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«« Normand Lester Lettre ouverte à Lysiane Gagnon:
Avec la chronique de Mme Lysiane Gagnon (01-12-01), je crois bien que c'est
toute la smala des éditorialistes et columnists de La Presse qui est venue
pondre son petit coco sur l'affaire Lester. (C'est drôle, on ne retrouve pas
beaucoup de lettres de lecteurs sur le sujet!)
Tout le petit monde de ce journal tire dans la direction indiquée par
Propagande Canada. Il y a bien eu Nathalie Petrowski qui a osé prendre le parti
de Lester dans un premier article, mais on a dû lui faire de gros yeux, car
elle a fait acte d'obédience dans une deuxième chronique.
Je ne suis pas surpris de la réaction de Foglia. Il aime bien se donner des
allures d'esprit indépendant, mais pour ce qui est de s'opposer aux lignes
directrices dictées par ses patrons, ses petits gestes de rouspétance ne sont,
en fin de compte, que des pantalonnades.
Par exemple, dans l'affaire Michaud, il a bien dénoncé la manie de jeter des
hauts cris dès que quelqu'un parle d'un vote ethnique, mais il a tenu à
exprimer du même souffle tout son mépris pour Yves Michaud. "Il est vrai que je
trouve M. Michaud consternant même quand il ne dit rien... M. Michaud est un
être déplorable..." Comme coup de pied de l'âne, il est difficile de faire
mieux.
J'ai répliqué à l'éditorial de M. André Pratte. Voici son ineffable réponse:
Merci de nous avoir fait part de votre opinion. Nulle part je n'ai voulu
diminué (sic) M. Lester, pour qui j'ai le plus grand respect. Cependant, il est
évident que comme reporter, il est tenu à la recherche de l'objectivité, et
ne peut pas prendre parti dans les débats politiques. C'est une règle de
base.
Libre à vous, bien sûr, de croire que d'autres enfreignent cette règle.
C'est justement pour éviter ce genre de confusion que la règle existe.
Ceci dit, votre lettre a été transmise à notre Boîte aux lettres, pour
publication éventuelle.
Bien à vous, (sic)
André Pratte
M. Pratte laisse entendre que ma lettre pourrait être publiée, mais, bien
entendu, elle ne le sera jamais. Comme d'ailleurs la réplique que j'ai adressée
à Mme Michèle Ouimet, suite à son éditorial.
Je n'ai pas l'intention d'adresser mon commentaire à La Presse au sujet de la
chronique de Mme Lysiane Gagnon. C'est dégoulinant de l'hypocrisie à laquelle
elle nous a habitués. Le livre de Lester, d'après elle, sortirait tout droit
des années soixante. Voilà qui fera prendre un coup de vieux aux Bill Johnson,
Mordecai Richler (de triste mémoire), Allan Fotheringham, Barbara Amiel, Diane Francis, tous personnages que cite Lester. Et qui ont écrit dans les années 90.
[La farouche résolution des médias francophones à l'occulter est une réalité aussi importante que la campagne de dénigrement contre le Québec,
menée par les médias canadiens anglais]. Et à faire du damage control lorsque, en dépit de leurs efforts, un coin du voile est levé.
Lester parle de l'affaire David Levine et de la honteuse hystérie collective
qu'avait déclenchée sa nomination comme directeur d'un hôpital à Ottawa.
Imaginez! Le Dr Levine avait été candidat du PQ seize années plus tôt! Vous
croyez que Mme Gagnon avait fustigé ces manifestations d'intolérance? Eh non!
Avec ses méthodes habituelles, elle s'était fendue d'une chronique de damage
control. Il fallait absolument atténuer le mauvais effet que l'intolérance des
extrémistes anglophones pouvait avoir sur les Québécois. Il fallait continuer à
leur faire croire que tous les Canadiens anglais les aimaient d'amour tendre,
comme ils l'avaient proclamé à la veille du référendum de 1995.
Mme Gagnon pose une question saugrenue: "Combien de cris et hurlements
aurait-on entendu (sic) si le directeur de l'information de La Presse avait
publié un ouvrage faisant la promotion du fédéralisme." Doux Jésus! Mais c'est
tout le journal qui appartient à la famille Desmarais, qui est cul et chemise
avec l'establishment fédéral! Tout le personnel de direction est choisi de
façon à être bien sûr que les pages d'information, comme les pages d'opinions,
reflètent le parti pris fédéraliste des propriétaires.
Par les mêmes moyens de népotisme et par d'autres encore, Propagande Canada
contrôle la grande majorité des médias au Québec. Nous ne lisons et n'entendons
donc que ce que ce ministère fédéral clandestin veut bien que nous lisions et
entendions.
Le chef-d'oeuvre, parmi tous les articles de la presse fédéraliste qu'il m'a
été donné de lire, est sans conteste l'éditorial de M. Gilbert Lavoie, du Soleil. D'après lui, les médias anglophones seraient justifiés de mener cette campagne de haine contre les Québécois, parce que ces derniers ne se sont pas encore décidés à voter en faveur de la souveraineté. Outre la parfaite imbécillité de l'argument, il y a le fait que c'est la propagande constante dans les médias québécois, dont le sien, contre la souveraineté, qui a réussi jusqu'ici à empêcher que le peuple se prononce en faveur de cette option.
Je n'ai pas encore parlé du livre de Lester. En fait, je n'en ai lu que
quelques bribes jusqu'à maintenant. Je voudrais m'arrêter un instant sur la
petite phrase qui a retenu l'attention de Foglia. "Les Anglais... jalousent par
ailleurs les femmes, la nourriture, la géographie et le climat (des
Français)...". Dans la conversation, on peut faire des facéties comme celle-là. Un sourire en coin ou un air pince-sans-rire font bien comprendre à
l'interlocuteur qu'on ne parle pas sérieusement. Dans un texte, on ne dispose pas de ces moyens visuels. Si le lecteur n'a pas le sens de l'humour, ou fait semblant de prendre ce que l'on dit au pied de la lettre, on est cuit. L'autre jour, un ami m'a envoyé un courriel dans lequel il me taquinait en me disant qu'il était surpris du fait que je n'avais pas perdu la mémoire avec l'âge. Il me connaît assez bien pour savoir que je ne me fâcherai pas. Néanmoins, il a cru bon d'ajouter "Ha ha!", pour être doublement sûr.
Tout ça pour dire qu'il faut faire bien attention à ce que l'on écrit, et que
Lester a commis une erreur en commençant son livre avec ces petites flèches,
pourtant bien anodines pour qui a le sens de l'humour. Dans ce cas-ci, il a
fourni le prétexte que cherchaient des pharisiens comme Foglia et Don
MacPherson pour prononcer une fatwa contre le livre.
Claude Boulay
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