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«« Normand Lester
J'ai terminé ce matin la lecture du livre de Normand Lester que j'ai eu
pour Noël. En fait, je l'ai dévoré en 2 jours et demi. Je suis extrêmement
heureux que quelqu'un comme lui ait fait une sorte de répertoire bien
documenté de la descendance détestable d'une bête qui nous inflige ses
morsures depuis si longtemps.
Je suis maître en histoire. Je travaille dans la recherche historique.
Le travail de Lester est bien fait. Il a fouillé, il a appuyé, il a
documenté. Et surtout, il a fait ce que bien des ouvrages historiques ne
font pas. Faire le lien entre autrefois et aujourd'hui. Nous, les
historiens, travaillons sur des sujets qui ne permettent pas de faire des
allusions à aujourd'hui. Mais les journalistes, bien que moins rigoureux
sur le fond (excusez-moi chers journalistes!), peuvent se permettre ce genre
d'écart. Ils ne sont pas historiens, mais vulgarisateurs (bien qu'on puisse
être les deux).
Depuis le début de mes études, j'ai pu rencontrer à gauche et à droite
au hasard de mes lectures, des manifestations d'intolérance des
anglo-canadiens à l'égard des francophones, amérindiens et autres. Ces
outrages, spécialement ceux venant de l'Ordre d'Orange, m'ont toujours mis
hors de moi.
Ma théorie a toujours été celle du monstre d'intolérance anglo-canadien
qui, dès son arrivée ici, s'est transmis tel un leg maudit pour nous de
génération en génération parmi ces gens ("ces gens" est assez péjoratif pour
eux. Parfait comme ça). Pas tous, mais un bon paquet. Ce monstre nous a
mordus, griffés, étouffés tout au long de notre histoire.
On nous dit : "ce sont de vieilles chicanes, oubliez ça". Une excuse
faible, méprisable pour moi et d'autres qui ont la chance de connaître le
passé. Ce passé n'est pas figé. Ses racines, ses branches se développent
jusqu'à aujourd'hui et continuent de nous grafigner. Mais cette excuse
fonctionne pour ceux qui ne savent pas, ceux qui ne lisent pas ou ne font
que consommer dans la société. Des "contents", que j'appelle. "Contents"
de se faire organiser, "contents" de se faire voler, "contents" de se faire
tromper. Pour eux, le passé ne compte pas. Et l'ennemi peut ainsi à chaque
génération, faire comme s'il effacait le tableau sur lequel il écrit une
belle histoire pour nous endormir et nous fourrer. Et nous, on ne se
rappelle jamais de l'épisode juste une génération derrière alors que le sale
qui écrit au tableau (Ottawa+anglos), lui, se rappelle la recette gagnante.
Du beau gaspilage de générations québécoises...
Dans le livre de Lester, il y a environ le 3/4 des faits que je
connaissais (formation oblige) de façon éparse. Mais je n'ai aucun mérite
devant M. Lester qui a fait un travail remarquable en réunissant tout ça en
un volume sulfureux. Ce travail DEVAIT ÊTRE FAIT. Et c'est bien beau de
connaître le 3/4 de ces faits, qu'est-ce que ça vaut quand ça ne fait que
dormir tout éparpillé dans mon esprit? Qui en profite?
Je dois vous avouer bien sincèrement que le dernier 1/4 que j'ignorais
m'a laissé complètement estomaqué. Le mot n'est pas assez puissant. Ce
livre est l'arme idéale pour ridiculiser tous les arguments anglos qui font
de nous des racistes, des tribaux et des repliés sur nous. Entre autres, je
ne savais pas qu'il y avait autant d'adeptes de l'Ordre d'Orange ailleurs au
Canada. J'avais tendance à ménager un peu ces anglo-canadiens tout en me
demandant pourquoi élisaient-ils des gouvernements aussi chiens pour les
francophones. Avant, j'y allais avec parcimonie. Aujourd'hui, je dédie à ces
gens tout le mépris la hargne que je peux leur infliger.
