«« Normand Lester
«« Ethnicisation du souverainisme québécois

La SRC a gagné:
vive la communication sans... «bruit» !

Jean-Yves Durocher
Vigile 5.12.01


Dans la culture qui m'a été transmise, il est de bon ton de féliciter l'adversaire, même l'ennemi, et de s'incliner en signe de respect lorsqu'il sort gagnant d'une grande bataille.

Et c'est ce que je fais aujourd'hui, avec le respect d'usage, devant cette victoire décisive de l'appareil propagandiste canadien qu'est le dénouement de l'affaire Lester.

Il aura fallu presque trente ans à Ottawa pour gagner la bataille. Le coup de semonce fut donné à l'hôtel Reine-Élisabeth de Montréal par Pierre Elliot-Trudeau : «On va mettre la clé dans la porte.»

Eh bien, c'est fait. Radio-Canada est définitivement cadenassé.

Il faut revenir un peu sur l'histoire que l'on aime entendre et celle qui est plus proche - non de la vérité, mais de la réalité. Lorsque Trudeau prononce ces paroles, Radio-Canada est en effet une boîte de séparatistes qui utilisent les ondes pour propager leurs idées. Il faut entendre le ton ironique qu'utilisait la presque totalité des journalistes pour décrire tout ce qui n'était pas de gauche ou nationaliste à l'époque pour le constater. Mieux encore, il existe encore une radio privée forte à Montréal qui est encore majoritairement pro-nationaliste. Même la plus fédéraliste et droitiste d'entre elle, CJMS, (avec l'inneffable Paul Cooke en éditorialiste) aurait l'air aujourd'hui de Radio-PQ!

Dans les journaux, Paul Desmarais devait vivre avec une loi du Québec (tiens, tiens) qui lui interdisait de rêver tout haut et avec des journalistes qui se rappelaient de la grande grève des années 60. René Lévesque avait même une chronique dans le Journal de Montréal et de Québec. Et, on reprochera ce que l'on voudra à Claude Ryan, ce n'était pas et ce n'est pas un fédéraliste à la Trudeau.

Il ne faut donc pas s'étonner d'avoir voulu voir une affirmation ferme de Trudeau pour remettre RadCan sur les rails, qui comme on le sait sont le ciment de l'unité canadian.

J'ouvre immédiatement une parenthèse pour commenter sur le texte de Trudeau qui a trait à l'importance - pour Ottawa - d'avoir une identité propre et de la faire valoir. Lu dans son entier et dans le contexte de l'époque de sa parution, son analyse est parfaitement en accord avec son temps et dans la ligne historique qu'il défend : celle du continentalisme de l'Abbé Groulx.

Trudeau, je sais être dans l'hérésie, fait ce qu'il a à faire : il cadenasse RadCan.

Parce qu'à moins de vivre dans un monde d'une telle perfection que les considérations terre-à-terre ne vous touchent pas, il faut reconnaître quelques faits :

  • Le Canada est un pays
  • Les Canadiens sont les habitants du Canada
  • La majorité des habitants du Canada sont des citoyens canadiens
  • Le Canada a le droit d'exister comme il l'entend
  • La majorité des Canadiens (environ 88%) désirent un Canada uni
  • Il faut respecter le souhait de la majorité
  • Radio-Canada est un service public, payé par les citoyens contribuables.

    Pour ceux qui doutent de mes capacités arithmétiques qui me permettent d'affirmer que 88% des Canadiens désirent un pays uni, je me fie sur un simple petit calcul. La population du Québec est d'environ le quart de celle du Canada, la moitié de celle-ci a voté clairement pour demeurer dans le Canada (comme l'autre a clairement exprimé son désir d'en sortir), 24% divisé par 2 égale 12%. Et faites-moi le plaisir de ne pas faire plaisir à Stéphane Dion et de le menacer d'organiser un référendum pan-canadien sur la question. Partenariste en tout genre, veuillez prendre note s'il vous plaît.

    Défaire le « séparatisme » de Radio-Canada n'était qu'une des mesures à prendre, la moins importante. On a cadenassé bien avant la presse québécoise, avec l'aide du Gouvernement du Québec - passivement et activement par la Caisse de Dépôt.

