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«« Normand Lester
Non seulement le bouquin en forme de riposte aux trzs controversées Minutes du patrimoine n'a pas fait la
nouvelle aux bulletins d'information, mais le service de la publicité de Radio-Canada a refusé que la maison
d'édition (Les Intouchables) achzte de la pub sur ses ondes.
Michel Brûlé, des Intouchables, avait prévu une petite campagne de 5000 dollars constituée d'une trentaine
de capsules de 30 secondes. Les capsules auraient été diffusées à RDI et dans des émissions comme Jamais sans mon livre.
Devant le refus de la SRC, les capsules n'ont jamais été tournées. L'eussent-elles été qu'on aurait vu Lester
s'adresser directement à la caméra. Madame, monsieur, devait-il dire, reprenant non sans ironie une formule
consacrée par nul autre que Robert-Guy Scully, celui qui a produit les Minutes du patrimoine.
«Depuis 10 ans, à la télévision et au cinéma, aurait poursuivi Lester, on vous bombarde des Minutes du
patrimoine, ces petits messages de propagande douce qui présentent une version édulcorée de notre
histoire vue à travers des lentilles roses. Le Livre noir du Canada anglais présente une vision plus
sombre et plus vraie de ce que nous subissons dans ce pays depuis 250 ans. Une enquête sur notre
histoire.»
Mardi, au lancement de Lester, Michel Brûlé, l'éditeur des Intouchables, fulminait encore, qualifiant la SRC de
censeur perfide. À l'entendre, les talibans avaient pris le contrôle de la télé publique et ben Laden lui-même
dictait les consignes.
Soyons honnêtes un instant: la manoeuvre de la SRC est un peu grossizre, mais dans les circonstances, elle
est presque compréhensible.
On a beau aimer se couvrir de ridicule, on doit parfois s'imposer certaines limites. C'est ce qu'a fait la SRC.
Aprzs avoir été plongée dans l'embarras comme jamais par Scully et ses Minutes maudites, financées
secrztement par une Fondation prônant l'unité canadienne, aprzs avoir essuyé un blâme de son propre
ombudsman au sujet de l'affaire, la SRC n'allait quand même pas en rajouter en diffusant cette publicité des
plus malicieuses qui ne faisait qu'enfoncer un clou déjà passablement rouillé.
Accuser la SRC de censure dans un cas pareil est un tantinet malhonnête.
D'ailleurs, si l'éditeur avait vraiment voulu échapper à la censure, il aurait acheté de la pub à TQS, TVA ou
même Télé-Québec. Là au moins, personne n'aurait cherché à le bâillonner.
Mais l'éditeur des Intouchables a préféré la provocation au pragmatisme. Aujourd'hui, il rage et pleure. Il devrait pourtant se réjouir. Dans cette affaire, les causes de réjouissance sont en effet nombreuses.
Le premizre, c'est que Normand Lester a eu le temps (merci Radio-Canada) d'écrire entre deux voix hors-champ la fin de semaine, le livre qu'il voulait écrire. Ce n'est pas donné à tous les journalistes.
Le temps aussi de fouiller et de mettre la main sur des documents compromettants: en l'occurrence la correspondance entre Adrien Arcand et le bureau du premier ministre conservateur Bedford Bennett qui, dans
les années 1930, s'est fait un plaisir de financer le petit chef nazi québécois. Ces documents sont plus que réjouissants. Ils prouvent une fois pour toutes que ce ne sont pas tant les Québécois que les Canadiens
anglais qui ont permis à l'idéologie nazie de fleurir dans notre beau pays.
La deuxizme cause de réjouissance, c'est que ce livre, qui n'est pas d'une actualité férocement brûlante et qui, sous une autre plume, serait passé carrément inaperçu, jouit quand même jusqu'à maintenant d'une belle
publicité.
Dernizre cause de réjouissance: Jean-René Dufort va en parler à son émission du vendredi soir sur les ondes de la SRC. Comme piston, on a rarement vu mieux. Et d'autant plus qu'Infoman offre ces jours-ci à ses
fidzles, 10 Game Cubes Nintendo dont le tirage aura lieu à la fin des sondages BBM.
Quel rapport me dire-vous? Le rapport est le suivant: depuis que le mot s'est passé, tous les enfants âgés de neuf à 15 ans au Québec refusent de manquer un seul épisode d'Infoman afin de récolter le plus d'indices
possibles pour gagner leur Game Cube pourri.
Demain soir, ils seront donc au moins un million en comptant leurs parents à découvrir les minutes noires de
Normand Lester sans que cela ne coûte un centime aux Intouchables. Comme quoi tout n'est pas
entizrement noir dans cette histoire. Même qu'à la fin, le rose y est presque aveuglant.
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