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«« Normand Lester
La chercheuse Maryse Potvin s'est penchée sur ce qu'elle désigne comme les dérapages racistes à l'égard du Québec au Canada anglais depuis le référendum de 1995. De façon paradoxale, des arguments universalistes, basés sur le pluralisme et construits sur la supériorité morale du fédéralisme, ont alimenté ce racisme et infériorisé les Québécois, «ces mauvais Canadiens», ces «ethniques inassimilables», ces intolérants aux tendances nazies. Les mécanismes ordinaires du racisme se sont déployés.
En entrevue au Devoir, Maryse Potvin se défend d'exprimer là des opinions politiques et de prendre parti dans un débat entre fédéralistes et souverainistes. La chercheuse constate simplement qu'une espzce de «psychose nationale» s'est emparée du Canada anglais à la suite du référendum de 1995, une situation qui a produit des dérapages où on reconnaît la structure, les éléments du discours et les mécanismes de production du racisme tels que décrits par les sciences sociales.
Dans le prologue de son livre Le Livre noir du Canada anglais, Normand Lester s'est inspiré des travaux de Maryse Potvin, une chercheuse qui a poursuivi des études doctorales à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris avec le sociologue français Alain Touraine. Spécialiste du racisme et de la discrimination, elle travaillait au Centre des études ethniques de l'Université de Montréal jusqu'à l'an dernier. Dans la revue savante Politique et sociétés et au Canada anglais dans Canadian Ethnic Studies, elle a publié en 1999 un premier article sur les dérapages racistes au Canada anglais depuis 1995. Elle s'apprête à publier un article plus étoffé encore qui recense déjà plus de 1000 articles de journaux de la période postréférendaire de 1995 à 1999.
La sociologue a analysé diverses manifestations de ce «néo-racisme» au Canada, néo-racisme parce qu'il n'est pas une «accusation biologique» mais repose plutôt sur des différences de culture, de langue ou de moeurs. On retrouve des chroniques de Diane Francis, l'«évaluation» psychiatrique de Lucien Bouchard par le Dr Vivian Rakoff, la démonisation de ce même Lucien Bouchard dans une biographie rédigée par le columnist Lawrence Martin, les déclarations des ex-ministres fédéraux Gerry Weiner et Doug Young. Mais c'est l'affaire David Levine, ce Québécois anglophone et souverainiste nommé à la direction de l'Hôpital général d'Ottawa, qui constitue, selon elle, le sommet de ces dérives.
Selon elle, l'affaire Levine a permis au racisme de franchir un palier de plus. Dans cette campagne anti-Levine qui a secoué Ottawa et qui a eu des échos jusqu'à Queen's Park, David Levine, un candidat défait du Parti québécois en 1979, ex-délégué général du Québec à New York, fut traité de traître par certains médias et considéré comme un ennemi plutôt que comme un adversaire politique. Dans un éditorial du Ottawa Citizens, John Robson écrit: «Si vous étiez candidat pour les nazis en 1979, que vous ne les avez jamais répudiés et que vous ne dites pas si vous en êtes un aujourd'hui, c'est que vous en êtes un. N'est-ce pas?» Souverainisme et nazisme se rejoignent parce qu'ils sont tous les deux aussi outrageants et illégitimes. Dans cette affaire, le racisme est devenu un principe d'action et de mobilisation, note l'auteur. «Lorsque les souverainistes dérangent, tout à coup ils ne sont plus des Canadiens», dit Maryse Potvin. Ils deviennent des étrangers. «C'est Nous et Eux.»
Dans la biographie de Lawrence Martin, Lucien Bouchard est qualifié de «Lucifer of our land». Il est décrit comme un «mystique», presque un illuminé, dont la culture est «most uncanadian». Dans son célzbre profil psychologique de Lucien Bouchard, le Dr Vivian Raskoff a poussé encore plus loin la diabolisation du leader des Québécois qui veulent en réalité un État ethnique du XIXe siècle. Cette diabolisation est un procédé connu et documenté du racisme, selon le principe que «s'ils n'étaient pas influencés par des leaders fous, ils seraient du bon monde».
De son côté, Diane Francis a puissamment contribué au mouvement partionniste au Québec, selon la chercheuse, ses chroniques étant reprises dans l'hebdo du West Island, The Suburban. Les fondements et le ton de ses propos contre les Québécois rejoignent à plusieurs égards les discours antisémites des années 1930 et 1940: l'idée d'un complot méconnu de la population, une «conspiration» menée par des souverainistes qui «mentent, qui trichent», qui infiltrent l'armée canadienne.
Ancien ministre fédéral de l'Immigration, Gerry Weiner, lui, a soutenu que les Québécois forment un groupe ethnique qui chercherait à imposer sa langue de force en créant une «enclave francophone ethnocentrique» grâce à sa politique d'immigration. Il y a là un discours de colonisateur, remarque Maryse Potvin: le fédéral, qui jouit d'une supériorité morale, doit ramener le Québec à sa juste place de minoritaire.
Bref, «le Québec serait une communauté ethnique minoritaire, incapable de défendre les droits individuels ou de prétendre à l'universalisme», écrit la sociologue. En réalité, le Québec propose «un universalisme concurrent» à celui du Canada anglais, dit-elle, une concurrence combattue par le modèle trudeauiste. Il existe deux sociétés pluralistes qui évoluent de façon parallèle. D'autres dérapages racistes sont-ils à prévoir? «Sûrement», dit Maryse Potvin, parce que rien n'est réglé et qu'il existe un «vide» politique, une absence d'alternative.
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