Concentration de la presse
Le cas CanWest Global
Concentration de la presse:
quatorze journaux, un éditorial unique
Paul Cauchon
LD - Le jeudi 06 décembre 2001
Les conséquences de la concentration des médias
au Canada éclateront au grand jour ce matin, alors que pour la première
fois les journaux de CanWest Global, dont The Gazette à Montréal,
sont tenus de publier le même éditorial.
Ce texte, qui porte sur certains aspects du prochain budget fédéral,
est l'éditorial principal des 14 journaux appartenant à CanWest
dans tous les grands marchés métropolitains du Canada. Il aurait
été rédigé par Murdoch Davis, rédacteur
en chef de Southam à Winnipeg. The Gazette doit publier ce
matin une note explicative pour justifier cette nouvelle pratique. On invoquerait
la nécessité de tenir de grands débats nationaux.
Cette pratique de l'éditorial unique se répétera
tous les jeudis. Selon plusieurs sources au sein deThe Gazette, l'objectif
de CanWest serait d'en arriver d'ici un an à un éditorial unique
trois fois par semaine dans les journaux de la chaîne.
L'affaire a créé une commotion dans la salle de rédaction
de The Gazette hier, plusieurs journalistes exprimant leur inquiétude
devant ce qu'ils considèrent être une atteinte à leur
autonomie et une attaque à la diversité des points de vue dans
les médias.
En fin d'après-midi hier, une vingtaine de journalistes
de The Gazette se sont spontanément réunis pour discuter
de la question. La réunion n'était pas organisée par
le syndicat et plusieurs journalistes ont exprimé leur désir
de retirer leur signature de leur texte dans l'édition d'aujourd'hui
en guise de protestation, sur une base individuelle. Il faudra voir le journal
de ce matin pour vérifier si cette menace a été mise
à exécution.
Rappelons que CanWest Global est devenue l'année dernière
un immense empire médiatique au Canada lorsque l'entreprise fondée
par Izzy Asper à Winnipeg a acheté les publications Southam
mises en vente par Conrad Black.
Dans le cadre de cette transaction de plus de trois milliards,
CanWest avait mis la main sur 13 quotidiens dans les grands marchés
métropolitains, sur 130 publications diverses (quotidiens, hebdomadaires,
journaux communautaires) et sur environ 80 magazines, sans parler des sites
Internet. Lors de la même transaction, CanWest devenait propriétaire
à 50 % du National Post; au début de l'automne, elle
rachetait de Conrad Black l'autre moitié, pour enfin devenir propriétaire
à 100 % du quotidien torontois.
CanWest est également propriétaire de la chaîne
de télévision Global, en grande compétition avec le
réseau CTV appartenant à Bell.
Les journaux Southam, maintenant placés sous le chapeau
de CanWest, avaient connu un premier grand débat sur la concentration
de l'information en mars dernier alors que David Asper, le fils du grand
patron de CanWest, qui est notoirement proche du Parti libéral, avait
demandé aux journalistes de la chaîne de faire attention à
leurs attaques envers le premier ministre Chrétien, un geste qui avait
soulevé un tollé tant chez les autres médias canadiens
que dans l'opposition à la Chambre des communes.
Les journalistes de The Gazette refusent de signer leurs
textes
Le Conseil de presse et la FPJQ condamnent CanWest
Paul Cauchon
LD - Le vendredi 07 décembre 2001
Les journalistes de The Gazette continuent de manifester
leur colère contre l'éditorial imposé par CanWest Global
alors que la majorité d'entre eux refuseront de signer leurs articles
jusqu'à dimanche.
Et cette pratique de l'éditorial unique a été
condamnée hier tant par le Conseil de presse du Québec que
par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec
(FPJQ).
Hier, les 14 journaux de la chaîne CanWest Global, dont
The Gazette à Montréal, ont tous été tenus
de publier le même éditorial, provenant de la direction de CanWest
Global, à Winnipeg, et signé par Murdoch Davis, rédacteur
en chef à Southam News et ancien rédacteur en chef du Edmonton
Journal. Cet éditorial s'attaquait aux contraintes réglementaires
imposées aux fondations privées au Canada, qui font des dons
de charité. Un éditorial qui plaidait en fait pour une réduction
de l'interventionnisme gouvernemental.