    On a détruit carrément la propriété locale des médias électroniques, il ne reste plus que des exemples folkloriques de stations de radios et aucune en télévision. Ce fut la grosse job du CRTC. Par exemple, durant les années 70 et 80, le CRTC a refusé presque toutes les demandes d'affiliation de réseau, tant à Radio-Mutuel qu'à Télémédia des stations alors affiliées pour l'information à Radio-Canada, on a accordé au compte-gouttes les permis de FM et refusé carrément le « double et triple stick », terme qui désigne la propriété multiple de stations concurrentes dans un même marché. Si, en milieu urbain, une telle mesure est inacceptable, donc dans les 2 principaux marchés québécois (Montréal, Québec), ailleurs elle aurait garanti des revenus stables à des propriétaires locaux. Il aurait suffi d'avoir une règle différente pour la propriété locale et une autre pour celles de l'extérieur. Hérésie! Non, c'était alors dans les critères d'attribution de licences du CRTC.

    Condamnées à mourir, à moins d'être protégées par les éléments (la géographie explique entre autres que Lac Mégantic a encore une radio locale), par la réalité économique de l'impossibilité d'être en ondes localement 24 heures par jour, de concurrencer des stations privilégiées, les rares stations, propriétés ou ayant la chance d'être affiliées à Mutuel ou Télémédia, ont dû se vendre, l'une après l'autre, au grand groupe. Je connais des cas personnellement qui - si nous avions disposé de tribunaux sur la concurrence digne du nom - n'auraient pas été condamnés à vendre. Naturellement, dès que la concentration des radios fut totale, tout ce qui avait été refusé par le CRTC leur fut miraculeusement accordée. TOUT.

    Dès que cela fut fait, le CRTC, ce grand protecteur du saint principe du péché mortel de la propriété croisée, s'empressa de faire un concile qui décida que ce péché le plus mortel était la plus grande vertu. C'est alors que Télémédia et Cogeco s'accaparèrent de la presse régionale, l'achetant ou la détruisant. J'en sais quelque chose très personnellement.

    Dès que cela fut fait, Transcontinental réussit à modifier un autre péché en vertu, soit de s'associer avec la Société canadienne des Postes dans la distribution de porte-à-porte.

    Avec investissements massifs de la Caisse de Dépôt et Placements dans l'aventure.

    Dite Caisse qui, aimant le gros, décida d'aider les monstres que sont devenus :

  • Gesca : propriété de Power Corporation (et officiellement sous la direction du gendre de Jean Chrétien) dont l'investissement doit maintenant être le plus important, suite à la fondue du titre de Nortel.

  • Quebecor : dont les titres obligataires sont sous haute-surveillance.

  • Transcontinental : L'allié de Gesca dans la destruction organisée et maintenant officielle du Journal de Montréal.

  • Cogeco : qui vend ses stations de radio à un groupe de Terre-Neuve et transformera TQS en gros CTV. Et en primeur, je vous annonce qu'il y a de grosses probabilités que, dès l'an prochain, l'horaire de TQS et de CTV soit synchronisé pour la présentation des émissions américaines.

  • Astral : dont les archives de Musique-Plus contiennent la délicieuse entrevue de son président-fondateur qui déclarait à Anne-Marie Losique que, sans les séparatistes et le français, le Québec serait le paradis. Pour les amants de la petite histoire, c'est à ce Harold Greenberg, décédé depuis, que l'on doit le véritable retour de Mordecai au pays...

    Aujourd'hui, mercredi le 5 décembre 2001, en gros on peut dire ceci :

    90% des médias québécois, quel qu'en soit le genre, est propriété ou sous contrôle direct de fédéralistes.

    À vrai dire, et on me corrigera, je crois qu'il n'y a plus que la Revue Notre-Dame, comme titre à haut tirage, qui ne soit pas propriété de fédéralistes au Québec!

    Et comme Desjardins, la grosse banque pas trop populaire, semble maintenant privilégier la distribution de revues d'affaires...

    C'est un constat difficile à accepter, mais il est le reflet de la réalité.

    Mais, cette incroyable concentration de propriété, directe ou indirecte - insurpassée dans le monde occidental - serait inutile sans un encadrement idéologique complet.

    Et, c'est là que l'affaire Lester prouve, sans aucun doute, qu'Ottawa célèbre une victoire complète.