"M. Boisvert vous attisez la haine", me dira-t-on. "Vous perdez les
pédales", ajoutera-t-on. Non. On récolte ce que l'on sème, et ces gens ont
semé ce qui provoque ma colère aujourd'hui (et avant aussi). Assez réagi en
colonisés. Quand je me regarde dans le miroir, je ne vois pas un ver de terre
ou un invertébré.
Que ceux ici qui n'ont pas lu ce livre mettent ça à leur ordre du jour.
Serrez-vous la ceinture pour l'offrir à vos proches. J'en ai offert 2 à
Noël et je n'ai pas fait de plus bel investissement que ça depuis belle
lurette.
Ce livre est très bon pour la colonne vertébrale. Il aide à mieux se
tenir debout.
Paul Boisvert
Bonne année à tous
Vous êtes bien gentil mais je dois vous avouer que mon texte contient
quelques fautes, et en me relisant je me trouve un peu, comment dire,
"pédant" quand je dis que je connaissais les 3/4 des affaires que Lester
écrit. J'aurais aimé le dire autrement, mais je ne sais pas comment. Et
l'accent ne doit pas être mis sur cette affirmation seule, mais bien sur la
suite que voici:
(malgré cela) "je n'ai aucun mérite devant M. Lester qui a fait un travail
remarquable en réunissant tout ça en un volume sulfureux. Ce travail DEVAIT
ÊTRE FAIT. Et c'est bien beau de connaître le 3/4 de ces faits, qu'est-ce
que ça vaut quand ça ne fait que dormir tout éparpillé dans mon esprit? Qui
en profite?"
Bien souvent, les historiens travaillent en vase clos ou dans leur
coin. Je disais qu'il nous était souvent difficile de faire des liens avec
aujourd'hui comme un journaliste peut le faire. Par exemple, les
savoureuses remarques de M. Lester au sujet d'Amherst, lâchant ici et là "Ça
aurait fait une belle minute du patrimoine n'est-ce pas?".
Nous ne pouvons pas faire ça. Nous devons nous concentrer sur notre
objet dans le temps. Au pire, dans nos conclusions nous pouvons faire ce
qu'on appelle une "ouverture" sur d'autres pistes de recherche et, en
quelques phrases, faire un rapprochement. Il faut toutefois vous dire qu'il
est assez difficile de faire un rapprochement avec aujourd'hui quand on
travaille sur un sujet tel "Machine à coudre et société 1850-1900" ou encore
"La pasteurisation du lait à Montréal 1887-1905". Ne riez pas, ces sujets
existent (Je dois vous avouer que je m'amuse beaucoup de ces sujets dans mon
coin cependant).
L'ouvrage de Lester est à moitié démarche historique et journalistique.
On accuse souvent les journalistes de ne pas avoir de recul, de ne pas
relativiser avec d'autres exemples. Je profère souvent des blasphèmes quand
j'en lis des exemples. Mais ils n'ont pas toujours le temps ou le talent.
M. Lester, un journaliste connu et respecté, a cette envergure qui lui
permet d'intéresser les gens. Et son travail, je le rappelle de nouveau, SE
DEVAIT D'ÊTRE FAIT pour réunir tout ce que nous lisons, nous, historiens, et
que trop souvent nous gardons pour nous. La collaboration
historiens-journalistes pourrait être fructueuse. Je ne sais pas quelle
aide a eue M. Lester dans son entreprise, mais je lui [lève] mon chapeau.
Enfin, quelqu'un qui s'est retroussé les manches pour la peine. On est
dans un pays où les gros mots et les "vraies affaires" se disent à
demi-mots, dans un silence feutré, avec des sourires figés et hypocrites. On
est mal à l'aise avec ceux qui lèvent la voix. Ces comportements détestables
de colonisés doivent mourir au «p.c.» pour qu'on arrête d'agir en moutons
stupides.
Bonne journée,
Paul Boisvert
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