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«« Normand Lester
Nous en sommes au moins à la troisième «affaire Lester». Le reporter de Radio-Canada a décidément l'art de la controverse. L'art, aussi, de mettre ses patrons dans l'embarras.
C'est pourquoi il faut être prudent avant de crier à la censure. Les relations entre M. Lester et son employeur sont tendues depuis des années. Il est difficile de distinguer ce qui, ici, relzve de relations personnelles et professionnelles difficiles, et ce qui résulte, vraiment, du dernier bouquin du journaliste.
Commençons par établir deux principes généraux. Un: la liberté d'expression est évidemment une valeur fondamentale, sans laquelle la démocratie n'a pas de sens. Deux: la liberté d'expression d'un journaliste n'est pas absolue. Comme journaliste, il a des devoirs que d'autres n'ont pas. Un devoir d'objectivité, notamment. Un reporter ne peut pas, dans ses textes ou reportages, laisser libre cours à ses opinions.
Le dernier livre de Normand Lester soulzve le problème suivant: en-dehors de son travail, un journaliste peut-il diffuser ses penchants politiques? La réponse est non. Sans quoi, la crédibilité du journaliste - et de celui qui l'emploie - serait entachée. Que penseraient les téléspectateurs si un journaliste envoyé en Afghanistan publiait ces jours-ci, en parallzle à ses reportages, un commentaire faisant l'éloge de la politique étrangère américaine?
Normand Lester savait qu'en écrivant un pamphlet, Le Livre noir du Canada anglais, il mettait le pied sur un terrain qui serait miné dans n'importe quelle entreprise de presse.
Pour un journaliste de Radio-Canada, c'était un suicide professionnel. Plus contraignante que toute autre, la politique de Radio-Canada établit que ses journalistes doivent «éviter toute situation qui pourrait jeter un doute sur l'impartialité de l'entreprise ou du journaliste (...)»
Normand Lester se défend de prendre une position politique dans son livre, estimant plutôt avoir fait un travail d'enquête historique. La distinction ne tient pas. Peut-on avoir beaucoup de doutes sur l'opinion politique de quelqu'un qui dénonce «la suffisance et le pharisaïsme avec lesquels le Canada anglais étale sa bonne conscience sans limite»? Qui prétend que «depuis le référendum, il (le Canada anglais) rêve d'une nouvelle bataille des plaines d'Abraham, il rêve d'en finir avec le Québec»?
Radio-Canada a décidé de sévir. Sans vouloir s'immiscer dans les affaires internes de la Société, on voit mal pourquoi la sanction irait au-delà de la suspension déjà annoncée, qui aura valeur de rappel à l'ordre pour le principal intéressé et de rappel pour ses collègues. Dans la mesure où M. Lester ne couvre plus les affaires canadiennes, la faute a peu d'impact. En outre, il faut tenir compte de ses longs états de service. Radio-Canada a souvent eu l'occasion de se réjouir du travail de «monsieur Scoop». Par ailleurs, la tolérance zéro dont Radio-Canada fait preuve dans le cas présent laisse songeur, quand on pense au laisser-aller qui a présidé à la diffusion des émissions animées par Robert-Guy Scully et financées par le gouvernement fédéral. Quand on pense, aussi, aux propos déplorables prononcés en toute impunité sur les ondes de la CBC par le commentateur sportif Don Cherry.
La sévérité doit avoir comme corollaires l'équité et la cohérence.
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