Forum francophone international (FFI)

LE SENS PROFOND DE LA BATAILLE
POUR LA LANGUE FRANÇAISE

Gérard Bissainthe
Ancien Recteur de l'Université d'Etat d'Haïti, le Pr Gérard Bissainthe est également président élu du FFI-Forum Francophone International. Il s'exprime ici à titre personnel.

18.10.01


Si nous voulons gagner la bataille pour la langue française, il nous faudra à tout prix l’appui des masses des pays francophones. Or, il est peu probable que ces masses bougent pour une cause qui soit purement linguistique.

Le prolétariat haïtien, par exemple, ne s’intéresse à un choix linguistique que dans la mesure où ce choix peut l’aider à résoudre ses problèmes économiques ; dans ce sens il opterait plus facilement pour l’anglais, - toujours un atout majeur partout aujourd’hui dans la recherche d’un emploi - que pour le français. Et il est plus que probable que les autres prolétariats du tiers-monde, dans la mesure où ils ont l’initiative de la décision, seront enclins à faire de même.

Si nous voulons entraîner avec nous - et nous devons le faire, si nous sommes décidés à gagner - les masses désespérées des pays francophones du sud, notre combat ne pourra pas être purement académique, ou nostalgique ou sentimental.

En France même d’ailleurs si nos arguments sont seulement des arguments idéalistes, même dans le plus beau, le plus légitime, le plus noble sens du terme : respect de la diversité des cultures, attachement à une histoire de courage et de défis, etc., ils risquent de ne toucher malgré leur valeur que des élites qui sont souvent déjà acquises à la cause, alors que nous devons " convertir " les autres.

Quant aux " Jeunes ", ce club international, de jeans et de tee-shirts habillés, qui se donne la main à travers le monde entier par delà les frontières physiques et virtuelles, la francophonie l’intéressera réellement chaque fois qu’elle cessera d’être un décalque de quoi que ce soit d’autre, et qu’elle aura ce je ne sais quoi qui exalte et déclenche les passions. Pour que les jeunes du monde entier chantent et dansent en français aussi, il faudra d’abord que le français soit leur langue de tous les jours, qu’ils manient et décortiquent à leur guise, comme cette langue espagnole - torturée par le pueblo de Santo Domingo ou de San Juan qui en ont fait leur chose - et qui reste quand même l’espagnol, compris d’instinct dans toute l’hispanosphère.

NOUS DEVONS RATTACHER NOTRE COMBAT AU PROBLÈME CRUCIAL DE L'HEURE

Une langue ne vaut que par son contenu. Pour toucher la grande masse de nos contemporains, il faut donner à la langue française un contenu actuel. Il faut rattacher notre combat aux problèmes majeurs du moment et du lieu. Or il est aujourd’hui un problème majeur, pas deux, dans le monde d’aujourd’hui: celui du fossé qui va chaque jour s’agrandissant entre les riches et les pauvres. C’est ce problème qui génère la frustration, laquelle mène parfois au désespoir. Si nous voulons une francophonie politique, et seule une francophonie politique aura un lendemain, nous devrons pleinement assumer cette cause. Nous devrons rejoindre les masses là où elles sont : dans leurs problèmes, dans leurs misères, dans leurs drames. La francophonie ne pourra pas être un long fleuve tranquille, une tour d’ivoire, un lieu où l’on oublie que les autres souffrent et meurent. La Francophonie ne sera pas un sédatif. La Francophonie ne pourra pas évacuer le tragique.

La francosphère doit prendre la tête de la révolution mondiale, pour que cette Liberté, cette Egalité et cette Fraternité deviennent réellement planétaires.

Il nous faut battre le rappel des forces de la francosphère autour des idéaux de la Révolution Française qui avaient déclenché les passions dans le monde entier : Liberté, Egalité, Fraternité, une devise dans laquelle tout esprit généreux, quelle que soit son appartenance idéologique ou politique ou culturelle, peut trouver son compte.