Cette pratique de l'éditorial unique se répétera
tous les jeudis et, d'ici un an, CanWest veut instaurer la publication de
trois éditoriaux uniques par semaine dans ses journaux.
Les journalistes de The Gazette ne le prennent pas, estimant
leur autonomie attaquée. La majorité d'entre eux ont refusé
hier de signer leurs textes. Cette protestation spontanée, laissée
à la discrétion de chaque journaliste, se continuera jusqu'à
dimanche, semble-t-il.
Le président du Conseil de presse, Michel Roy, a indiqué
hier au Devoir qu'«en imposant à The Gazette un
éditorial transcanadien, CanWest enlève au seul quotidien anglophone
de Montréal une partie de son âme et aux journalistes qui le
font la liberté d'exprimer en éditorial le point de vue des
Montréalais de langue anglaise».
La nouvelle présidente de la FPJQ, Anne-Marie Dussault,
se dit d'avis que ce qui vient de se passer chez CanWest Global «ouvrira
les yeux à ceux qui ne voyaient pas les effets pervers de la concentration
des médias».
Elle fait remarquer qu'une telle pratique ne tient aucunement compte
des identités locales. Et si cette pratique se développe à
raison de trois éditoriaux par semaine, «c'est très inquiétant,
ajoute-t-elle. Cela veut dire que moins de journalistes et d'éditorialistes,
donc moins de points de vue, s'exprimeront».
Mme Dussault rappelle que la FPJQ doit se pencher la semaine prochaine
sur les suites à donner au timide rapport de la commission parlementaire
sur la concentration de la presse.
Aussi, «ce qui arrive à The Gazette, dit-elle,
devrait nous convaincre de l'importance de mettre en place des mesures pour
assurer la pluralité d'expression dans les médias».
La pensée unique
Jean-Robert Sansfaçon
LD - Le vendredi 07 décembre 2001
Éditorial - On savait que la concentration des
médias comportait des risques. En voici un exemple. Depuis hier, la
chaîne Southam News impose à la plupart de ses treize quotidiens
canadiens la publication d'un éditorial unique rédigé
de Winnipeg par le patron de la rédaction.
Du temps de Conrad Black, les journaux de Southam s'échangeaient
de l'information et partageaient les services d'une agence de nouvelles maison,
mais chacun conservait une autonomie relative de fonctionnement. Conrad Black
nommait les dirigeants, comme il se doit, mais il n'intervenait directement
ni dans la conduite quotidienne des salles de nouvelles ni dans la rédaction
des éditoriaux.
Depuis l'acquisition de Southam par CanWest, la famille Asper,
aussi propriétaire de la chaîne de télévision
Global, semble vouloir imposer sa philosophie de gestion mais aussi ses convictions
idéologiques. Et si l'on se fie au premier texte publié hier,
le moins que l'on puisse dire, c'est que l'orientation tranche avec celle
de l'équipe éditoriale de The Gazette.
On peut critiquer l'acharnement deThe Gazette à l'endroit
des nationalistes québécois, mais, en matière sociale,
ce journal ne peut pas être qualifié de libertarien, ce qui
est le cas de l'éditorial imposé par Southam. Qu'on en juge:
se présentant comme un mode d'emploi à l'intention du ministre
Paul Martin, l'éditorial propose des mesures pour rendre le Canada
plus performant: diminuer la dette, diminuer les dépenses, diminuer
les impôts et abolir la taxe sur le capital... Le genre de propositions
faciles, sans nuances, qu'on ne retrouve que dans la bouche des banquiers,
des Texans et des alliancistes.
En santé, en éducation et en matière de redistribution
de la richesse, la recette est tout aussi simple: encourager les dons de
charité. Or, quand on sait que les dons recueillis par les fondations
et les organismes de charité ne totalisent que 500 millions de dollars
par année au Québec en santé, en éducation et
pour venir en aide aux plus démunis, que les gouvernements consacrent
de leur côté pas moins de 40 milliards de dollars à ces
services, comment ne pas qualifier la position éditoriale de The
Gazette - pardon, de la famille Asper - de farfelue? Même une augmentation
de 100 % des dons privés ne permettrait pas de suivre la seule augmentation
prévue du coût des médicaments au cours des prochaines
années... Plus «songé» que ça, tu meurs!
