ÉMERGENCE D'UNE NOUVELLE FRANCOPHONIE SOUVERAINISTE

Sur la souveraineté et la nation

18.6.01



IMMÉDIATEMENT - Revue politique et littéraire trimestrielle.

Extraits sur la souveraineté et la nation
(Choisis par Gilles Verrier)

«Inspirée de Georges Bernanos, Georges Orwell, Pierre Boutang, Dominique de Roux, Simone Weil ou Hannah Arendt, Immédiatement analyse l'actualité politique et culturelle sous un éclairage original, loin des ornières de la pensée unique.»

Vive la nation !

«On ne nous fera «jamais croire que ceux qui refusent de voir la planète devenir un vaste supermarché sont forcément les partisans d'un nationalisme violent. Leur activisme médiatique [des opposants] ne fera jamais passer l'attachement à la souveraineté et à l'Etat-nation pour une pulsion tribale.

On ne nous obligera pas à choisir entre capitalisme et fascisme, entre Davos et Le Pen ! Nous ne nous laisserons pas enfermer dans cette alternative diabolique qui a pour seul objet d'assurer le règne des marchands en déblayant ce qui ressemble à l'Histoire.»

No 7, avril 1998

Unité de la résistance

«Ce qui nous intéresse, ce qui compte, c’est ce qui les rassemble. Invoquer la nation aujourd’hui, c’est être justement persuadé qu’elle est le seul cadre politique qui permette de dépasser les religions, les métiers, les régions, les ethnies, d’empêcher le différentialisme tribal, les aversions idéologiques, l’égoïsme de classe et d’offrir aux citoyens un destin commun. Aujourd’hui comme hier, l’union requise est sacrée. Pour parler de la nation, on est tenté d’adopter les accents de saint Paul : la nation n’est pas envieuse, la nation ne s’enfle pas d’orgueil, la nation ne médite pas le mal, la nation ne se réjouit pas dans l’injustice. La mystique qui inspire Immédiatement est celle de la France Libre. Elle permit à De Gaulle d’apprendre à tous ceux qui l’avaient rejoint à travailler ensemble et à retrouver le sens de ce qui les unissait. Ce fut le génie de Jean Moulin, également, comme le souligna André Malraux : «Qui donc sait encore ce qu’il fallut d’acharnement pour parler le même langage à des instituteurs radicaux ou réactionnaires, des officiers réactionnaires ou libéraux, des trotskistes ou communistes de retour de Moscou, tous promis à la même délivrance ou à la même prison ; ce qu’il fallut de rigueur à un ami de la République espagnole, à un ancien «préfet de gauche», chassé par Vichy, pour exiger d’accueillir dans le combat commun tel rescapé de la Cagoule ! (...) Attribuer peu d’importance aux opinions dites politiques, lorsque la nation est en péril de mort -- la nation, non pas un nationalisme alors écrasé par les chars hitlériens, mais la donnée invisible et mystérieuse qui allait emplir le siècle (...) -- voir dans l’unité de la Résistance le moyen capital du combat pour l’unité de la nation, c’était peut-être ce qu’on a, depuis, appelé le gaullisme. C’était certainement proclamer la survie de la France.»

Au lendemain de la ratification du traité d’Amsterdam, c’est cette unité qu’Immédiatement souhaite et réalise en rassemblant divers tempéraments, diverses sensibilités intellectuelles, diverses traditions politiques. Unis, immédiatement, et tous ensemble jusqu’à la victoire.»

No 9, mars 1999

L'esprit Weil

Nicolas Vimar
(À l'occasion de la publication des oeuvres de Simone Weil, Gallimard)
[...]
«la jeune philosophe laisse un ouvrage majeur qui résume l'essentiel de ses réflexions politiques et sociales : L'Enracinement.
Elle s'y pose en rupture avec l'idéologie des droits de l'homme. C'est la notion même de droit qu'elle veut remplacer par les notions de justice et d'obligation. Une «Déclaration des obligations envers l'être humain» devra inspirer la future vie politique française. Pour définir ces obligations, il suffit d'énumérer les besoins du corps et de l'âme. Simone Weil cite ainsi des couples de besoins contraires comme l'égalité et la hiérarchie ou la liberté d'opinion et la vérité. Un seul besoin humain n'a pas de contraire, c'est l'enracinement. Il «est peut être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine», parce que la «presque totalité» de la vie spirituelle d'un être humain lui vient de «sa participation réelle, active et naturelle à l'existence d'une communauté qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d'avenir». Un enracinement dans le temps sans lequel rien ne peut être bâtit durablement. »
No 11, mai 1999

Nous, c'est NON !