Une révolution qui, une fois lancée, a courageusement et logiquement traduit en lois ses principes (" périssent les colonies, plutôt que de trahir le principe de l’égalité des hommes et des races ", disaient les révolutionnaires en abolissant l’esclavage en 1794, bien avant 1848), puis cette révolution a été trahie et est restée inachevée. Il s’agit de reprendre le collier là où il a été laissé et de mener à terme cette révolution.

Il n’est pas faux de dire que si le monde est aujourd’hui mal en point, c’est parce que la Révolution Française s’est arrêtée en chemin et que ses idéaux ont été foulés aux pieds.

La Francosphère doit reprendre la tête de la révolution mondiale, pour que cette Liberté, cette Egalité et cette Fraternité deviennent planétaires. Nous devons par notre poids pousser la France à se ranger aux côtés de ceux qui souffrent (avant que ce soit aux côtés des Européens qui, en général, sont plutôt des nantis), à faire cause commune avec eux.

Nous devons pousser la France à devenir le " levain " des pays du Sud pour les aider à sortir de leur détresse. Dans ce sens ce qui est important ce n’est pas " faire l’Europe ", mais " faire le Sud ", une tâche autrement urgente et cruciale; aider le Sud à se construire, à se structurer par des engagements personnels et non plus par une " aide " qui vient de haut. La langue sera le ciment de cette action en synergie. Le Club Francophone International agira ensemble parce que dans ce club on se comprend facilement, on a un " interface " commun.

Les Francosphériens, se souvenant que le mot " franc " est un vocable germain qui veut dire " libre " seront toujours à l’avant-garde de la lutte pour la liberté, sans esprit partisan, sans préjugé politique ou doctrinal. Un vrai Francosphérien, en tant que tel, ne se soucie pas d’être à droite ou à gauche, indifférent à ces clivages idéologiques manichéens qui veulent marquer la frontière entre le Bien et le Mal, entre le modernisme et la ringardise, entre le conservatisme et le progressisme.

LA MÉTHODE INDIRECTE

La bonne stratégie sera de ne pas rechercher le succès de la francophonie de manière directe, mais de manière indirecte. D’ailleurs, il faut noter qu’il n’y a pas réellement de promotion directe de l’anglophonie, au point que l’anglais n’est même pas la langue officielle des États-Unis, un pays où l’espagnol aujourd’hui fait des ravages sur les plates-bandes de l'anglophonie. C’est le succès du commerce américain appuyé sur la technologie américaine qui fait le succès de l’anglais. Le succès de la lutte de la France et des autres pays francophones pour permettre à leurs frères du monde entier de bénéficier d’une plus grande justice et d’accéder à un plus grand bonheur, fera le succès de la Francophonie.

Il existe une preuve historique de cette efficacité de la méthode indirecte : c’est l’action des Missionnaires français et francophones, au moins telle qu’elle s’est déployée en Haïti, par exemple. Ces Missionnaires ne sont pas partis dans les pays du Sud comme des agents de la Francophonie (méthode directe); mais avec d’autres objectifs. Qu’on pense ce qu’on veut de leurs objectifs, qu’on loue ou vilipende comme on veut leur action, il reste un fait qu’avec des moyens au moins dix fois inférieurs à ceux des agents de la francophonie directe qui sont venus après eux, ils ont obtenus des résultats au moins dix fois supérieurs.

Si Haïti est encore francophone et s’il lui reste encore un peu de francophilie aujourd’hui, c’est d’abord le résultat du travail et du dévouement de ces Missionnaires français et francophones. Ce sont là des faits historiques. La meilleure " défense de la langue française " ne serait-elle pas une " illustration " quotidienne de ce dont les Françaises et les Français sont capables encore aujourd’hui pour combattre l’injustice et la misère aux côtés de ceux qui subissent l’injustice et la misère ? La langue française peut d’abord être, doit d’abord être la langue de l’amour.

