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«« Normand Lester 17.12.01
Lettre envoyée à La Presse aujourd'hui
Vous me répondez que M. Lessard est considéré par tous comme le meilleur
journaliste etc. Cette réplique ressemble étrangement à celle que donnait un courtisan au petit garçon qui disait que l'empereur était nu.
Vous dites aussi que n'importe quel journaliste de La Presse serait sanctionné s'il s'avisait d'écrire un livre comme celui de M. Lester. Mais nous n'en doutons pas un seul instant! Nous avons vu tous vos chroniqueurs et
éditorialistes se lever tour à tour, comme de braves petits soldats, pour
asséner le coup de bâton réglementaire à l'hérétique. La question est de savoir pourquoi vous ne dites rien quand vos journalistes manquent d'objectivité. Et [quand] la même chose se passe à Radio-Canada et à TVA.
Je vous posais la question: "Appliquer les règlements seulement contre ceux qui ne font pas notre affaire, n'est-ce pas là une des armes de prédilection des régimes despotiques?"
Mais assez parler de l'aspect sanction, et parlons du contenu du livre de M.
Lester. Il montre de façon convaincante qu'il y a une campagne de propagande
haineuse qui sévit au Canada anglais contre le Québec. Si ce que M. Lester
donne comme exemples ne suffit pas, nous pouvons vous en donner d'autres. À
l'infini. Pourquoi ne dites-vous jamais rien de cette campagne de propagande
stridente et incessante? Pourquoi cherchez-vous à la cacher?
L'objectif de cette campagne contre le Québec est clair. À l'endos du livre de
Mordecai Richler, Oh Canada! Oh Quebec!, livre qui constitue la référence pour tous les propagandistes du Canada anglais, on peut lire: "Le Québec est sur le point de tenir un référendum pour décider de son avenir politique et Mordecai Richler veut se battre". Voilà donc quelqu'un qui écrit tout un livre de haine contre un peuple et qui avoue qu'il le fait en vue d'influencer le vote lors d'un référendum. Ne sommes-nous pas justifiés de dire qu'il veut obtenir, de la part de certains, un vote ethnique?
Le 1er octobre 1994, M. John Henderich, président et éditeur du Toronto Star, écrivait à M. Alain Dubuc dans les pages de La Presse: "L' attitude des
Canadiens anglais à l'égard du Québec s'est considérablement durcie... Mon
intuition me porte à croire, d'ailleurs, que ce facteur a légèrement influencé
le vote des Québécois (lors de l'élection provinciale de 1994). Et je suis
persuadé qu'il aura bien plus d'effet durant la campagne référendaire."
En termes clairs, cela voulait dire que M. Honderich espérait que la campagne de propagande diffusée par Richler et ses imitateurs aurait l'impact désiré, par le Canada anglais, sur le vote référendaire. Il voulait donc qu'il y ait un vote basé sur des réflexes de haine ethnique. Là aussi, on pourrait vous citer de nombreux exemples d'incitation à un vote ethnique. Cependant, quand quelqu'un ose dire qu'il y a eu un tel vote, vous et vos collègues criez comme de putois. Ce ne sont jamais ceux qui lancent des appels à un vote ethnique qui sont blâmés en vos pages, mais ceux qui les dénoncent.
La caricature parue dans votre journal, le lendemain du jour où M. Lester a
démissionné de Radio-Canada, nous aide à comprendre pourquoi tant de
journalistes acceptent de se déshonorer jour après jour. On y voit M. Lester, attendant anxieusement à côté de son téléphone, que quelqu'un daigne lui offrir du travail. Les journalistes, columnists et éditorialistes s'imaginent eux-mêmes dans cette situation précaire si un jour ils osaient se rebeller. Pour conserver leur emploi, ils plient l'échine. Et le fait qu'un des leurs ait eu le courage qu'ils n'ont pas constitue pour eux un cuisant reproche. Ils ne l'en détestent que plus.
Le jour où l'on écrira l'histoire de notre époque, si l'on vous compare aux
Jean Luchaire, Robert Brasillach et Philippe Henriot de la France occupée, ce
ne sera pas parce que vous aurez défendu le fédéralisme, même dans la version caricaturale qui est pratiquée au Canada. Car on vous accordera le bénéfice du doute, en disant que peut-être, après tout, étiez-vous sincères. Mais pour avoir cautionné la propagande de haine contre votre peuple, en la cachant délibérément, pour avoir fait du "damage control" les rares fois où vos efforts ne réussissaient pas à empêcher qu'un coin du voile soit levé, pour cela, il sera difficile de vous trouver des excuses.
Peut-être espérez-vous que les forces centralisatrices auront triomphé. Et
qu'alors l'histoire sera ré-écrite selon les normes édictées par Propagande
Canada. Une histoire où la déportation des Acadiens ne sera pas un génocide, où la famine créée délibérément en Irlande par les Anglais ne sera pas un crime contre l'humanité, où les camps de concentration construits par les Britanniques durant la guerre des Boërs, où l'on entassait les femmes et les enfants, et où ils mouraient par milliers de faim et de maladie, ne seront pas considérés comme les précurseurs des camps de la mort d'Hitler. Il aura suffi d'être du côté des vainqueurs.
Claude Boulay
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