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«« Normand Lester
Quand Rex Murphy, sur les ondes de la CBC, établit un lien entre le crime du 11 septembre et lindépendance du Québec (le 28 septembre), personne ne sen émeut. Mais quand Bernard Landry, sinspirant dune remarque de Bill Clinton sur le même crime, évoque lavenir du Québec, il est interpellé de toutes parts et certains le surnomme même Oussama Ben Landry, cet homme recherché mort ou vif.
Cest cette démonisation unilatérale, ce deux poids, deux mesures, si largement pratiquée contre le Québec et ses dirigeants, qui a conduit Normand Lester à écrire son livre. Comme aussi la « propaganda machine », qui tourne en régime accéléré depuis le référendum de 1995.
Pendant les années 1960, le mouvement indépendantiste québécois a provoqué des changements dans les attitudes et les comportements chez nos voisins canadiens. Pour répondre au « What does Québec want », Ottawa a adopté sa loi sur les langues officielles, des élèves partout ont commencé à apprendre le français, même des premiers ministres de lOntario et dautres provinces le parlaient, non sans fierté.
Des Canadiens français se voyaient nommés à des postes autrefois hors de leur portée : ministre des finances ou de la défense, ambassadeur à Londres ou à Washington. Si lexpression « Révolution tranquille » navait pas déjà trouvé preneur, le Canada laurait-peut-être revendiquée?
De toute évidence, cela na pas réussi à empêcher lenracinement de lidée, ni stopper sa progression. Ottawa a donc eu recours à de nouvelles armes : la police et la propagande. On connaît, surtout depuis 1970, lusage quil fit de la police. Mais cela non plus na pas réussi. Il lui reste maintenant la propagande.
À vrai dire, cette idée nest pas nouvelle. Dès 1964, Trudeau faisait connaître ses intentions : « Un des moyens de contrebalancer lattrait du séparatisme, cest demployer un temps, une énergie et des sommes énormes au service du nationalisme fédéral (...) Il faut affecter une part des ressources à des choses comme le drapeau, lhymne national, léducation, les conseils des arts, les sociétés de diffusion radio et télé, les offices de film... »
Et si certains doutent encore que ce « plan » na pas cessé de sétendre, Normand Lester est là - et dautres aussi - pour les désillusionner. Cest lui qui a révélé le financement clandestin de la série spéciale de Scully sur le Canada du nouveau millénaire.
Même chez les Anglophones, il est devenu impossible dignorer cet état de faits. Hugh Winsor, dans sa chronique du Globe and Mail du 30 mars 1998, a demandé carrément « Is propaganda justified if you are at war against a sophisticated enemy (Québec)?. » Après avoir répondu par laffirmative, Winsor ajoute : These are the key questions secretly but vigorously being debated at the moment among a small group, including Prime Minister Jean Chrétien, his senior ministers and advisors. At stake are the broader questions of how to promote Canadian identity, especially among Quebeckers, and how vigorously the federal government should fight the Parti Québécois government. »
Pour sa part, The Gazette, réagissant en éditorial à « laffaire Scully », a tiré à boulets rouges sur le Gouvernement Chrétien, son Bureau dinformation sur le Canada, quil décrit comme « a propaganda tool of the federal government, » et Radio-Canada, « the public broadcaster (that) looks like an unfortunate stooge in a propaganda war. »
« Le livre noir du Canada anglais » de Normand Lester a déclenché tout un tollé, notamment dans les milieux journalistiques. Mais le tollé ne devrait-il pas sélever plutôt contre certaines pratiques révélées par Monsieur Lester au cours de sa carrière? En plus de « laffaire Scully », il compte parmi ses révélations : le paiement par la GRC dun informateur au sommet du Gouvernement du Québec - comme si le Québec était une puissance étrangère - (laffaire Morin); linfiltration par le SCRS de la CSN (Marc Boivin); et lobtention en 1996, par le solliciteur général du Canada, de pouvoirs accrus pour intercepter des communications cellulaires (une sorte de mini-Échelon).
En mai 2000, la direction de Radio-Canada a affecté Normand Lester à la traduction et aux voix off de fin de semaine, avant de le suspendre et lui montrer la porte. Le message aux journalistes partout ne laisse pas de doute : enquêtez comme vous voulez, mais ne touchez pas au Gouvernement du Canada!
En reconnaissance de son courage et de son excellence en journalisme denquête, Normand Lester reçoit le Grand prix Olivar-Asselin. Il rejoint ainsi une longue liste de grands journalistes, dont René Lévesque, Judith Jasmin, Lysiane Gagnon, Laurent Laplante et Pierre Nadeau, qui refusaient, eux aussi, de se plier à de telles règles.
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