LES CAUSES DU CHMAGE SONT LES MÊMES QUE CELLES DU RECUL DE LA FRANCOPHONIE

Quelque curieux ou paradoxal que cela paraisse, les causes du chômage sont exactement les mêmes que celles du recul de la langue française en France même, et en dehors de la France : on achète et projette des films et des programmes étrangers, parce qu’ils sont moins chers ; ces films en empêchant la vente des films et des programmes français enlèvent du travail à des Français; mais en même temps ils propagent les langues étrangères avec la merveilleuse efficacité de l’audiovisuel.

Remarquons que ce qui est regrettable ici ce n’est pas une certaine présence des cultures étrangères, mais l’excès ; et par ailleurs la solution n’est pas le boycott, mais la création. Il est urgent et crucial de changer les conditions de la création en France.

Est-ce que le Roquefort aide plus la francophonie que le Mac Do ? A la vérité la question n’a pas beaucoup de sens, aussi longtemps qu’un jeune de France sera plus attiré par le Mac Do que par un petit restaurant traditionnel français. Si une belle fille étrangère attire tous les garçons, la vraie solution n’est pas de la tuer et d’en faire une martyre qui continuera à hanter l’imagination des garçons; mais de faire en sorte que les filles du lieu soient au moins aussi belle qu’elle. Le tout est de ne pas baisser les bras et d’utiliser son imagination.

LA MEILLEURE DÉFENSE C'EST L'ATTAQUE

La France est en permanence agressée par l’anglo-saxonisme, même si c’est surtout dans sa mouture américaine. D’une certaine manière on peut y voir la revanche d’Hastings. Devant ce harcèlement trop de Français poussent des cris de désespoir: " Y en marre! US go home! " Mais depuis des décennies qu’on se plaint ou qu’on pleure, rien ne change, si ce n’est même que tout s’aggrave. L’Amérique s’incruste. Aujourd’hui elle est omniprésente. Alors que faire ?

On élève des barricades partout : barrières légales, barrières douanières, rien n’y fait. On a seulement oublié un grand principe de l’art de la guerre : la meilleure défense c’est l’attaque. Si on ne peut vaincre l’Amérique en France pourquoi ne pas porter la guerre en Amérique, une Amérique qui est en réalité toujours " à prendre " ? C’est ce que les Hispanophones ont fait avec succès; aujourd’hui l’Amérique est en train de s’hispaniser.

Évidemment des " grands " de la France ont fait leur chemin à New-York et dans les grandes villes américaines: les grands couturiers, les grands chefs cuisiniers, les grandes marques de vin et j’en passe. Mais très peu de " petits ".

Dans de nombreuses grandes villes du monde, y compris à Paris même, il existe des universités américaines qui attirent une nombreuse clientèle. On ne trouve aucune université française aux Etats-Unis, comme d’ailleurs nulle part en dehors de la France.

Pendant la dernière guerre mondiale des Français avaient ouvert un Institut des Hautes Etudes Françaises à New York ; il existe encore avec toutes les autorisations indispensables. Lorsque j’étais vice-président de l’American Association of Teachers of French (AATF) pour le Chapitre de l’Etat de New York, quelques collègues et moi nous avons fait des pieds et des mains pour lui redonner vie. Sans aucun succès (1). Les appuis nous firent défaut.

Or on pourrait très bien concevoir des institutions francophones lancées sur une grande échelle, sans implication de l’Etat Français mais avec au départ son appui indirect en synergie avec des instances locales, selon des montages astucieux d’autofinancement. Ces institutions pourraient assurer une présence efficace de la France et de la Francosphère dans l’enseignement supérieur de plusieurs pays, y compris les pays anglo-saxons eux-mêmes.