D'ici quelques mois, Southam nous annonce qu'elle fournira trois
éditoriaux par semaine à ses quotidiens. Ce sont les lecteurs
de ces journaux qui doivent être contents d'apprendre que la pensée
éditoriale de leur quotidien sera dorénavant tricotée
à Winnipeg.
Pravda ou Izvestia?
Gil Courtemanche
LD - Le samedi 08 décembre 2001
Cette chronique pourrait aussi s'intituler: «C'est triste,
c'est horrible, c'est scandaleux, mais on n'y peut rien, alors passons à
autre chose», ou encore: «Comme de l'eau sur le dos d'un canard».
Vous êtes donc libres de choisir le titre que vous préférez,
mais pas le contenu qui suit. C'est un peu ce qui est arrivé au Canada
anglais jeudi matin quand, dans treize villes différentes, les lecteurs
de quotidiens ont pu choisir leur titre de journal mais pas le contenu de
l'éditorial principal. La chaîne Southam, propriétaire
entre autres de The Gazette, a décidé d'imposer le même
éditorial à tous ses journaux une fois par semaine avant de
passer à un rythme plus sérieux de trois fois par semaine.
Je ne peux m'empêcher d'entendre comme en rêve un brave camelot
soviétique crier: «Pravda, Izvestia! Pravda, Izvestia!»
Winnipeg, où trône le Politburo Asper, aussi propriétaire
de la chaîne de télé Global, est devenu le Kremlin du
Canada anglais.
Depuis des années, tous les politiciens et les régulateurs
du CRTC écoutent dans un silence poli, presque amusé, tous
ces «gauchistes» qui viennent évoquer devant eux les conséquences
possibles de la concentration de la presse, puis de ce qu'on appelle la convergence.
Or voilà qu'un baron, non un tsar de l'information, décide
de pousser un peu plus loin la logique interne qui gouverne la concentration
et la création de quasi-monopoles de l'information. Car après
tout, à quoi sert-il de posséder tant de journaux et de stations
de télévision si on ne peut pas, en plus de gagner de l'argent,
ordonner à des centaines de journalistes qui nous appartiennent d'être
plus gentils avec Jean Chrétien, un bon ami du Politburo Asper? Ne
sommes-nous pas dans un régime capitaliste qui respecte le droit à
la propriété, droit qui permet à un propriétaire
d'uniformiser ses produits, de les fusionner ou de les faire disparaître
au nom d'une quelconque rationalité économique? Depuis quand
la liberté d'entreprendre et de posséder doit-elle faire une
différence entre du papier couvert de mots et du papier d'emballage?
Bien sûr, on proteste. Les journalistes de The Gazette
ont fait la grève des signatures, geste qui les honore mais qui fait
moins de bruit que la grève sur le trottoir avec des pancartes. Mais
comment leur jeter la pierre, nous qui, souvent, avons dit: «C'est
triste... mais passons à autre chose.» Nombreux sont ceux qui
ont paradé au Salon rouge pour s'offusquer, se scandaliser, s'inquiéter
de la prise de contrôle de TVA par Le Journal de Montréal ou
de l'achat par Gesca des quotidiens, dont Le Soleil, qui appartenaient à
Conrad Black. Les députés ont écouté dans un
silence poli tous ces prophètes de malheur et ont accouché
d'un rapport aussi soporifique que timide qui concluait en disant plus ou
moins: «C'est triste... mais passons à autre chose.»
Les Péladeau ont moins de prétentions politiques
que les Asper mais ils poursuivent les mêmes objectifs de maximisation
des avantages économiques de la concentration. Ils le font en sourdine,
à petits pas, mais ils intègrent et rationalisent. Les salles
de rédaction, celles du site Internet Canoë, des journaux et
de TVA, sont de moins en moins étanches. Les divers produits convergent
pour se glorifier mutuellement, de telle sorte que les auditeurs de TVA ne
savent pas qu'il existe d'autres quotidiens au Québec que ceux de
Quebecor. Bientôt, en toute logique économique, on fera comme
les grands conglomérats anglophones qui, le même jour, offrent
aux lecteurs et téléspectateurs le même reportage sous
des formes légèrement différentes.