«Ce qu'on nous propose aujourd'hui, c'est l'abandon par notre patrie de son rang dans le concert des nations que lui gagna l'aventure de la France Libre. Non seulement un retour aux marais de la IIIe République dont les eaux sales coulèrent jusqu'à Vichy, mais surtout la liquidation d'une exception enracinée dans une histoire tout à la fois royale, républicaine et impériale, objet d'étonnement pour les nations latines, de scandale pour les peuples anglo-saxons, d'envie pour les Allemagnes.»

No,. 15 - septembre 2000

Les pères fondateurs «oubliés» de l'Europe

Luc Richard

«Qui écrivait vers le milieu du XXe siècle : «Je suis convaincu que dans cinquante ans les gens ne penseront plus en termes de pays.» ? Robert Schuman ? Jean Monnet ? Ni l'un ni l'autre mais Joseph Goebbels, qui pourrait figurer dans le mausolée nauséabond des pères fondateurs «oubliés» de l'Europe aux côtés du SS français Marc Augier ou du collaborationniste Jacques de Lesdain. Pour peu que l'on regarde attentivement, les nazis et leurs alliés français ou italiens furent des pionniers du fédéralisme européen. Leurs arguments - à l'exception bien sûr de l'antisémitisme et du racisme - étaient quasiment identiques à ceux développés par les européistes depuis cinquante ans. Pour beaucoup de dirigeants nazis, les nations constituaient des entités archaïques sources de guerres. La paix en Europe passait donc par la mise à bas des souverainetés nationales, refrain aujourd'hui bien connu.»

No. 13, mars 2000

Nation : retour à gauche

Luc Richard

La parution simultanée de Vive la Nation d'Yves Lacoste et de l'Illusion économique d'Emmanuel Todd est un événement qui dépasse le cadre éditorial. Ces essais audacieux sont le signe d'un renouveau de la nation à gauche. Retour sur les tribulations d'une idée toujours neuve.

N'en doutons pas, l'idée d'un retour en force de la nation à gauche dérange déjà beaucoup de monde. Et aussi bien à droite qu'à gauche, qu'il s'agisse des néo-gaullistes du RPR, des bonnes consciences démocratiques de gauche ou des intellectuels pétitionnaires. La parution d'essais retentissants ces derniers mois finit de déchirer le voile tissé de préjugés simplistes qui masquait la résurgence du débat majeur de cette fin de siècle. La guerre du Golfe, le référendum sur Maëstricht et le vote Front National ont joué le rôle de révélateurs d'un retour paradoxal de la nation. Mais ce n'est pas dans les arrière-cuisines poussiéreuses de la droite libérale, du parti de Jean-Marie Le Pen ou de la gauche gestionnaire que l'on révolutionne l'idée-force du siècle prochain.

la nation : une idée toujours neuve

Car ceux qu'il faut aujourd'hui appeler les francs-tireurs de la nation sont des hommes d'une gauche plus républicaine que démocratique, des hussards qui n'ont pas peur d'assumer les clameurs victorieuses de Valmy : Régis Debray, Emmanuel Todd, Max Gallo, Pierre-André Taguieff et Yves Lacoste contre-attaquent et renouvellent aujourd'hui profondément les approches de l'Etat-nation. Perspectives médiologiques pour Debray, sociologiques pour Todd ou encore géopolitiques pour Lacoste avec son récent essai Vive la Nation. Perspectives historiques pour tous, parce que la nation-héritage s'impose désormais comme la seule tangible face aux nuées purement contractuelles, et parce que la France ne peut être comprise que comme une construction politique multiséculaire qui doit être assumée dans la continuité de son histoire. Retour de balancier ou ironie de l'Histoire, c'est Max Gallo aujourd'hui qui écrit sans détour : Je ne veux pas d'une figuration virtuelle du passé national : je suis du côté de Sénanque et de Versailles, du côté de Jeanne et de Louis XIV, de Robespierre et de Napoléon, de Moulin et de de Gaulle. Et j'assume Thiers, Céline et Brasillach. Voila qui n'arrange pas du tout les bien-pensants, tendance hiérarques, du Monde.

[...] Il y a vingt ans, Pierre Boutang écrivait : Notre société n'a que des banques pour cathédrales. (...) Il n'y a, d'elle proprement dite, rien à conserver. Jamais les raisons de s'insurger contre les lois et les êtres qui nous gouvernent n'ont été aussi fortes. L'idée de nation sera peut-être le catalyseur d'une révolte. Les travaux de Lacoste, de Debray ou de Todd en sont assurément les premiers jalons intellectuels.

5. No 7, avril 1998

Grande peur et misère du IVe Reich

Nicolas Vimar

[...] Comme l'explique Chevènement : L'Allemagne n'a, pour le moment, aucune raison de choisir entre plusieurs politiques étrangères : le noyau dur à vocation fédérale avec la France, l'extension vers l'Est d'une grande zone de libre-échange, le partenariat privilégié avec la Russie, la Weltpolitik en association avec les Etats-Unis.