Les nombreuses institutions de la Francophonie aux sigles qui varient à l’infini ont, certes, tenté des formules diverses de " coopération " avec les établissements d’enseignement supérieur à l’étranger, mais s’il faut juger ces arbres à leurs fruits, la récolte n’a jamais été très brillante, puisque l’enseignement supérieur francophone à travers le monde n’a jamais réussi à enrayer tant soit peu l’exode des jeunes esprits francophones vers les " paradis éducatifs " que représentent pour eux les universités anglo-saxonnes.

Dans tout le bassin des Caraïbes il n’existe pas une seule université francophone dont les performances et le renom en font un centre d’attraction intellectuelle pour la jeunesse caribéenne. L’Université publique Antilles-Guyane, on ne peut plus franco-française, n’a aucun rayonnement chez les Francophones des Amériques : en tout cas certainement pas en Haïti, où les parents à la recherche d’une institution d’enseignement supérieur qui échappe aux mille problèmes politiques et économiques de leur pays, ne penseront jamais à cette Université Antilles-Guyane pourtant très proche. Les grandes destinations pour les Francophones des Caraïbes sont aujourd’hui les universités nord-américaines, surtout celles des Etats-Unis.

Quelques-unes des universités hispanophones de la République Dominicaine jouissent d’une excellente réputation qui leur permet de retenir sinon toute la " crème " intellectuelle de leur pays, mais au moins la plus grande partie, comme d’attirer de nombreux étrangers, en particulier de la République voisine d’Haïti.

Si l’on excepte le Québec, c’est plus la grande misère de l’enseignement supérieur francophone en dehors de la France qui explique cette sorte de suprématie incontestée qu’exercent les institutions anglo-saxonnes ou d’inspiration anglo-saxonne dans toute la mouvance de l’enseignement supérieur (et secondaire aussi d’ailleurs) des pays francophones eux-mêmes. Inutile d’aller chercher plus loin une des raisons majeures du déclin de la Francophonie à travers le monde. Mais une fois diagnostiquée la cause du mal, il est maintenant temps de penser à des remèdes.

Ailleurs, aux Etats-Unis mêmes, le tableau n’est pas moins sombre. Les lycées français apprennent le français à des élites américaines et les instituts français initient aux subtilités de la langue de Voltaire les riches dames des beaux quartiers de certaines villes américaines: cela rehausse singulièrement le prestige de la France, une France qui ne fraye qu’avec les élites. Il n’est pas sûr que cela apporte beaucoup de travail aux Français de France, car la demande est finalement très faible pour les produits français aux États-Unis.

Il en serait autrement si des masses francophones étaient en demande de produits français ou francophones: films, livres, produits manufacturés, et j’en passe. Jamais aux Etats-Unis la francophonie n’a mené une campagne pour atteindre les masses.

Il y a près d’un million d’Haïtiens dans la ville de New York. Or un Haïtien est toujours un Francophone sinon actuel, c’est de plus en plus rare, mais certainement potentiel: sans les Haïtiens, on serait obligé d’annuler la plupart des cours de français des universités de New York. Jamais la moindre action sérieuse n’a été tentée pour permettre aux communautés haïtiennes de New-York ou d’ailleurs de garder ou de retrouver la langue française, alors même qu’à une époque cela était possible avec des fonds provenant des instances gouvernementales américaines. Sans doute pour conserver à cette langue française son " image de marque " ou son " label " de " langue aristocratique ". Il ne faudrait surtout pas que la langue sophistiquée des riches douairières de Park Avenue, qui font vivre les magasins de Cartier, Yves Saint-Laurent et Pierre Cardin soit galvaudée par des masses noires de Brooklyn ou du Bronx. Plutôt la mort que la souillure.

UN PLAN MARSHALL POUR LA FRANCOSPHÈRE

Il faut un plan Marshall pour créer un grand ensemble économique francophone intercontinental. On a maintenu artificiellement un marché français dans l’Afrique francophone qui était une chasse gardée de la France. Aujourd’hui " l’assistance " se désengage, parce qu’elle a été un splendide échec, qu’on a soigneusement caché aux Français, même si dès 1983 le périodique Paris-Match l’avait sans ambages dénoncé sans apparemment trouver aucun écho dans les officines de décision.