C'est triste... mais passons à autre chose.
Dans le même ordre d'idées mais dans un domaine tout
à fait différent, nous sommes témoins des conséquences
brutales de la concentration, quel que soit le champ d'activité. Air
Canada contrôle actuellement 80 % du marché des vols internes
au Canada. Dans la plupart des villes de taille moyenne comme Halifax, Chicoutimi,
Québec ou Regina, les voyageurs peuvent choisir entre Air Canada et
Air Canada. Un billet Montréal-Mont-Joli peut coûter près
de 800 $ et la compagnie a le culot de vous vendre une Labatt Bleue 5 $,
et encore faut-il qu'il y en ait. Récemment, sur un vol Bagotville-Montréal,
le monopole avait oublié de passer chez le dépanneur et ne
pouvait offrir aux passagers que des boissons gazeuses. Le commissaire aux
plaintes, l'ancien arbitre Bruce Hood, est submergé de plaintes, des
milliers de passagers pestent chaque jour. Air Canada n'a pas à s'en
soucier et toise avec mépris tout ce vulgaire bétail qu'elle
transporte où elle veut, quand elle le veut et comme il lui sied.
Quand l'entreprise avait acheté Canadien, des prophètes
de malheur avaient souligné aux autorités fédérales
les dangers d'un monopole de facto de l'espace aérien canadien. Le
gouvernement fédéral avait écouté poliment puis,
dans le secret du conseil des ministres, Jean Chrétien avait tranché.
L'air résigné, il avait dit: «C'est triste, mais on n'y
peut rien. Passons à autre chose.»
Les propriétaires de médias ne sont pas différents
des propriétaires d'avions. Ils poursuivent les mêmes objectifs
de domination des marchés. Ils n'aiment ni la diversité ni
la concurrence. Ce n'est pas qu'ils soient méchants. Ce sont tout
simplement des commerçants. Mais oui, M. Chrétien, mais oui.
M. Landry, je sais: il faut passer à autre chose.
Les éditoriaux imposés sèment l'indignation
à The Gazette
Louis Leduc
La Presse
Le samedi 08 décembre 2001
Après la publication cette semaine d'un éditorial
parachuté du siège social de CanWest à Winnipeg, voilà
que Peter Hadekel, l'éditorialiste en chef de The Gazette,
démissionne de son poste pour occuper d'autres fonctions au sein de
l'entreprise.
Il a été impossible hier de joindre M. Hadekel, en
vacances jusqu'au 17 décembre. La note affichée au babillard
de la salle de rédaction précise que M. Hadekel laisse ses
fonctions de son propre gré, suivant son désir exprimé
il y a quelques semaines «de relever de nouveaux défis».
Ces nouveaux défis consisteraient en la rédaction d'une nouvelle
chronique sur les relations entre Ottawa et les provinces canadiennes.
Les journalistes n'ont pas tardé à faire le lien
entre la décision de leur confrère et les pressions dont l'équipe
éditoriale et la salle de rédaction disent faire l'objet depuis
quelques mois. Textes censurés ou non publiés, caricature sur
la controverse au sein de l'entreprise refusée.
Selon le journaliste Alex Norris, il ne fait aucun doute que le
geste de Hadekel «en est un de protestation. Le fait qu'il ait demandé
à être muté il y a quelques semaines n'est pas étonnant.
Il a très bien senti, comme nous, ce qui se tramait. Déjà,
le 11 août, CanWest nous avait imposé un éditorial qui
faisait valoir que le Canada devrait toujours être du côté
d'Israël, peu importe ses répliques. Et si Israël décidait
de lancer une bombe à neutrons, le Canada devrait aussi approuver,
vraiment?» demande Alex Norris.
