Jean du pays

Stéphane Laporte
La Presse Le dimanche 25 août 2002



Au nom de tous les humoristes du Canada, j'aimerais rendre hommage au premier ministre sortant (il sort lentement, mais il sort), l'honorable Jean Chrétien. Merci pour tout ce que vous avez fait pour nous. Vous ne savez pas à quel point vous nous avez aidés.

Avant vous, c'était la dèche. Il y a eu, bien sûr, les belles années de la satire politique. Les années 70. Avec les Trudeau, Lévesque, Drapeau.

Les comiques du temps, Les Cyniques et Jean-Guy Moreau en tête, leur doivent une grande partie de leur carrière. Mais après, plus rien. Après, le politicien est devenu beige. Mulroney, Bourassa, Doré. Du ben bon monde. De grands hommes. Mais d'aucune utilité pour les blagueurs. Comment vouliez-vous faire rire le peuple avec Mulroney, Bourassa, Doré? Des messieurs qui ont le ton posé. Qui ne parlent pas fort. Qui ne s'énervent jamais. Du monde calme. Y'a-tu quelque chose de plus plate que d'imiter quelqu'un de calme?

Et non seulement ils ne parlaient pas fort, mais ils ne disaient rien. Ils ne se mouillaient jamais. Ils cherchaient le consensus. Ils disaient ce que les gens voulaient entendre. La couette de cheveux bien placée, le menton ciré, la moustache taillée. Rien de particulier dans la voix. Rien de particulier dans le propos. Rien de particulier dans rien. Le cauchemar des caricaturistes et des imitateurs.

Combien de blagues sur Jean Doré ou Robert Bourassa sont mortes sans avoir suscité le moindre rictus. On avait beau bûcher, se damner, ça ne servait à rien. Les politiciens des années 80 ne prêtaient pas à rire. Ils étaient ennuyeux comme des comptables. Les comiques ont dû se tourner vers les sportifs et les vedettes de la télé pour distraire les gens. Les humoristes engagés broyaient du noir. Tristes comme une joke sur John Turner.

Puis vous êtes arrivé, ou plutôt, vous êtes revenu. Vous, un politicien de la vieille école. Plus proche de Camille Samson que de Mario Dumont. Les cheveux au vent, la gueule un peu croche, le ton habitant, l'accent déroutant. Vous êtes devenu notre héros! Après 10 ans de vaches maigres, enfin de la vache folle! Tous les imitateurs vous ont sauté dessus. André-Philippe Gagnon, Guy Richer, Paul Houde. Aucun ne vous a résisté. Même Daniel Lemire qui n'imite personne, vous a imité. Vous étiez trop tentant. Et trop payant. Il suffisait, le regard hagard, de dire: «Que voulez-vous?» pour que toute la salle s'écroule de rire. Un naturel. Vous étiez un naturel.

Non seulement vous aviez le physique de l'emploi, mais vous aviez le cerveau aussi! Ce que vous avez pu dire comme énormités juste pour nous alimenter. Ça nous faisait tellement de bien. Depuis plus d'une décennie, aucun politicien n'avait osé dire de bêtises. On disait ce que le sondage nous disait de dire. Vous, vous disiez tout ce qui vous passait par la tête. Bing, bang, rentre dedans, tant pis pour les truands! Chaque fois que vous ouvriez la bouche, il y avait matière à rire. Vous avez tellement dit d'absurdités qu'on en a même fait un livre, Les Chrétienneries. Un best-seller! Du bonbon pour les humoristes. Pas besoin de changer un mot. Pas besoin de transposer vos dires. Juste de retranscrire intégralement chacune ! Et international, en plus! Aussi hilare en français qu'en anglais.

Non seulement, vous aviez le look de Daffy Duck et le delivery de Ding et Dong, mais en plus vous aviez les gestes des plus grands fantaisistes. Secouer un manifestant à la tuque comme un vieux pommier, c'était digne des Three Stooges! Mettre son casque de l'armée à l'envers, c'est du grand Laurel et Hardy. Prendre une débarque en jouant au basketball, c'est du Chevy Chase de grand cru.

Comme nous étions chanceux. Comme l'humour était aisé avec vous. Que va-t-on faire quand vous ne serez plus là? Heureusement, vous ne partez qu'en février 2004. Ça va nous laisser un peu de temps pour nous retourner. Car votre départ laissera un vide immense. C'est fini les années faciles de la satire politique. Votre dauphin, ou devrais-je dire votre requin, Paul Martin n'a rien pour nous faire se taper les cuisses. Un physique ordinaire. Un charisme ordinaire. Il roule ses r. C'est mince. Les imitateurs ne se précipiteront pas sur sa personne. Et ce n'est pas à Québec que les humoristes trouveront leur inspiration. Mario Dumont est le plus petit parfait des petits parfaits. Tellement parfait que même s'il est la nouvelle coqueluche de la scène politique, les imitateurs préféreront continuer de vous imiter encore longtemps.

Pour toutes ces raisons, un gros merci. Merci de n'avoir jamais été ennuyant. Au fond, n'est-ce pas là la plus belle qualité d'un être vivant?

On va vraiment vous regretter. On voudrait même vous chanter Ne nous quitte pas, mais faut pas juste penser aux humoristes, faut aussi penser au pays. Alors pour vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour l'humour au Canada, laissez-nous vous chanter, en signe d'au revoir, Jean du pays:

Jean du pays

C'est votre tour

De vous laisser parler d'amour

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La fièvre du CART s'est emparée de Montréal. Wô! Wô! Wô! C'est pas une grosse fièvre. C'est plus le rhume du CART s'est emparé de Montréal!

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25 ans plus tard, on n'a toujours pas parlé du décès de Gilles Pellerin.

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Les Américains ont trouvé 250 nouvelles cassettes de ben Laden. Il est productif le ben! On le surnomme le Fabienne Larouche d'Al-Qaeda!

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«Aye! Moi aussi, j'ai mangé avec Lucien. Moi aussi, je lui ai parlé!» - Jean Charest.