Réponse à l'article "Erratum" de Rima Elkouri, dans La Presse du 20 Mars 02

Le "non regretté" Mordecai Richler

Raymond Villeneuve
Président du MLNQ
24.3.2002




Bonjour Madame Elkouri

J'ai lu avec intérêt votre article "Erratum" dans La Presse du 20 mars 02. Vous avez parfaitement raison lorsque vous dites que les propos du journaliste et écrivain Taras Grescoe sont de nature à me plaire. Il semble en effet que M. Grescoe est le genre d'anglophone, réaliste et sans préjugés, que je juge digne d'être élevé au rang de Québécois. Je compte d'ailleurs acheter son livre Sacré blues et le lire dans les plus brefs délais.

Que ce journaliste, capable de reconnaître la différence québécoise, ose dénoncer le raciste anti-québécois qui se cachait sous les traits de Mordecai Richler, me plaît en effet au plus haut point. Le fait qu'il ait osé traquer ce pourfendeur de Québécois, qui se plaisait à salir la réputation de mon peuple partout dans le monde où sa réputation d'écrivain juif le lui permettait, me fait infiniment plaisir.

M. Richler faisait partie de ces fascistes juifs qui s'octroient tous les droits au nom de la Shoah, même celui de dénier l'existence aux autres peuples, qu'ils soient Palestiniens ou Québécois. Ceci excluant le peuple américain étant donné ses tendances à appuyer le tout puissant pouvoir financier vers lequel l'histoire du peuple Juif l'a forcé à se tourner.

Le fait que M. Grescoe ait poussé Richler dans ses derniers retranchements, le forçant ainsi à révéler sa nature profonde de frustré raciste et anti-québécois me pousse à m'intéresser au plus haut point à ses écrits. En effet, contrairement à ce que certains prétendent, je n'ai rien à redire de ceux qui comprennent le point de vue des autres peuples et qui le respectent. Ceux qui me hérissent, ce sont ces gens, comme M. Richler ou l'ensemble du B'nai Brith et du Congrès Juif Canadien, qui jugent les autres à travers la lunette du passé ; ceux qui considèrent leur peuple comme supérieur aux autres en raison du choix imaginaire qu'un dieu quelconque aurait fait à une époque révolue. Ce qui correspond, en fait, à l'idée de " race des seigneurs" prônée par l'hitlérisme. Cessons de nous fermer les yeux à ce sujet. Ces gens arrangent le passé du peuple québécois pour lui faire dire ce qu'ils ont envie d'entendre et qui, tout compte fait, n'est que pure manipulation fédéraliste. Ces gens qui exhortent, avec succès, leur communauté à voter contre les intérêts de mon peuple.

Oui, Richler est mort ! Mais je serais étonné que Dieu, Iahvé et encore moins Allah aient son âme. Si âme il y a, c'est le diable qui l'a reçue avec plaisir. Comme l'âme de tous les manipulateurs de l'histoire, de tous les Ariel Sharon de ce monde, de tous les assassins patentés par la rectitude politique, dominée par cette juiverie qui ne permet qu'à Israël d'avoir un gouvernement d'extrême droite.

Pensez seulement qu'à la même époque où Lionel Groulx écrivait que les Québécois devaient suivre l'exemple du peuple juif, William Lyon Mackenzie King renvoyait les "boat people" juifs du Saint-Louis se faire exterminer en Europe, juste pour ne pas partager son terrain de golf avec eux. Pourtant, M. Richler et ses acolytes jugent l'un et pas l'autre. (Lire le livre "None is too many, Canada and the Jews of Europe 1933-1948, Lester&Orpen Dennis, Publishers, Toronto,1986" de Irving Abella et Harold Troper). Est-ce là un exemple d'impartialité et d'honnêteté intellectuelles ?

Voilà ce que fut le "non regretté" Mordecai Richler. Et voilà pourquoi je félicite M. Grescoe pour son audace et que je recommanderai à tous de lire ce livre dont vous parlez. D'ailleurs, j'espère qu'il deviendra citoyen de la République du Québec libre.

Raymond Villeneuve
Président du MLNQ
http://www.mlnq.net




Taras Grescoe, Sacré Blues,

Pour mieux le connaître, on peut aller lire (en anglais) :
http://www.nationalgeographic.com/traveler/fieldreports/0103/


Voir aussi :
http://www.wlu.ca/~wwwpa/campus_update/news/2001/nr_09_18_01.shtml
http://www.aelaq.org/mrb/index.asp?issueNo=2
http://www.montrealenespanol.com/la_provincia.htm


Récipiendaire 2000 de la BNQ pour son livre «Sacré blues» :
http://www2.biblinat.gouv.qc.ca/prixlitt/fiches/4168.htm

Références fournies par Jean-Luc Dion, AGQ.