Les journalistes de la salle préparent actuellement un texte
qu'ils souhaitent reproduire sous peu dans leur quotidien. Le texte vise
à dénoncer l'abus de pouvoir et l'atteinte à la liberté
de la presse qu'ils reprochent à leurs propriétaires.
«CanWest possède 15 grands journaux au Canada, explique
William Marsden, journaliste chevronné. Que tous ces journaux soient
contraints de publier, jusqu'à 156 fois par an, un même éditorial,
réduit dangereusement la diversité des opinions auxquelles
sera exposé le grand public. Sur chacun des sujets sur lesquels elle
se prononçait, l'équipe éditoriale y allait au préalable
de grandes discussions sur le point de vue à adopter. Une bonne part
de ces nécessaires débats disparaissent aujourd'hui avec tous
ces éditoriaux qui nous viendront de Winnipeg. La salle de rédaction
n'est pas plus à l'abri: la famille Asper, propriétaire de CanWest,
est très amie avec Jean Chrétien. Nous ne pouvons donc pas
le critiquer ni même parler de la récession.»
Hier, l'éditeur de The Gazette a par ailleurs avisé
les journalistes qu'il ne tolérerait plus la grève de signatures,
entreprise jeudi en guise de protestation. Ce matin, les articles devraient
donc être de nouveau signés, mais un grief sera déposé.
Le syndicat considère en effet que la grève de signatures est
un droit inscrit dans sa convention collective et que l'actuelle atteinte
à la liberté de la presse justifie d'emblée le recours
à ce moyen de pression.
Un simple «travail d'édition»
Joint à Winnipeg, Murdoch Davis, éditeur en chef
de Southam News (la composante «information» de CanWest), dément
en bloc toutes les accusations des journalistes. «Les critiques qu'ils
font n'ont rien à voir avec la censure, mais tout à voir avec
un simple travail d'édition, qui se fait dans tous les journaux, insiste-t-il.
Il arrive souvent que des caricatures soient refusées, et que des
gens se fassent dire de corriger leurs textes.»
Des chroniqueurs peuvent critiquer Israël, des textes peu
flatteurs sur le gouvernement de Jean Chrétien peuvent être
publiés, «à condition que ces textes reposent sur des
faits», relève M. Davis.
Les journalistes de The Gazette pourront-ils publier dans
leurs pages un texte expliquant leur position, comme cela se fait parfois
dans les journaux du Québec? «Non, ce n'est pas une tradition
au Canada anglais.»
Quant au fait que l'éditorialiste en chef démissionne
aujourd'hui en pleine controverse, M. Davis soutient qu'il ne s'agit que
d'une pure coïncidence.
Aucun patron de The Gazette n'a rappelé La Presse.
Southam's national editorial policy comes under fire
By ELIZABETH CHURCH
G&M - Friday, December 7, 2001 - Page A12
A decision by the Southam newspaper chain to regularly run the
same editorial in its major dailies nationwide has led to a protest by journalists
in its Montreal newsroom and given new ammunition to those worried about
the concentration of media ownership.
"This could be seen as a dangerous development," said Peter Desbarats,
the former dean of journalism at the University of Western Ontario. "It's
a significant loss of editorial independence and a lessening of editorial
diversity in the country."
The first of the new opinion pieces, written by Southam News editor-in-chief
Murdoch Davis, appeared at the top of the editorial page in 13 Southam papers
yesterday. A story introducing the national editorials also ran.
The piece also ran on the Comment page in the Toronto edition of
the National Post with a credit to Southam News.
Reporters at the Montreal Gazette protested against the
new policy by removing their names from stories yesterday, and many plan
to continue to do so until Monday.
"We're skittish about anything that smacks of corporate centralization.
I think journalists have always been skittish about that," reporter Doug
Sweet said.
Yesterday's editorial called on the federal government to make
changes in next week's budget that would make the Canadian economy "more
competitive than any in the world."
About half the piece was devoted to the tax treatment of donations
to private charitable foundations.
The Asper family holds a controlling interest in CanWest Global
Communications Corp., which owns the Southam chain. The family also has its
own private charitable foundation.
In an interview yesterday, Mr. Davis described the new initiative
as an expansion of the content provided by the news service to its papers.
