisme! En voilà un qui a tout son avenir devant lui.

Il y avait un article dans La Presse aujourd'hui qui parlait des athlètes québécois. Vous croyez que c'était pour souligner leurs succès? Détrompez-vous. Le titre était "La courte piste a sauvé l'honneur du Québec", et l'article faisait surtout ressortir les insuccès dans les autres disciplines.