Plus profondément et à terme, la politique allemande s'est mise au service d'une mystique. Le héraut Hans Tietmeyer, tel un cavalier de l'Apocalypse, est chargé de nous annoncer ce que sera l'Europe allemande, lui qui écrivait tantôt : Les hommes politiques doivent comprendre qu'ils sont dorénavant sous le contrôle des marchés financiers , lui qui a rédigé à l'université une thèse consacrée à la notion d'ordo dans la doctrine sociale de l'Eglise. Dans son Europe fédérale, le politique se meurt, la politique est morte. Le seul choix possible est de se soumettre aux règles de fer du libéralisme étendues à la planète entière grâce au concours d'autorités supranationales minimales. Pour assurer un ordre public qu'il veut éternel, mondial et parfait, l'Empire se contente de la morale et de l'économie capitaliste. L'ère glaciaire a commencé. Les prochaines élections allemandes nous donneront une morale puritaine ou écologiste. Plus qu'un simple déséquilibre européen ou une participation à l'hégémonie américaine, dans la grande confrontation actuelle entre l'homme et le libéralisme négateur de la personne humaine, le jeu de l'Allemagne est celui d'un anti-humanisme.

No 6, décembre 1997

Entretien avec Paul-Marie Coûteaux

Propos recueillis par Luc Richard

Avec plusieurs livres en préparation, Paul-Marie Coûteaux redouble d'activité et considère toujours que le travail des idées est irremplaçable. Au milieu du vacarme médiatique, les révolutions intellectuelles sont lentes et silencieuses car le vieux tarde à mourir alors que le neuf n'a pas encore pris ses marques. Voilà pourquoi lorsque l'on pose des questions d'actualité au député au parlement européen, celui-ci prend du champ et se veut philosophe [...]

De Gaulle expliqua son geste de 1940 dont il dit qu'il obéit à un «appel du fond des âges». Face à ce que j'ai appelé ailleurs les trois hystéries du XXe siècle, le mondialisme marchand, le communisme et le nazisme, hystéries modernistes et anti-nationales exaltant chacune un homme nouveau qui fait «table rase» du passé, seule l'invocation d'une tradition fonde la résistance et nourrit la volonté de sauvegarder l'humanité de l'homme.

Souvenez-vous cette autre phrase de De Gaulle : «Une porte a livré passage à tous les malheurs qui frappèrent la France à travers son histoire; c'est la porte par où avaient fui les enseignements du passé» : qu'est-ce d'autre que le gaullisme sinon une réactualisation permanente de l'Histoire, c'est-à-dire une fraternité retrouvée avec les âmes qui ont fait ce que nous sommes, la volonté farouche de garder leurs voix présentes aujourd'hui et le pari qu'elles garderont un écho dans la suite des siècles. Réhabilitons la dimension première de la politique, le temps, -- non pas le temps humain mais le temps politique qui ressort à une toute autre échelle. Que le XXe siècle aujourd’hui heureusement révolu n’ait pas aimé le temps, rien ne le montre mieux que son obsession à le raccourcir ; alors que le Moderne veut continuellement élargir l’espace (vieille obsession impériale), il n’a eu de cesse de diminuer le temps, de le rabougrir, de raccourcir les séquences, d’aller plus vite en toute chose lors même que cette accélération n’a guère d’utilité, par simple réflexe, pour rien en somme, sinon la prolifération de l’otium, finalement pour tuer le temps, littéralement. Le comble de l’an 2000 c’est la mort du temps, le temps mort. [...]

I : Comment expliquer que les gouvernements se dessaisissent des maigres moyens d'action qu'il leur reste en bradant la souveraineté des États et les secteurs publics au seul profit des marchés ou d'ins-tances internationales comme l'Union européenne ou l'OTAN ?

PMC : La raison est très simple : nous arrivons à la fin d'un siècle où presque tout ce qui a été dit et pensé a dévalorisé la souveraineté des États, et les États eux-mêmes, dont le secteur public est, au moins en France, l'un des caractères les plus marquants. En 1999, cela donne partout autour de nous, dans presque tous les esprits, un réflexe irrationnel mais apparemment irrépressible de valorisation des cadres supranationaux, et une méfiance instinctive de tout ce qui évoque les singularités nationales, l’État, les frontières, la tradition, etc... Ce fut pendant un siècle, un véritable rouleau compresseur intellectuel ! Si les gouvernements en France, en Europe et partout dans le monde se laissent à ce point déposséder, c'est qu'ils baignent dans une culture non pas internationale mais largement anti-nationale.