Erratum

Rima Elkouri
La Presse Le mercredi 20 mars 2002



Avril 2000. Sir Winston Churchill Pub, rue Crescent. Taras Grescoe, journaliste anglo dans la trentaine qui prépare un livre sur le Québec, a rendez-vous avec Mordecai Richler.

Le célèbre écrivain rentre de Londres. Il est sous l'effet du décalage horaire. Il a l'air chiffonné. Il fait penser «à un basset harassé drapé dans un paletot beige», note le journaliste.

«Je ne sais pas trop quoi vous dire», lance Richler, en allumant un cigare.

Grescoe lui fait remarquer qu'à cause de ses articles publiés dans de prestigieux magazines, bien des Nord-Américains ont l'impression que le Québec francophone est toujours antisémite.

Un peu surpris que le journaliste l'entraîne sur ce terrain, Richler se défend. Il réplique que les nationalistes ont exagéré l'étendue de son influence aux États-Unis. «Je n'ai jamais accusé Lucien Bouchard ou René Lévesque d'être antisémite. Ce que j'ai dit, c'est que leurs racines, leurs racines nationalistes, sont antisémites. (...)

- Si c'est vrai, n'est-ce pas induire les gens en erreur que de mettre en lumière le racisme de l'élite québécoise sans mentionner que, dans les années trente, une grande partie du monde occidental, y compris le Canada, était coupable d'antisémitisme?» demande Grescoe.

Et vlan! Richler s'impatiente. Grescoe lui tient tête, met le doigt sur chacune des failles de son discours. Jusqu'à ce que l'écrivain en ait assez et qu'il mette abruptement fin à la discussion. Il dit qu'il doit rencontrer un ami dans un bar de l'autre côté de la rue. «J'ai atteint un point où toute cette histoire m'ennuie. J'ai dit ce que j'avais à dire», grogne-t-il.

Richler est mort, Dieu ait son âme. Mais on aurait quand même souhaité que, de son vivant, il ait été «ennuyé» un peu plus tôt par toute cette histoire. Car entre 1977 et 1994, la moitié des articles sur le Québec publiés dans les magazines américains l'étaient sous sa plume. Une plume qu'il retrempait sans cesse dans ses souvenirs figés des années trente, déformant la réalité de façon grossière.

Taras Grescoe - dont les reportages sur le Québec ont déjà paru dans le National Geographic Traveler, le Saturday Night et le New York Times - est sans doute l'un des rares journalistes anglophones à avoir dénoncé les propos anti-Québec de Richler. On souhaiterait que le passage de son livre où il raconte cet entretien soit publié comme erratum par tous les prestigieux magazines qui ont contribué à diffuser les inepties de Richler.

«Il était temps que quelqu'un lui tienne tête», dit Grescoe, rencontré à l'occasion de la parution en français de son essai intitulé Sacré Blues : Un portrait iconoclaste du Québec (VLB, 2002) - un livre destiné à l'origine à un public anglophone, mais qui est loin d'être inintéressant pour le lecteur francophone.

Ne vous méprenez pas. Grescoe aime bien Richler comme écrivain. Moi aussi. Je viens même d'acheter Le Monde de Barney. C'est le prêcheur mange-Québec qu'il apprécie moins. «Si on lit ses écrits, on a l'impression que le Québec est une société raciste, note-t-il. Alors qu'il y a sans doute plus de racisme en Colombie-Britannique ou en Ontario qu'ici.»

Vous aurez compris que Grescoe est le genre d'Anglo qui réussirait peut-être même à séduire Raymond Villeneuve. Francophile, cultivé, un brin cynique, le journaliste qui a grandi en Colombie-Britannique et qui vit à Montréal depuis cinq ans, a scruté le Québec à la loupe. Il a constaté que les discours acrimonieux de la vieille garde, tant du côté francophone qu'anglophone, n'ont plus d'emprise sur notre réalité. Que pour toute une génération de Québécois ouverts sur le monde, ces rengaines ne veulent plus rien dire.

Dans Sacré Blues, Grescoe présente avec humour, rigueur et intelligence son voyage «au pays de la poutine». Une poutine dont il fait d'ailleurs une description assez juste. «Une crise cardiaque servie sur une assiette.»

Sa définition de l'hédonisme propre aux Montréalais n'est pas mal non plus. «Ils ont des contacts visuels avec des étrangers et ils sourient (ce qui serait considéré comme du harcèlement sur la côte Ouest); et pour eux, la fin de semaine débute souvent le jeudi soir (un motif de congédiement à Calgary).»

Paru dans sa version originale anglaise il y a plus d'un an, Sacré Blues a reçu un accueil plutôt chaleureux. Dans le Toronto Star, une journaliste a même suggéré que le livre fasse partie des lectures obligatoires dans les écoles. Ne reste plus qu'à souhaiter que la voix iconoclaste de Grescoe obtienne autant de notoriété en Amérique du Nord que celle de Richler.