Des Français lucides et courageux, ces " Justes " grâce auxquels la France est encore vivante aujourd’hui, en ont périodiquement fait autant ; sans plus de succès. Un plan Marshall n’est pas " l’assistance ", qui souvent aboutit à faire d’un pays une sorte de cour des miracles internationale, l’infestant de " projets " qui finissent par le tuer comme les chiques sur un chien ; mais la structuration méthodique d’un pays pour y faciliter la création d’entreprises locales dynamiques et y faire naître des marchés.

LA FRANCE DOIT RETROUVER SA PLACE DANS LE MONDE

La France doit retrouver sa place dans le monde. Mais elle ne pourra le faire que si elle est une France élargie, une France totalement actualisée, et non plus cette petite France enfermée dans un Hexagone exigu qui n’a aucune chance de survie, si ce n’est en se diluant dans autre chose, aujourd’hui une Europe (2) lourdement structurée, reviviscence obsessionnelle de l’Empire Romain, que l’on croit être une panacée.

Il faut qu’elle cesse d’être une France aristocratique qui ne s’intéresse qu’aux élites, qu’elle cesse d’être une France impériale dont l’assistance proconsulaire n’arrive à prendre racine nulle part. Il faut qu’elle devienne à l’extérieur aussi une France républicaine, démocratique, plébéienne, qui n’a pas peur de se salir les mains dans la boue des bidonvilles au coude à coude avec ceux qui affrontent la misère et la faim.

La seule grande union qui marche actuellement c’est celle de l’Angleterre avec son " Grand Large ", les États-Unis. Qu’on s’en plaigne ou qu’on s’en félicite, il n’existe aucune autre dans le monde qui ait cette solidarité. Cela explique leur redoutable efficacité.

La France a intérêt à faire alliance avec son " Grand Large ", les autres pays de la Francosphère, pour ce qu’ils peuvent lui apporter, pour ce qu’elle peut leur apporter, en vue de créer un grand ensemble intercontinental fort, vivant, généreux. C’est cela le vrai sens de la bataille pour la survie et l’expansion de ce qui doit cimenter cet ensemble, la langue française.

Gérard Bissainthe
5 octobre 2001


(1) Par contre, les intellectuels allemands qui dans les années 30 fuyaient le Troisième Reich, fondèrent à cette époque à Manhattan la New School for Social Research. Aujourd’hui encore cette institution est florissante et jouit d’un très haut prestige parmi les universités de la ville de New York, après avoir profondément marqué tout le système d’enseignement supérieur américain.

(2) Il faudrait dénoncer aussi le manque de lucidité (et souvent d’honnêteté) de tous ceux qui rêvent et font la promotion d’une Europe capable de ravir la suprématie mondiale aux Etats-Unis. Ils oublient certainement ou omettent de rappeler que l’Union Européenne actuelle n’est que la continuation virtuelle de l’O.E.C.E. (Organisation Européenne de Coopération Economique) instaurée en 1948 par le Plan Marshall américain (the European Recovery Program) pour l’Europe occidentale. Un grand ensemble européen est depuis longtemps prévu dans les plans des stratèges politico-économiques des Etats-Unis. Et il n’est pas impossible que les lourdes et coûteuses structures européennes actuelles facilitent la pénétration et la conquête de l’Europe, comme les grandes voies romaines devinrent les grandes avenues des invasions barbares qui mirent fin à l’Empire Romain.

En même temps il faut dire que ceux qui rejettent l’Europe comme MM. Chevènement, Pasqua et tant d’autres, font figure d’hommes politiques innocents et irréalistes : on voit mal " leur " France s’avançant seule dans cette jungle du monde, si ce n’est en acceptant d’avance qu’elle soit tôt ou tard ou mangée ou mise à l’écart et même reléguée au rang de petite puissance secondaire et finalement négligeable par les grands prédateurs.

