Plainte contre Radio-Canada
Bonsoir, De graves manquements aux normes et pratiques journalistiques ont pu être observés lors du reportage de Sophie Langlois, au téléjournal de Radio-Canada, le mardi 23 octobre 2001, pour la couverture de l'entente historique survenue entre la nation crie et le gouvernement du Québec. Je désire porter plainte contre Radio-Canada. Enfin, je ne sais pas si je dois porter plainte contre la journaliste Sophie Langlois, les responsables du téléjournal ou alors Radio-Canada, ou tout en même temps. Ma plainte est relative à l'énoncé suivant, que l'on retrouve sur le site Web de Radio-Canada (http://cbc.radio-canada.ca/htmfr/5_1.htm ) :
"Étant à la fois une institution et une entreprise de presse canadienne, Radio-Canada a établi des principes qu'elle veille à faire respecter. Le plus important de ces principes est l'application scrupuleuse du code d'éthique formulé dans notre propre guide intitulé Normes et pratiques journalistiques. Nous nous engageons à présenter des reportages exempts de tout parti pris et fondés sur une information factuelle, exacte et exhaustive. Des discussions en ondes doivent permettre d'équilibrer les points de vue. Comme pour toute autre entreprise journalistique publique ou privée, la crédibilité face au grand public est la valeur primordiale que doit privilégier la Société." Le soir du reportage, Sophie Langlois a présenté des éléments qui n'ont pas été mentionnés lors de la conférence de presse, et elle n'a appuyé ces faits nouveaux par l'entrevue d'aucune personne. J'ai noté trois affirmations qui ne se fondaient sur aucune information factuelle : Premièrement, le chef cris a évoqué la tragédie du 11 septembre comme élément important favorisant désormais la discussion et la confiance, plutôt que l'affrontement et la méfiance. La journaliste Sophie Langlois a indiqué que c'est le 1er octobre, jour de déconfiture du gouvernement Landry lors des élections partielles, qui a joué dans la décision des Cris, qui voulaient profiter de la situation, car il n'avait jamais vu le PQ aussi décontenancé. Pourtant, en aucun moment il n'a été question des élections du 1er octobre lors de la conférence de presse, et personne ne s'est présenté à l'écran pour soutenir une telle affirmation. C'est grave. Deuxièmement, le grand chef cris nous a dit, par l'entremise de la traduction simultanée, qu'il a tout le leadership de sa communauté derrière lui pour aller de l'avant avec cette entente historique. Au lieu d'informer les Canadiens et les Canadiennes de ce fait, la journaliste Sophie Langlois a dit que dans les coulisses, certains membres de la communauté cris ont mentionné que le grand chef n'avait pas l'aval de ses pairs pour faire ce qu'il faisait là ! Aucune interview n'a été présentée pour soutenir l'affirmation contradictoire de Sophie Langlois. Elle est grave celle-là aussi. Troisièmement, le grand chef cris a dit que lui et Bernard Landry se sont parlés franchement au mois de juin. Bernard Landry a utilisé les mêmes termes que le grand chef cris pour décrire l'atmosphère de cette rencontre, et il l'a souligné lors de son discours. Afin de trouver une solution équitable et respectueuse pour les deux nations, les deux partis misent sur un nouveau départ, qui implique que les milliards de dollars en jeu seront désormais gérés et partagés équitablement. Le grand chef cris a indiqué que l'événement historique de cette journée était comme "La paix des braves". La journaliste Sophie Langlois a fait une affirmation qui ne peut pas être exempte de parti pris lorsqu'elle a dit que "Québec a acheté la paix". Quand même ! En tant que témoin à quelques minutes d'intervalle de la diffusion de la conférence de presse et des propos de Sophie Langlois, je me suis senti floué par un nombre impressionnant d'affirmations inventées de toutes pièces, ne collant en aucun cas aux propos et à la portée réelle de l'événement couvert par la journaliste Sophie Langlois. Je pense que tous les Canadiens à l'écoute on aussi été trompés. Tous les auditeurs du téléjournal de ce mardi soir ont eu droit à des propos sans fondement, présentés sur un ton général de doute et de mesquinerie, rabaissant l'événement à une tentative des uns et des autres de s'en passer "une p'tite vite", alors qu'au contraire, la conférence de presse que j'ai visionnée débordait de faits importants, d'affirmations nobles, de propos sages et cohérents, d'impressions de réussites et de satisfaction des uns et des autres, qui auraient eu tout intérêt à se retrouver au bulletin de fin de soirée en cette période de trouble et de terrorisme. Je me demande comment cela est possible ! Comment peut-on en arriver à déformer ainsi les propos du chef de la nation cris et du gouvernement du Québec le soir même d'un événement d'une telle importance pour les deux peuples ? C'est la raison de ma plainte, et la question ci-dessus devrait obtenir une réponse de votre part. Benoît St-Denis Longueuil CC:
info(@)conseildepresse.qc.ca
Petit Larousse :
sophisme : nom masculin (gr. sophisma)
Alain LaBonté, AGQ 26.10.01
Le voici :
J'ai reçu votre mesage [sic] à propos du reportage de Sophie Langlois sur
l'entente entre les Cris et le gouvernement du Québec, diffusé dans
Le Téléjournal du mardi 23 octobre 2001.
