«« Normand Lester

Vous avez donc raison !...

Sylvain Maréchal
Montréal, 30.11.01

Réf. : "Les sanglantes visées de Winnie The Pooh", de René-Daniel Dubois, publié dans ICI le 15 novembre, 2001


Cher René-Daniel (permettez-moi cette familiarité),

C'est avec une joie difficilement contenue que je prends la plume aujourd'hui pour honorer en vous un grand intellectuel, d'une franchise et d'une efficacité faisant cruellement défaut au Québec. Malgré les prévisibles sarcasmes de nos nationalistes patentés (et Dieu sait qu'ils sont légion dans la province de Québec), je n'hésiterais pas à faire le parallzle avec zola, si pur (et si seul) en cette France anti-Dreyfusienne.

Mais que vous avez donc raison ! II est parfaitement dommage que vous ne soyiez qu'un des rares (avec quelques autres quand même, tout aussi admirables, je pense entre autres à M. Godbout, à Mme Delisle, à M. Dubuc, à M. Dion, aux gens de Cité Libre, de Radio-Canada, de ICI, de Voir, aux responsables des quelques rares journaux fédéralistes de cette province) à admettre ce qui pourtant n'admet aucune contradiction: le Québec a été, et, ce qui est beaucoup plus grave, est toujours pris d'une obsession plus ou moins consciente, plus ou moins avouée, pour le fascisme. Il est certain, seuls les obtus ne peuvent l'admettre, que le nationalisme est responsable de cet état de pourrissement idéologique que nous avons pour ainsi dire toujours connu ici (sans parler du retard économique, intellectuel, politique et social qui caractérise - oserais-je dire congénitalement ? - de manizre troublante cette province). Vous avez évidemment tout dit (et de manizre si élégante, si ramassée, si synthétique au fond) lorsque vous affirmez que le nationalisme repose sur un mensonge. VRAI ! Ce n'est pas, comme vous dites, parce qu'on est d'origine Québécoise francophone qu'on est meilleur que les Canadiens !! Mais il semble bien hélas que cette vérité, aussi élémentaire soit-elle, ait bien été oubliée en cette contrée. Car, malheureusement, même les évidences de cette nature sont condamnées à être ici troublées par le travail de sape des élites nationalistes. Bravo pour ce rappel ! Encore bravo ! Mille fois bravo !

En fait, en affirmant " Et chus pus capable, le nationalisme. Il me sort par les trous de nez, le nationalisme" vous avez, d'admirable façon, résumé le vrai ras le bol de la population, prise en otage par les différents gouvernements québécois (et, j'ajouterai, même les gouvernements soi-disant fédéralistes des libéraux). En fait, le nationalisme est une idéologie moisie, qui ne veut rien dire. Aprzs tout, nous sommes tous des êtres humains, non ? L'individualisme seul peut nous sortir de notre médiocrité collective. Mon Dieu que j'aurais envie quelquefois (comme vous peut-être ?) de crier à mes pauvres endoctrinés de concitoyens québécois : mais sortez de votre trou, merde, voyagez, soyez branchés ! Nous ne sommes plus en l'an quarante ! La Grande Noirceur, c'est fini, oui ou non ? Cette question, je suis sûr qu'il vous brûle à vous aussi de la crier à cette masse ignorante et écervelée (Laurier et Trudeau ne l'ont-ils pas d'ailleurs, à leur façon, tous les deux déjà signalé ?), malgré elle, par le clergé et les élites nationalistes. Alors qu'il est démontré que les Québécois sont responsables de leurs propres malheurs, il est encore trop fréquent chez nous, au Québec, d'accuser encore les autres pour nos propres problzmes (le "méchant fédéral", par exemple, cette fiction bien commode pour les nationalistes).

Mais le clou de votre article est vraiment, à mon humble avis, cet argument sans équivoque, d'une puissance inégalée pour faire front aux nationalistes crypto-fascistes de cette province: les Canadiens-français sont les seuls au Canada, vous le rappelez avec tout le courage dont vous êtes capable, à s'être opposés à la guerre "en hurlant, en tapant du pied et en s'arrachant des touffes de cheveux". Bravo ! Il ne faudrait jamais oublier ce triste et honteux épisode de notre histoire. Mille fois pire que cette soi-disant "Conquête" qu'on ne cesse de nous marteler avec toute l'insistance dont la haine seule est capable. Non seulement les Québécois ont été fascistes parce qu'ils n'ont osé aller se battre en Europe pendant la seconde guerre (1942), mais j'ajouterais même (vous serez sûrement d'accord avec moi) qu'ils ont été Boers pendant la guerre du Transvaal (1899) alors qu'ils s'y opposaient et qu'ils ont été pangermanistes pendant la premizre guerre (1917), alors qu'à nouveau ils hésitaient à prendre parti pour les plus hautes valeurs de notre civilisation. C'est aussi simple que cela. C'est simple, mais il fallait quand même y penser, que diable !

OUI ! Il est temps que la vérité éclate: certes, il y a eu au Canada des fascistes, des orangistes (quoiqu'on puisse légitimement en douter, compte tenu des hautes valeurs - anglo-saxonnes - que les canadiens ont toujours défendues avec ardeur et acharnement ; aprzs tout, si ce sont les britanniques qui ont amené la démocratie au Canada - sans parler du développement économique, intellectuel, politique et social - les canadiens en sont bien les vaillants et fidzles héritiers), mais seul le Québec, vous l'avez bien vu, avait l'insigne déshonneur d'être mené par des fascistes. N'ayons pas peur des mots ! La province du Québec était fasciste ! La preuve, c'est que pendant la conscription (1942), le gouvernement de la province était celui d'Adélard Godbout ! Malheureusement, comme vous dites, impossible d'en parler. Tabou absolu. Impossible sans risquer de se faire (vous l'écrivez magnifiquement, je dois le dire) "agonir d'injures". OUI ! OUI ! OUI ! Vous avez mille fois raison !

Certes, nous vivons en une contrée étrange ... Ceux qui voient la vérité en face ne sont que quelques-uns. Dieu sait que vous aviez déjà visé juste avec cette délicieuse expression, totalitarisme soft, décrivant à merveille le climat intellectuel au Québec. Les nationalistes étouffent en effet toute possibilité de réflexion. Pour ne prendre qu'un exemple (au hasard), impossible d'affirmer que Lionel Groulx était antisémite et fasciste. Et pourtant... Ah ! dire qu'on honore ici sa mémoire avec cette station de métro, qui se trouve à être, significativement (vous l'avez remarqué vous aussi ?), une intersection majeure, des deux plus importantes lignes de métro à Montréal ...

Merci encore pour vos lumizres, et permettez moi d'ajouter :

Vive le journal ICI ! Vive La Gazette ! Vive le Canada ! Mort au nationalisme !

Votre tout dévoué,

S. Maréchal
Montréal, 30.11.01