Évidemment, il s'y ajoute un progrès technique fulgurant des communications, qui a bien entendu favorisé, comme jamais avant dans l'histoire, les échanges continentaux ou planétaires. Les gouvernements sont prisonniers de tout cela, le progrès technique dans une certaine mesure, mais surtout l'idéologie dominante de leurs peuples. C'est d'ailleurs sur ce point là qu'il faut agir, selon un mode «gramsciste», consistant d'abord à renverser l'idéologie dominante à son sommet -- ce que Gramsci appelle les intellectuels centraux, principalement les écrivains et les intellectuels reconnus -- puis à alimenter la vulgate qui a cours parmi les intellectuels secondaires -- professeurs d'université, professeurs du secondaire, journalistes, publicistes de toute sorte, etc... afin que se crée une nouvelle idéologie dominante. Si nous parvenons à renverser la vulgate mondialiste et à fonder de nouveau la diversité du monde, dont la grande famille des nations souveraines est la plus belle figure, alors nous redonnerons un peu d'air, un peu de légitimité aux gouvernements. C'est ce processus là que nous sommes en train d'engager !

J'ajoute que ce renversement idéologique est nécessairement lent, opaque, souterrain, beaucoup plus que celui qui éclata dans la séquence 68-74 et qui a triomphé depuis lors. Le renversement d'aujourd'hui est si clandestin que la plupart de nos contemporains ne l'aperçoivent pas. Pourquoi clandestin ? En surface, à cause de la conjonction d'une superpuissance politique mondiale, les États-Unis, et de l'idéologie adoptée par la jeunesse de presque tous les pays du monde -- conjonction à quoi il faut ajouter le puissant renfort du système de communication mondial dont les médias forment un sous-groupe particulièrement pugnace.

No 12, octobre 1999

Féerie pour une prochaine fois

Le soviet rédactionnel

[...] Lire, croire, écouter, c’est s’approprier et construire notre héritage, car celui-ci, comme l’écrivit René Char, n’est précédé d’aucun testament. Certains nous reprochent l’immédiateté dont nous avons fait notre étendard. Ils ne comprennent pas qu’elle n’est que la fraîcheur inattendue avec laquelle le passé s’ouvre à nous qui eûmes vingt ans sous Mitterrand ou sous Chirac, ce passé qui «nous dit des choses pour lesquelles personne n’a d’oreilles» -- Hannah Arendt. Rien de plus révolutionnaire dans notre époque qu’un tel programme d’action : redonner du sens au temps, de la profondeur à une époque figée dans l’espace et sa fragmentation indéfinie en réseaux de communication juxtaposés ou en flux financiers instantanés. Inventer l’utopie immédiate et donner au futur une chance d’exister, car ce qui a été pensé un jour éternellement demeure. Rendre ses lettres de noblesse au politique en rappelant qu’il n’est rien sans la notion d’autorité fondée sur la légitimité d’une tradition continuée. Et que sans l’autorité, la souveraineté nationale disparaît, et avec elle la souveraineté populaire et le bien commun. Seule la nation, lieu d’action du politique par excellence, offre un levier de résistance sociale aux ravages du capitalisme qui livre la planète au pouvoir des consortiums. Voilà, pour nous, tout l’enjeu de la tradition, sans laquelle toute expérience révolutionnaire est vouée à l’échec.

No 12 - octobre 1999

Ce monde où les chiffres sont rois de A à Z

Le dictionnaire de l’Europe nouvelle [...]

Q comme Québec

«Vive le Québec libre !». Si notre nation retrouve un jour le sens de ses amitiés, de ses alliances et de son passé, le discours prononcé par le général de Gaulle le 26 juillet 1967 au balcon de l’hôtel de ville de Montréal apparaîtra comme la première date du XXIe siècle dans l’Histoire de France. En défiant l’empire américain à ses portes, en exaltant la vocation du «vieux pays», en souhaitant que «les Français de part et d’autre de l’Atlantique travaillent ensemble à une même oeuvre française», ce discours servit de manifeste à la géopolitique grand-gaulliste et nous légua un trésor pour l’avenir. Quelques semaines plus tard, De Gaulle justifiait son action diplomatique en Chine, en Europe de l’Est, au Vietnam, au Moyen-Orient et en Afrique au cours d’une allocution prononcée à l’Élysée. Il y rappela qu’en refusant de se laisser enfermer dans des querelles qui n’étaient pas les siennes ou dans des actions guerrières qu’elle n’aurait pas voulues, la France s’était donnée les moyens de suivre «son propre chemin en marchant à son propre pas». «Il va de soi, constatait-il, que cette action d’ensemble est réprouvée par ce qu’il faut bien appeler l’école du renoncement national. Aux esprits, aux partis, aux journaux qui lui appartiennent, l’idée même que la France puisse jouer un rôle qui soit le sien apparaît comme impossible, dérisoire, voire scandaleuse». C’était il y a trente ans, c’est comme si c’était hier. A demain, De Gaulle.