Certes, on n’en meurt pas, puisque même le Luxembourg survit sans grandes douleurs apparentes ; mais ce serait tout de même dommage pour un pays qui a un tel passé. Alors qu’un Bloc Francosphérien uni par des liens non de subordination, comme le voulaient les colons ou les néo-colons, mais par des liens de coordination, pourrait permettre à la France de continuer à être une nation-phare qui prend la tête de la lutte pour une humanité plus libre, plus juste et plus heureuse.

La France bénéficiera alors d’une nouvelle jeunesse, puisée dans ses racines profondes et dans son Grand Large. Elle n’aura alors rien perdu de sa force et de sa splendeur; elle aura seulement perdu l’arrogance et l’inconscience de ceux de ses fils qui refusent de constater que la France unipolaire, macrocéphale, sclérosée de papa est en train de mourir et qu’il ne leur sera laissé que le triste privilège d’être les fossoyeurs qui l’emmèneront vers sa tombe.

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Je tiens à féliciter G. BISSAINTHE pour sa proposition de plan Marshall pour revivifier le français

Forum de Vox Latina:
Article Gerard BISSAINTHE
Auteur: Ingrid BRUNAZZI (---.recif.net)
Date: 19/10/2001 12:40

Par le présent message, je tiens à féliciter G. BISSAINTHE pour sa proposition de plan Marshall pour revivifier le français.

En effet, d'une part, c'est au niveau des moyens financiers qu'il faut octroyer au niveau de l'Education Nationale et de la francophonie internationale qu'il faut agir car la formation scientifique est le vecteur d'une langue et donc d'une civilisation.

Les universités anglo-américaines sont financées par des apports de capitaux privés qui font qu'elles bénéficient de moyens de recherches majeurs. Il ne s'agit surtout pas de privatiser les universités francophones, suivant en cela une logique anglo-saxonne, mais tout en préservant le caractère publique des Universités françaises, leur fournir des subventions majeures et cela, même avec l'appel de capitaux de grandes entreprises françaises qui souhaitent allier leur image au rayonnement de la techologie et de la culture française.

D'autre part, il est vrai que l'esprit des Lumières et les idéaux de liberté, égalité et fraternité doivent devenir les instruments d'une nouvelle "Renaissance" plus que d'une nouvelle révolution.

En effet, la France peut redevenir le centre d'un croisement de cultures et civilisations qui s'unissent pour donner chacune son apport dans l'évolution et le progrès de notre humanité.

C'est une nation qui a la vocation à unir l'esprit de liberté et de fraternité avec "l'esprit de géométrie" et donc l'aristocratie de l'esprit. Cette élégance est congénial [sic] à l'esprit français et est à l'origine de cet essor des mathémathiques dont Pascal fut le digne ambassadeur.

La techologie française a un rôle déterminant à jouer dans le monde et cela peut être à la source d'une puissante reviviscence du français dans le contexte de la mondialisation, en contribuant à l'essor de l'économie de la francosphère tout en contribuant à rendre cette mondialisation plus civilisée et donc plus "sociale" et égalitaire.

C'est ainsi qu'à un "capitalisme vacher" pourra se substituer une économie sociale, où chaque être humain retrouve sa dignité et sa vocation à s'élever spirituellement.

Finalement alors se réalisera cette vraie aristocratie, qui comme la définissait Platon, n'est autre que la générosité, qui sera alors accessible à tous.

Il est donc impératif que les hautes instances politiques françaises se concertent avec le monde de l'entreprise pour adopter des stratégies aptes à financer les Hauts lieux du savoir français et mettent fin à la fuite des cerveaux français vers les "paradis anglo-saxons" auxquels manque cet "esprit de géométrie" et cette élégance d'esprit que nous ne savons pas faire fructifier. A Nous de savoir jouer ces cartes.

Ingrid BRUNAZZI