    Disons-le franchement, on peut facilement avancer que 90% des journalistes québécois sont des indépendantistes, y compris à Radio-Canada. Mais, et c'est ce qui mérite mon admiration sans borne pour les stratèges fédéralistes, on a réussi à leur inculquer les notions suivantes :

  • Le journaliste doit être objectif
  • Le journaliste doit être crédible
  • Les journaliste fait de l'information
  • Vous êtes donc des informateurs objectifs dont le professionnalisme tient à votre crédibilité.

    Partout, ailleurs, à travers le monde, la personne qui oserait avancer cette démonstration serait l'objet du ridicule le plus complet. Ici, c'est le contraire.

    L'objectivité est un mythe, mais on voit bien qu'il ne suffit pas. Le lecteur, le téléspectateur moyen a quand même l'intelligence de lire, de voir et d'écouter et de se rendre compte par lui-même que l'information de Radio-Canada n'a pas le même ton que celle de TVA. Il n'est d'ailleurs pas fou, instinctivement il écoute presque deux fois plus les infos de TVA que celle de Radio-Canada.

    Dans tout ce faux débat Lester, il y a le vrai. Celui entre l'information et la communication.

    Nous ne sommes pas dans l'ère de la première, bien qu'elle soit ainsi nommée. Nous sommes dans l'ère de la communication.

    La communication, les travaux de Claude Shannon lui ont donné une base théorique et mathématique importante, a trois aspects, celle de l'émetteur et du récepteur et la plus importante, celle du bruit qui en brouille la compréhension.

    Shannon travaillait pour les laboratoires Bell. Lui et Weaver, son collègue, ne cherchaient pas à expliquer les grands principes philosophiques de notre temps, mais bien à résoudre un problème pratique : celui de la multiplexation des communications téléphoniques. Il y a peine vingt ans, une communication interurbaine n'avait pas la clarté de celle d'aujourd'hui, il n'était pas rare d'entendre en sourdine une autre communication qui - parfois et exceptionnellement - prenait le-dessus sur celle que nous entretenions. Le bruit entravait alors la communication.

    Mais l'équation demeure et s'applique dans le champ de la communication médiatique. Le bruit brouille la communication. Et la plus grande source de bruit est toujours due aux manipulations que le message subit entre son émission et sa réception. Et le but de la communication est de faire comprendre son message. Le sien, dans son originalité et non celui d'un autre.

    Dernièrement, je me régalais en écoutant le reportage de TQS sur la visite de l'appartement de Landry à Québec, la jeune reporter déclamait in-extenso le communiqué de presse de la SITQ (propriétaire de l'édifice) expédié le matin sur les fils de presse.

    Il faut le dire, le clamer même, 90% de la nouvelle - hors les faits divers, et encore...- n'est qu'une réécriture de communiqués de presse. Dont l'art de la rédaction ne consiste pas (dans les grands centres) à être publiée in-extenso, mais bien à orienter le questionnement du journaliste. Donc de lui faire poser les bonnes questions.

    Dans certains cas, les enjeux sont d'importance majeure pour des intéressés qui ne seront jamais présents dans l'environnement médiatique. C'est le cas de la crise médicale par exemple. Derrière la quasi-totalité de ces histoires d'horreur sur l'absence de scanners - panacée miraculeuse s'il en est une - se cachent les fabricants de ces appareils. Idem pour les médicaments miracles ou les solutions du genre. L'exemple le plus flagrant et le plus récent étant celui de la caméra miracle présentée à la télé pas plus tard que la semaine dernière comme étant une « recherche » de l'hôpital Sainte-Justine - donc sauvant la vie des enfants. Tout le topo laissait croire que l'hôpital montréalais était au coeur de la «recherche» mondiale, sauf qu'en fait, il n'était que l'un des dizaines d'hôpitaux pour enfants en Amérique où cette «recherche» sauverait tant de vie. Sans véritable confrontation sur les coûts véritables de la chose.

    Voilà l'ère dans laquelle nous sommes. Celle de la communication. L'information, c'est une autre bête. L'information, c'est le bruit! Comme je viens de le faire dans le cas de la caméra miracle. L'information, c'est contextualisée la communication. En premier lieu pour des considérations purement économiques.

