 
Conférence-débat à Bruxelles "Le français et l'élargissement"
Compte rendu de Marceau Déchamps - 29.6.01
COMMUNIQUÉ
Veuillez trouver, en pièce jointe, le compte rendu de la
conférence-débat du 27 juin à Bruxelles sur le thème "Le français
et l'élargissement". Les propos que nous y avons entendus confirment,
hélas, la lente dégradation de la position du français à la Commission
et le manque de combativité de nos hauts fonctionnaires français.
Peut-être se sentent-ils seuls, sans appui politique, dans un monde
résigné. Il nous appartient alors de leur faire connaître notre ferme
détermination pour les pousser à la résistance.
Cordialement
Marceau Déchamps
vice-président
Défense de la langue française
md01141
Compte rendu
Conférence-débat
La langue française et l'élargissement
Bruxelles le 27 juin 2001
Organisateur : Comité de liaison des experts nationaux détachés -
section française
Lieu : Représentation permanente de la France auprès de l'Union
européenne 14 , place de Louvain - 1000 Bruxelles
début 19h00, fin 20h30
public : environ 150 personnes - membres de l'association invitante,
fonctionnaires de la Commision et de la Représentation permanente,
quelques ambassadeurs étrangers.
Les intervenants
S.E. M. Pierre VIMONT
représentant permanent de la France auprès de l'Union européenne
M. Pierre DEFRAIGNE (luxembourgeois)
chef de cabinet du commissaire européen Pacal LAMY
M. Jérôme VIGNON (français)
Conseiller principal auprès du président Romano PRODI
Présentation des débats par M. Denis POURCHET, membre de l'AMFM
(association multiculturelle des francophones dans le monde)
Conclusions de M. François NIZERY
écrivain, chef de division à la Commission - Développement social -
Amérique latine
Modérateur M. LEMAITRE
ancien correspondant du journal Le Monde à Bruxelles
Cette conférence a confirmé la pénétration du tout-anglais au sein de la
Commission. Elle a conforté ce que nous ressentions de loin,
c'est-à-dire le peu de combativité, voire la résignation de nos hauts
fonctionnaires français. Quant à M. Defraigne, il a clairement fait
connaître son choix de l'anglais comme langue de la communication
internationale, langue de l'élargissement, langue de l'Europe. Nous
savions déjà que son patron, M. Lamy, avait fait ce choix. Force m'a été
de constater la totale insouciance quant à l'opinion des citoyens. Toute
la réflexion est limitée au champ de la Commission, des institutions et
des gouvernements. C'est un débat en vase clos, pour des technocrates.
On n'a que faire de l'opinion du peuple !
J'ai entendu dire deux fois, sur un ton très sérieux, qu'il faudrait
peut-être « gérer le déclin de la langue française » !
J'ai noté les déclarations suivantes de chaque intervenant :
Pierre Vimont :
- Élargissement = 12 langues supplémentaires,
- La langue française sera encore plus attaquée,
- La pratique de la langue française fait « ringard » au sein de
l'Union européenne,
- Des efforts ont été faits pour former au français les pays
d'Europe du Nord
- Il faut impliquer les opérateurs et acteurs francophones,
- Il faut sortir d'un schéma de défense de notre langue et
favoriser le plurilinguisme,
- Il faut un élan politique, culturel et intellectuel,
- Aucune grande idée européenne n'émane plus de la France ce qui
explique en partie son effacement.
Commentaires : à aucun moment je n'ai ressenti une volonté de combattre
dans les propos de M. Vimont. Il se retranche derrière les quelques
actions en faveur de la langue française (formation), et derrière la
défaillance de l'autorité politique. Pas de propositions pratiques, pas
d'engagement personnel.
Pierre Defraigne
Ses propos eurent au moins le mérite de la franchise : l'anglais doit
devenir obligatoire pour tous !
