L'affaire de Natation Canada

Aimer un Anglais

Stéphane Laporte
La Presse Le dimanche 15 décembre 2002



C'est toujours la même vieille histoire! It's always the same old story! L'entraîneur de Swim Canada a suspendu une nageuse québécoise qui venait de remporter une médaille d'argent parce qu'elle a agité le drapeau du Québec sur le podium. Quel zouf! What a zouf! C'est sûr qu'on pourrait repartir en croisade encore une fois. Défendre la fleur de lys. Défendre notre identité insultée. Se scandaliser. Pousser les hauts cris. Et aller faire avaler à l'anglo toute l'eau de sa piscine. Mais on ne le fera pas! Parce que c'est le temps des Fêtes. Et Noël, c'est l'amour!

Et puis, on commence à être tanné de la relation de haine entre francophones et anglophones. Les Anglais nous trouvent morons. Nous, on les trouve crétins. Ça fait 400 ans que ça dure. Tout ça parce qu'on ne parle pas la même langue. Il faudrait peut-être qu'on en revienne! De toute façon, dans 50 ans, la langue officielle du Canada, ça va être le chinois! Les francophones et les anglophones vont être deux minorités. On est mieux de commencer à s'entraider.

Donc, au lieu de répliquer aux agissements d'un borné en maillot de bain, au lieu de continuer l'escalade de bêtises, faisons le contraire. Soyons plus fins. Montrons l'exemple. Aimons un Anglais. Oui, aimons un Anglais. Et quand je parle d'un Anglais, je ne parle pas d'un Anglais d'Angleterre, je parle d'un Anglais à nous, un bon Canadien-anglais. Parce qu'il faut bien l'avouer, si les Anglais ne nous aiment pas ben ben, on ne les aime pas ben ben nous non plus. On ne les hait pas tous. Y en a même qu'on apprécie. Mais on n'en aime aucun d'amour comme on aime le monde de chez nous.

Prenez Shania Twain, la chanteuse canadienne-anglaise née à Windsor (Ontario). On la trouve bonne, la Shania Twain. On la trouve belle. Mais si elle se remarie, on n'ira pas se mettre devant l'église sous la pluie pour l'applaudir. Puis si elle baptise son fils, qu'elle ne compte pas sur nous pour regarder la cérémonie en direct à RDI. Déjà que ça a tout pris pour qu'on la regarde chanter avec sa tuque à la Coupe Grey sans changer de poste! Notre affection pour Shania Twain, c'est de la bouse de cheval à côté de notre dévotion pour Céline Dion. Au fond, la Shania, on s'en balance pas mal. Comme des autres artistes à l'ouest de Gatineau.

Dans toute l'histoire du show-business, le seul artiste canadien-anglais qu'on a vraiment aimé, c'est Peter Pringle. Il était beau. Il parlait bien le français. Il était blond et bouclé comme un p'tit saint Jean-Baptiste. Et il était tout le temps à Michel Jasmin. Donc, ça compte pas parce que ce n'était pas un vrai Anglais.

La tâche n'est pas facile. Mais on va y arriver. Il nous faut trouver un vrai Anglais du Canada qu'on aimera vraiment comme un des nôtres. Pour mettre fin au mépris et à l'indifférence qui divisent les deux peuples fondateurs de notre beau pays. Ça va être un bel exemple à donner à l'approche des Fêtes à tous les peuples qui ne sont pas capables de se sentir. Alors qui sera notre Anglais adoré?

Jim Corcoran? Non, c'est pas juste. Lui non plus, ce n'est pas un vrai Anglais, c'est un Anglais du Québec, converti. Il est même drôle. Non, il faut trouver un Anglais du Canada. Un buveur de Canadian.

Joe Clark? C'est un bon choix. C'est un homme droit. Intelligent. Qui a toujours eu à coeur les préoccupations des francophones. Mais si en 30 ans on n'a jamais été capable de l'aimer (on a même préféré voter pour Jean Chrétien que pour lui), on n'arrivera sûrement pas à l'aimer d'ici Noël.

Mike Bullard? Qui? Mike Bullard, l'animateur du talk-show des Canadiens-anglais. Le Marc Labrèche de CTV. Ça ne vous dit rien? OK, on va laisser faire.

Paul Martin? Paul Martin n'est pas un Anglais. Quoique... De toute façon, on ne l'aimera pas gratuitement! On va attendre qu'il nous verse quelques commandites, lui aussi!

John Roth? Qui encore? John Roth, l'ancien patron de Nortel. Wô! C'est bien beau de vouloir aimer un Anglais, mais il ne faut quand même pas exagérer! On a tous perdu nos REER à cause de lui!

Qui d'autre? Qui d'autre? Ouais... C'est vraiment pas évident. On ne les connaît pas plus qu'ils nous connaissent. Pas facile de s'aimer quand ça fait 400 ans que tu t'ignores. Cherchons encore... Je l'ai! Oui, je l'ai! J'ai trouvé notre Anglais à aimer: Jeff Hackett!

Oui, Jeff Hackett! Un bon Anglais né à London (Ontario). Il est en train de sauver la saison du Canadien. Notre Canadien. Notre équipe à nous. Comme José, l'an passé. Si Jeff Hackett s'appelait Jean-François Marquette et qu'il sortait avec la soeur de Mitsou, on serait tous pâmés devant lui. Il serait à la une tous les jours. Mais parce que c'est un anglophone, on le trouve bon, sans plus. Sans s'énerver.

Il faut que ça change. Aimons-le. Scandons «Jeff! Jeff! Jeff!» après chacun de ses arrêts. Appelons Ron tous les soirs pour dire qu'il est fantastique! Invitons-le à la Fureur! Traitons-le comme un Jean-François Marquette! Il le mérite.

Les Canadians n'en reviendront pas de voir que nous sommes capables d'autant d'amour envers eux. Ils voudront tous être aimés par nous. Alors ils nous laisseront brandir notre drapeau. Ils nous laisseront parler notre langue. Car ils voudront entendre nos «je t'aime».

Bien sûr, pour que le grand rêve canadien se réalise, il faut que Hackett continue à garder les buts de façon incroyable. Parce que si jamais il flanche, on va arrêter de l'aimer assez sec. On va s'arranger avec José. Pis too bad les Canadians! On va continuer la chicane!

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Deux toiles de Van Gogh ont été volées. Va-t-on couper l'oreille du voleur?

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Résumé des sondages: le Québec veut Mario Dumont comme premier ministre, avec un gouvernement libéral qui appliquerait le programme du PQ.

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Le plus triste dans l'affaire Jennifer Carroll, c'est qu'aucun autre athlète québécois n'a agité de drapeau du Québec sur un podium.