    Même dans un média gratuit, comme Vigile, il y a un aspect économique. Le temps que vous consacrez à sa lecture à une valeur. Pratiquerait-il une économétrie - donc le calcul en dollars du temps que vous consacrez à lire Vigile - qu'il pourrait dire, les 1000 personnes qui viennent en moyenne passer 15 minutes sur mon site ont un salaire moyen de 20$ de l'heure, donc par jour on «dépense» 5,000$ pour regarder Vigile. Vigile à donc un chiffre d'affaire de près de 2,000,000$ annuellement. Ne rions pas, l'an dernier dans la bulle des points-coms, c'était la base des mathématiques du temps.

    Mais pour dépenser $5 par jour, voir plus haut, il faut qu'on m'en donne pour mon argent. Donc que l'offre de Vigile me soit assez intéressante pour que j'accepte d'y consacrer ma seule ressource véritablement épuisable: mon temps.

    Un média n'existe que pour un but : monopoliser votre temps. Lire Le Devoir plutôt que La Presse, écouter CKOI plutôt que COOL, etc. Et le seul et unique moyen de réussir à monopoliser votre temps, votre écoute, votre lecture, donc votre cerveau, c'est d'offrir un produit intéressant, qui correspond à vos goûts et vos besoins.

    Soyons honnête, entre le poulet chasseur de votre resto français si à la mode; celui du Colonel ou de Saint-Hubert, il n'y a pas tellement de différence. C'est le bruit du chef qui fait monter la mise!

    Pour le communicateur, l'ennemi c'est le bruit.

    Or, le bruit finalement c'est le journaliste qui en est responsable.

    Répétons, 90% des journalistes au Québec sont indépendantistes. 90% du tirage et de l'écoute confondu provient de médias à propriété anti-indépendantiste.

    Il suffirait, me diriez-vous, pour les propriétaires d'embaucher des fédéralistes et le tour serait joué. C'est plus facile à dire qu'à faire. Plus vous êtes jeunes, plus vous êtes scolarisés, plus vous êtes un « humanité », plus vous êtes littéraires, plus vous êtes indépendantistes. À vrai dire, j'avance qu'il est quasiment impossible de trouver un jeune qui a les qualités de base nécessaires à l'exercice du journalisme qui n'est pas indépendantiste. Donc, il est impossible pour un propriétaire de média d'embaucher majoritairement des fédéralistes, les statistiques sont implacables à ce propos.

    C'est donc à un autre niveau qu'il faut agir. Si la recrue est indépendantistes nous allons en faire un fédéraliste, diront les partisans de la ligne simple. Si la recrue est indépendantiste nous allons en faire un indépendantiste objectif, diront les partisans de la ligne intelligente.

    Dès lors, le sujet demeure ce qu'il est, mais on le porte à être - dans le cadre de son métier - une sorte de surhomme qui distingue entre ses croyances fondamentales et la vérité. Dire que Superman, le plus connu des journalistes sans ambition, est l'invention d'un canadien? Il s'agit donc de choisir, comme recrue, ce qui a le moins de connaissances possibles et le plus de compétences à faire le métier au Québec. Qui est, dois-je le dire, de communiquer et non d'informer.

    Pour cela, il y a une satire, le jour de la pire écoute historiquement à la télé : le vendredi soir. Les compétences sont simples. Écrire sans faire trop de phôtes dans un vocabulaire simple. Hors Montréal, dans tous les hebdos (ou presque) savoir réécrire le premier paragraphe du communiqué et couper le dernier. En ville, savoir comprendre quelle question poser. À la télé, avoir une belle gueule, ressembler aux Nadeau, père, mère et fille. À la radio, une belle voix. On comprend que dans ce contexte, René Lévesque et Judith Jasmin n'auraient jamais existé.

    C'est anecdotique, mais pas tant que cela. Jusqu'à tout récemment, si ce n'est pas encore le cas, les recrues de l'ordre canadien avaient la même destination : Régina en Saskatchewan. Ceux de Radio-Canada (et de la CBC) aspirant-journalistes et ceux de la GRC, aspirant-policier. J'aimerais rire.

    J'avance que, depuis près de 20 ans, Radio-Canada utilise des test psychométriques destinés à trier le bon grain de l'ivraie, sous le couvert d'examens et d'entrevues de « promotion ». J'avance, parce que naturellement, les principaux intéressés, qui s'en vantent privément, nieront publiquement.