Vous estimez que ce reportage comportait "des affirmations inventées
de toutes pièces" et que par conséquent il ne répondait pas
aux "Normes et pratiques journalistiques" de la Société.
J'ai transmis copie de votre courrier au directeur des nouvelles, M.
Jean Pelletier, afin qu'il puisse en prendre connaissance et vous
répondre. C'est à la direction responsable des émissions de répondre
dans un premier temps à une plainte.
Veuillez agréer l'expression de mes sentiments respectueux.
Renaud Gilbert
Alors c'est à suivre. . .
Benoît St-Denis, AGQ 30.10.01
Bonjour,
Voici la réponse de Radio-Can concernant la plainte que j'ai faite à
propos du reportage de Sophisme Langlois.
J'ai ré-écouté le reportage et il est vrai qu'elle ne dit pas "Québec
a acheté la paix", c'est Stéphane Bureau, en introduction qui dit "La
paix a un prix"... Voir :
Pour le reste, je vous laisse juger. Pour ma part, je vais relire ça
ce soir à tête reposée, car je suis au travail. Je ne suis évidemment
pas satisfait. C'est pas parce qu'on est en démocratie que les
journalistes de Radio-Can ont le doit de dire n'importe quoi.
Voilà sa réponse (notez, à la fin, "l'statement de ma considération
distinguée"...) :
L'ombudsman m'a fait parvenir votre lettre dans laquelle vous
soulevez plusieurs griefs à l'endroit de notre couverture de l'accord
intervenu entre la nation des Cris et le Gouvernement du Québec. Vous
vous en prenez particulièrement à Mme Sophie Langlois, notre
correspondante à la colline parlementaire. Selon vous, elle aurait
transgressé les normes et pratiques journalistiques qui nous
gouvernent tous à l'information à Radio-Canada. Je reprends vos
griefs dans l'ordre où vous nous les avez soumis.
D'abord vous affirmez: "Sophie Langlois a indiqué que c'est le 1er
octobre, jour de déconfiture du gouvernement Landry lors des
élections partielles, qui a joué dans la décision des Cris, qui
voulaient profiter de la situation, car il n'avait jamais vu le PQ
aussi décontenancé. Pourtant, en aucun moment il n'a été question des
élections du 1er octobre lors de la conférence de presse et personne
ne s'est présenté à l'écran pour soutenir une telle affirmation."
Sophie Langlois n'a pas tenu les propos que vous lui reprochez dans
aucune de ses interventions en ondes. Voici exactement ce qu'elle a
dit sur le sujet du 1er octobre.
1. Lors de la conférence de presse suivant la signature de l'entente,
diffusée au RDI le matin.
- S. Langlois: Monsieur Moses, you said that September 11 events
acted as an accelerator to this agreement. Were the elections of
October 1st and the loses of the PQ in 2 ridings, also accelerated
the negociations?
La question a fortement agacé le Premier ministre, mais ce n'est pas
parce que le moment est historique qu'un journaliste doit s'empêcher
de faire son boulot et s'interdire de poser toutes les questions
qu'il estime importantes même les plus difficiles.
2. Dans le reportage diffusé en soirée, Mme Langlois précisait:
"Des négociateurs Cris nous ont dit qu'après les défaites électorales
du PQ le 1er
octobre, ils ont été stupéfaits de voir la nouvelle volonté du
gouvernement Landry. Convaincus qu'ils ne retrouveraient pas de si
tôt un contexte aussi favorable, les chefs ont joué le tout pour le
tout."
Un journaliste dans une société démocratique n'est pas tenu de
limiter, le contenu de son reportage aux seuls propos exprimés en
conférence de presse , à l'occasion d'un discours ou encore de ne
s'en tenir qu'aux seules informations contenues dans un communiqué
de presse. Au contraire, celui qui ne fait que rapporter
l'information officielle fait un travail incomplet. Un journaliste
digne de ce nom doit toujours vérifier les faits, le contexte,
l'historique, les motivations bref l'autre côté de la médaille et
cela auprès du plus grand nombre de sources possible.
La Société Radio-Canada ne remplirait pas son mandat si elle limitait
la portée de ses reportages de telle sorte que l'information qu'elle
diffuse ne trouble personne ni ne dérange aucune institution. Les
normes et pratiques journalistiques de Radio Canada précisent
même : " …Il est également important que Radio-Canada examine et
présente au public les aspects positifs de la société autant que ceux
qui sont remis en question, ses courants et événements qui sans être
nécessairement spectaculaires, sont importants. "
C'est ce travail de recherche fondamentale qui a permis à Sophie
Langlois d'apprendre, la semaine précédent la signature de l'accord,
que les négociations entre Québec et les Cris avaient fait un gros
bond en avant depuis les élections du 1er octobre. Elle avait une
information privilégiée lui permettant de poser une question
importante dès la conférence de presse et d'apporter cet éclairage
additionnel dans son reportage.