"Some issues have to be examined from the point of view of what's
overall in the interests of Canada and advancing Canada as a nation. Always
just expressing regional concerns doesn't necessarily do that."
Mr. Davis said the point of view expressed yesterday did not come
directly from the Aspers. "There was not a huge involvement of the proprietors
in this," he said. "But I don't think anybody needs to be naive. Proprietors
take an interest in their business, but this was not as dictated by the proprietors."
Others yesterday were unwilling to make such distinctions.
"I think it's a blatant and very worrisome self-interested effort
to pressure the government into furthering a corporate goal," said John Miller,
director of newspaper journalism at Ryerson University. "I think it's lamentable
that the Aspers are using their papers for this purpose."
John Urquhart, executive director of the nationalist lobby group
the Council of Canadians said the move to national editorials by Southam
is indicative of a one-size-fits-all kind of journalism that was bound to
happen with increasing concentration of media control. "This was a bit predictable,"
he said.
Mr. Davis said there is no reason to think the national editorials,
which for now will run once a week but could increase to three times each
week, will stifle local, or diverse views.
Montreal Gazette editor Paul Stockland agreed. He said he
and other editors in the Southam chain will have input into national editorial
policy.
Les ordres viennent de Winnipeg
Yves Boisvert
La Presse
Le vendredi 07 décembre 2001
Depuis hier, le plus vieux journal de Montréal est officiellement
sous une tutelle intellectuelle à partir de... Winnipeg.
Le nouveau propriétaire de la chaîne Southam News
(à qui appartient The Gazette), CanWest Global, a décidé
d'imposer dans les 13 grands quotidiens de la chaîne (sauf le National
Post) un éditorial par semaine sur un sujet d'importance. Le plan
est de passer à trois par semaine dans les prochains mois.
Hier donc, à Calgary, à Edmonton, à Vancouver,
à Ottawa et à Montréal, les lecteurs des journaux Southam
ont pu lire un texte qui prodigue quelques conseils au ministre des Finances
Paul Martin sur le prochain budget fédéral.
Le texte est signé Murdoch Davis, le rédacteur en
chef de la chaîne, basée à Winnipeg. Il recommande essentiellement
une chose: rendre plus avantageuses les donations aux fondations privées.
Tiens donc, les Asper eux-mêmes ont mis sur pied de telles organisations
de charité.
Faut-il modifier les lois fiscales pour encourager de telles fondations?
La question n'est même pas là: la famille Asper a un intérêt
personnel direct dans cette «cause». Comme premier éditorial
«officiel», disons que ça laisse d'assez énormes
traces de sabots...
«Chaque semaine, The Gazette publie environ 20 éditoriaux
et 50 autres textes d'opinion, réplique Davis. On ne parle pas d'une
grosse intrusion.»
Si l'on passe d'un à trois, si tous les sujets importants
sont traités au siège social, il ne restera plus aux éditorialistes
de The Gazette qu'à parler de la taxe d'eau et du virage à
droite.
Pire: CanWest ne se contente pas de centraliser l'éditorial.
Ils contrôlent également les réactions. Les administrateurs
de The Gazette se sont fait ordonner par Winnipeg de ne plus passer
de texte d'une association musulmane qui critiquait le projet de loi C-36.
Les positions qui paraissent trop pro-palestiniennes ne sont pas les bienvenues
non plus.
«Je me considère moi-même comme un sioniste,
mais j'estime que les points de vue pro-palestiniens et même anti-israéliens
doivent trouver leur place dans le journal; à quoi sert un journal,
sinon à l'échange libre des points de vue?» me dit Aaron
Derfel, journaliste à The Gazette.
«Je ne suis pas tout le temps d'accord avec nos éditoriaux,
loin de là, mais ils sont faits ici, notre équipe a souvent
gagné des prix de journalisme, et ils devront maintenant suivre la
ligne de pensée imposée par ces éditoriaux», dit-il
aussi.
Certains ont appelé cela «les conséquences
de la concentration de la presse». J'y vois plutôt les conséquences
d'une très mauvaise décision. Y compris au plan des affaires.
Beau message envoyé aux lecteurs, à leur «communauté».