    Radio-Canada a donc été capable de renouveler son équipe avec des gens compétents, voire quatre paragraphes plus haut..., majoritairement indépendantistes, mais qui en sont venus à croire qu'un véritable journaliste, un professionnel, est objectif : donc qu'il n'a pas d'idées. Pour s'assurer de leur fidélité, elle utilise les même méthodes de gestion de personnel qui sont l'apanage des grandes sociétés. On teste abondamment, on observe et on ne conserve que le personnel qui respecte l'entreprise.

    La clé de compréhension est la notion - carrément imbécile - de professionnalisme : donc de l'aura de respectabilité - lire grosses piastres en finalité - de ce qui, il y a peu de temps, était désigné par le mot qui décrit assez le métier au Québec : scribe. Devenu professionnel, le journaliste est l'égal du médecin, de l'avocat, que dis-je : du juge en chef de la Cour suprême. Qu'importe si la médecine et le droit ne s'exercent qu'après un sévère apprentissage, examen et stage probatoire : le journaliste est professionnel comme eux et même encore plus qu'eux.

    Pas pire comme promotion sociale d'un métier où, il a un peu plus de trente ans, dans les grandes villes, les journalistes de deux quotidiens vivaient à l'enveloppe. Ladite enveloppe étant celle que donnaient alors directement les gens intéressés à faire parler d'eux ou de leurs produits. Aujourd'hui, on est plus discret, on appelle cela des cahiers spéciaux...

    Et la chose la plus importante qu'a un professionnel est sa crédibilité, tout le système repose sur elle. Or, la crédibilité exige le respect du dogme. Le médecin se croit scientifique, alors que sa pratique repose sur un art : l'interrogation du patient. L'avocat se croit impartial, capable de défendre le tueur en série d'enfants innocents au nom du droit à la justice pour tous. Le journaliste doit avoir cet aura. Ne pas être le médecin qui critique le tout-à-la-pilule; ne pas être l'avocat qui refuse les «ententes»; ne pas être le journaliste qui dit : ON VOUS EMPLIT. Parce que la destination de tout ce monde est connu : la réprimande. L'exclusion professionnelle, le chômage.

    On va chez un médecin qui croit à la médecine; un avocat qui croit à la justice... On va chez les gens qui se croient. Or, comment croire des gens quand on sait qu'ils sont personnellement contre ce qu'ils disent, écrivent. Parce que, finalement, le Québec est assez petit. On a tous un parent ou un ami, plus ou moins lointain, qui est journaliste. Il nous en conte des vertes et des pas-mûres, il nous dit : SI JE POUVAIS TOUT ÉCRIRE.

    J'estime qu'au moins les trois-quarts des Québécois ont entendu cela à un moment donné ou un autre. Dans une émission comme 110% à TQS, c'est presque un leitmotiv! Il faut donc que, comme le médecin, l'avocat, le journaliste soit condamné à être professionnel : respecter le secret. Ne pas avoir d'opinion. Être un médecin qui ne dit jamais à ses patients que leur maladie est incurable, parce qu'ils sont pauvres et que la richesse est garante de la santé. Être un avocat qui ne dit jamais à ses clients que la justice est variable, que ce n'est pas une bonne idée de se faire arrêter pour un acte de violence conjugale le lendemain d'une tuerie dans une maison d'accueil de femmes battues et que, par conséquent, le juge, il va être très sévère, pas comme son voisin qui s'en est sorti avec une probation, il y a deux mois.

    Donc être un bon journaliste, être un journaliste crédible, c'est être professionnel. Être encadré par des règles professionnelles.

    Et c'est la victoire d'Ottawa. Pas une levée de protestation, pas un seul mouvement de grève - même du zèle - pour défendre la vision de Lester. Celle d'exercer un métier honorable, un métier d'idées et de coeur. Ce fut le contraire, Lester n'est pas professionnel. Il a sali la réputation de la profession, notre crédibilité.

    Bravo Ottawa! Belle victoire! Nos journalistes sont impartiaux, ils sont crédibles, ils sont professionnels.

    Dois-je maintenant terminer en rappelant comment on appelle aussi celles et ceux qui font le plus vieux métier du monde?

    Jean-Yves Durocher

    Déclaré journaliste par le Conseil de Presse en 1986.
    Pas professionnel pantoute.