La volonté politique renouvelée après le 1er octobre a été confirmée
auprès de sources fiables dont [sic] on doit protéger. Voici là-dessus, ce
que dit notre code de normes et pratiques journalistiques. "Il y a
des informations importantes qu'on peut obtenir seulement en
confidence. Il arrive fréquemment, par exemple, que des gens,
personnalités politiques ou autres, aient des entretiens officieux
("off the record") avec des journalistes. Si on ne maintenait pas la
confidentialité des sources, cela contribuerait à restreindre la
libre circulation de l'information, essentielle à la vigueur d'une
société démocratique."
Vous écrivez en second lieu: "Sophie Langlois a dit que dans les
coulisses, certains membres de la communauté Cris ont mentionné que
le grand chef n'avait pas l'aval de ses pairs pour faire ce qu'il
faisait là! Aucune interview n'a été présentée pour soutenir
l'affirmation contradictoire de Sophie Langlois."
Citons d'abord le reportage correctement: "Convaincus qu'ils ne
retrouveraient pas de si tôt un contexte aussi favorable, les chefs
ont joué le tout pour le tout. Mais la partie n'est pas encore
gagnée. Des opposants Cris disent déjà que les chefs n'avaient pas
le mandat de signer cette entente."
Encore là, répétons que nous ne devons pas, de par la nécessité même
d'informer, diffuser que l'information officielle et publique. Agir
ainsi est le lot des médias qui oeuvrent dans des régimes
totalitaires. Comme le dit notre code, "un journaliste peut utiliser
de l'information obtenue de sources qui ne veulent pas être
identifiées publiquement, s'il les connait et si elles sont, de prime
abord, crédibles (...) il doit s'assurer de la fiabilité de sa source
et faire corroborer par d'autres sources les informations obtenues."
Billy Diamond, ex-Grand chef des Cris et négociateur de la convention
de la Baie James, a déclaré au téléphone à nos journalistes (Sophie
Langlois et Marie-Paule Rouleau de la radio) que les Chefs n'avaient
pas le mandat de négocier cette entente. De plus, un collègue
journaliste du service du Nord de Radio-Canada, nous a rapporté les
premières réactions très négatives des Cris de Waskaganish. Il était
déjà là - Waskaganish sera la communauté la plus touchée par la
dérivation de la rivière Rupert - pour couvrir l'assemblée publique
qui se tenait ce soir-là pour informer la population des détails de
l'entente.
Vous affirmez en troisième lieu: "Sophie Langlois a fait une
affirmation qui ne peut pas être exempte de parti pris lorsqu'elle a
dit que "Québec a acheté la paix".
Je vous suggère de lire la transcription complète des propos tenus
par madame Langlois à nos deux antennes ce jour-là. Elle n'a jamais
dit cela. À "L'Heure du Midi", Pierre Craig a dit: "cet accord-là a
un prix: trois milliards et demi de dollars, que Québec va leur
verser durant 50 ans." Cela n'a rien d'un parti pris, ce sont des
faits: l'entente coûtera au gouvernement 3 milliards 500 millions en
50 ans.
Vous affirmez que le reportage de madame Langlois comporte
un "nombre impressionant d'affirmations inventées, présentées sur un
ton général de doute et de mesquinerie, rabaissant l'événement à une
tentative des uns et des autres de s'en passer une petite vite". Je
ne partage pas votre opinion. Après avoir écouté à nouveau notre
couverture et toutes les interventions de Mme Langlois je ne vois pas
comment vous pouvez l'accuser en quelque sorte d'avoir menti.
Vous écrivez qu'à titre d'auditeur de la conférence de presse, Mme
Langlois a prononcé " …des affirmations inventées de toute pièce ne collant en aucun cas aux propos et à la portée réelle de
l'événement. " Encore une fois, je dois vous redire que Mme
Langlois ne ferait pas son métier avec rigueur si elle se limitait à
répéter mot pour mot les seuls propos tenus en conférence de presse.
D'ailleurs, songez-y un peu. Imaginez qu'il s'agirait là d'une
obligation en journalisme. Que tout ce qui se dit lors d'une
conférence de presse doit être répété mot pour mot, sans le moindre
ajout, vérification auprès d'autres sources, mise en contexte etc.
La démocratie en pâtirait. Vous seriez le premier, j'en suis sûr, à
dénoncer pareille forme de journalisme.
Nos politiques journalistiques affirment d'ailleurs à ce
sujet : "...Les médias subiront parfois des moments de tension de la
part de certains groupes sociaux pour avoir reflété la réalité et
montré les choses telles qu'elles sont. Cela ne devrait pas empêcher
Radio-Canada de poursuivre sa tâche primordiale d'informer le public,
aussi longtemps qu'elle adhère à ses principes journalistiques."
Espérant que ces éclaircissements vous convaincront de notre bonne foi. Dans
le cas contraire vous avez l'entier recours de réclamer de M. Renaud Gilbert,
Ombudsman à Radio-Canada, de faire enquête. Veuillez agréer l'expression de ma considération distinguée.
Jean Pelletier
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