- La pensée d'abord, la langue ensuite ( ?),
- L'anglais langue de communication par excellence,
- Je ne crains pas la langue unique mais la pensée unique
- L'anglais est incontournable dans la mondialisation,
- L'Europe doit instrumentaliser l'anglais,
Commentaires : Tous ces propos ont été proférés d'un ton tout germanique
qui ne souffrait pas la contestation. Au moins ne sommes-nous pas
surpris. Il veut également faire croire que l'on peut continuer à garder
son identité en pratiquant, au quotidien, la langue d'un autre...
Jérôme Vignon
- Langue française indispensable à une perspective d'avenir,
- Oui, il (le français) décline, oui, il va continuer à décliner,
- les Français optent en majorité pour l'anglais au lieu de
l'allemand,
- Oui à l'anglais, espéranto mondial,
- Maintien des grandes langues,
- Vendons plutôt l'organisation à la française, v
Commentaires : résignation tranquille, raisonnable et sereine. Le seul
toutefois qui ait parlé un peu des Français. Mais, ce fut pour insister
sur choix de l'anglais comme première langue étrangère. Il en tira la
conclusion que les Français acceptent l'hégémonie de la langue
anglaise... Je ne pense pas que la cause de la langue française soit
défendue ardemment auprès de M. Prodi.
Le dernier intervenant, après les questions - j'y viendrai après - fut
M. François Nizery. Son intervention, en guise de conclusion, apporta un
peu d'air frais dans cette atmosphère défaitiste. Ce défenseur des
langues régionales (bretonnant) fit un plaidoyer énergique pour la
langue française, en assumant l'éventuelle « ringardise » dont on
pourrait qualifier sa position. Pour lui, l'Europe a besoin de la langue
française pour exister et pour se développer. Il n'accepte pas le «
déclin ». Alors que les autres orateurs avaient obtenu des
applaudissement polis, il fut, lui, vigoureusement applaudi par la
salle. Je possède le texte complet de son intervention et je la ferai
mettre sur le site DLF.
Questions
Je fus le premier des spectateurs à intervenir dans la salle en me
présentant comme vice-président de DLF. Après avoir fait savoir que les
Français découvraient peu à peu les travaux de l'Union européenne je fis
part de notre écoeurement et de notre colère devant ce que nous
découvrions :
- documents rédigés presque uniquement en anglais
- site internet en anglais
- offres d'emploi discriminatoire au profit des « English natives
»
- Les traités et les règlement bafoués.
Ce comportement justifie l'europhobie rampante et nourrit les révoltes
de demain. Pour reprendre une formule de notre livre-rapport je dis aux
conférenciers qu'ils pouvaient craindre que les adversaires de la «
mal-langue » ne rejoignent bientôt les adversaires de la « mal-bouffe »
À ma question, « la Commission est-elle consciente de ce phénomène et
que compte-t-elle faire ? », je ne reçus aucune réponse
La question suivante fut celle de M. Adurno, représentant du personnel
de la Commission. Cette intervention est très intéressante car elle
prouve qu'un mouvement de résistance à l'anglais existe au sein du
personnel. M. Adurno, d'origine italienne, dans un langage « musclé »,
condamna la disparition du français au sein de la Commission et
l'invasion de l'anglais. « Après 20 ans de Commission, j'en arrive à
haïr l'Union européenne » a-t-il dit. Pour lui, le recul du français
représente une menace de mort pour les autres langues. C'est un farouche
défenseur de notre langue. Il fut chaleureusement applaudi.
Intervention de Madame Cellier, du Quai d'Orsay, chargée de la langue
française (auprès de l'U.E. ?). Elle protesta contre l'affirmation du
déclin du français en donnant quelques exemples de succès et de progrès
du français dans le monde.
Deux autres questions hors sujet.
Autres informations.
- À travers les discussions, il semble se dégager un consensus au
sein de la Commission pour l'institution de trois langues de base de
l'Europe : allemand, anglais, français
- Il y aura des propositions faites aux gouvernement pour créer
une ENA européenne où les cours seraient donnés dans les trois langues.
Conclusion
Déplacement intéressant et instructif. Contacts à maintenir en
particulier avec M. Adurno.
Marceau Déchamps
le 29/06/2001

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