«« Normand Lester
«« Ethnicisation du souverainisme québécois

Vous me devez 26,70$, M. Lester

Pierre Foglia
La Presse - Le jeudi 29 novembre 2001


J'ai pris un exemplaire du livre de Normand Lester dans la pile et j'ai dit au libraire, faites-moi donc une facture s'il vous plaît.

J'avais aussi des revues et un recueil de nouvelles, mais le Lester était pour la chronique. J'entends spécifiquement pour la chronique. Un livre que je n'aurais pas lu autrement, mais devenu un tel événement que, de la part d'un chroniqueur de l'air du temps, il y aurait quelque maniérisme à faire semblant de l'ignorer. Mais faites-moi une facture, libraire, je ne veux quand même pas dépenser pour me faire chier.

J'ai commencé à lire après souper en regardant la fin du match de hockey. Cela commence par un long prologue qui ressasse les énormités de quelques fanatiques, Bill Johnson, Diane Francis, le couple Conrad Black et Barbara Amiel... Bon.

Je dis bon, mais ce n'est pas bon du tout. On n'en a rien à foutre des préjugés de Bill Johnson, Diane Francis et Conrad Black. Ce qui est pernicieux dans ce pays ce n'est pas le racisme des uns et des autres, c'est, je l'ai déjà dit, l'instrumentalisation politique que l'on en fait. Ce qui est très grave dans ce pays, c'est, par exemple, qu'on y traite sciemment des gens d'antisémites pour les punir d'être séparatistes.

Ce qui est grave dans ce pays, ce n'est pas la connerie d'un Bill Johnson. C'est que les gens de sa communauté ne lui disent pas de se taire. Que Normand Lester le dise à leur place n'est d'aucune utilité pour personne. Au contraire. Lester copie la manière de ceux qu'il prétend dénoncer.

J'ai entendu des incultes qualifier de pamphlet ce Livre noir du Canada anglais. Un pamphlet? Ça? Ciel! Vous n'avez donc jamais lu Victor-Lévy Beaulieu quand il est fâché? Falardeau même quand il ne l'est pas? Robert Lévesque? Si vous voulez mon avis, on est ici devant le livre d'un épicier : Normand Lester transforme l'Histoire en libre-service où chacun vient chercher de quoi nourrir sa colère.

Après un prologue rampant de ressentiment le livre commence véritablement à la page 29 par ces trois lignes, incroyables de sottise: Les Anglais ont toujours considéré les Français, dont ils jalousent par ailleurs les femmes, la nourriture, la géographie et le climat, comme leurs ennemis...

Dont ils jalousent les femmes? La nourriture? La géographie? Le climat? Comment peut-on commencer un essai sur le racisme des Anglais par des propos de vieux Français, sa baguette sous le bras qui attend que passe Robert Doisneau pour en faire une carte postale?

Comment peut-on commencer un livre par trois lignes aussi nulles qui disqualifient forcément tous les mots qui vont suivre. Comment peut-on embarquer dans un essai quand, en partant, on apprend que l'auteur est un garagiste qui vient de se faire lobotomiser?

Les Anglais ont toujours considéré les Français, dont ils jalousent par ailleurs les femmes...

Comment peut-on continuer à lire après cela?

Moi j'ai pas pu. Vous me devez 26,70$, M. Lester. J'ai la facture.

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