C'est une décision impossible à prendre sans la concentration,
bien entendu. Mais du point de vue des journaux, CanWest est moins «concentrée»
que ne l'était Hollinger, de Conrad Black, qui détenait plus
de titres encore avant d'en vendre une partie à CanWest Global.
En fait, les 13 journaux visés par cette politique étaient
pour la plupart déjà regroupés au sein de Southam il
y a 20 ans, bien avant l'ère Black.
La nouveauté ne réside donc pas dans une plus grande
concentration, il s'agit plutôt du contrôle par la famille Asper,
des gens qui n'ont pas la moindre expérience des journaux. Et, soyons
polis, sans grande subtilité.
Southam, avant Conrad Black, avait une politique pratiquement de
laisser-faire dans ses journaux quant à l'éditorial. La raison
principale étant que chaque éditeur «local» est
le mieux en mesure de choisir ses batailles.
Conrad Black, dont les opinions politiques sont très tranchées,
a placé son monde dans «ses» journaux, il ne s'est jamais
gêné pour imprimer ses opinions dans les pages d'opinion, mais
enfin, il sait ce qu'est un journal et n'allait pas se mêler d'imposer
un éditorial «national» dans chaque journal local. Les
opinions du Calgary Herald n'avaient pas grand-chose à voir avec ce
qui pouvait se lire dans Le Soleil du temps où M. Black en était
le propriétaire. Il concentrait son effort politique dans le National
Post, dont l'équipe éditoriale a plaidé avec acharnement
pour les idées du propriétaire.
Arrivent Izzy Asper et ses fils, une famille politiquement aussi
rouge qu'un camion de pompiers. Le père jure qu'il n'entend pas intervenir
dans les choix éditoriaux, etc. Mais quelques mois après la
transaction, dès le mois de mars 2000, David Asper, un des fils du
président, se fend d'un long article imprimé dans le National
Post et ailleurs pour se plaindre de la façon dont Jean Chrétien
avait été traité dans les médias, et en particulier
dans le Post, qui a mené l'enquête dans ce qu'on a appelé
le «Shawinigate»: des entreprises proches du Parti libéral
ou de M. Chrétien avaient obtenu des prêts généreux
du gouvernement.
Les journalistes ont protesté contre cette dénonciation
de David Asper, y compris dans les pages du Post, et les Asper se
sont faits plus discrets.
Mais voilà qu'ils remettent ça avec l'éditorial
«unique». Les journalistes protestent en faisant la grève
des signatures.
«Historiquement, nous avons défendu des positions
parfois raisonnables, parfois farfelues, mais enfin, c'étaient les
nôtres, dit un insider. Et si vous recensez les éditoriaux des
deux derniers siècles, vous apprendrez quelque chose de la communauté
anglophone de Montréal. Nous serions maintenant condamnés à
l'insignifiance.»
Maintenant, à ce qu'il paraît, orders come from Winnipeg.
Je serais étonné que les Anglo-Montréalais, fort jaloux
de leur identité, apprécient la nouvelle.
Le journalisme canadien attaqué
LP - Le mardi 11 décembre 2001
Le texte suivant a été cosigné par
les journalistes suivants de The Gazette: Bernard Perusse, Jay Bryan,
Lynn Moore, Mike Boone, Sheila McGovern, Irwin Block, Alexander Norris, Kevin
Dougherty, Monique Beaudin, Charlie Shannon, Andy Riga, George Kalogerakis,
Peggy Curran, Julian Armstrong, Basem Boshra, Nick Van Praet, Eva Friede,
Sheila Scott, Sue Montgomery, Mark Abley, Leigh Edwards, Paul Delean, Michelle
Sarrazin, Richard Arless, Lisa Fitterman, Linda Gyulai, William Marsden,
Jan Ravensbergen, Matt Radz, Jeff Heinrich, Jane Davenport, Mike King, Kazi
Stastna, Marilyn Mill, Marie Cuffaro, Philip Authier, Paul Cherry, John Kenney,
Francois Shalom, Ani Cioffi, Mary Lamey, Michelle Lalonde, Charles Shannon,
Levon Sevunts, Terry Mosher, Alan Hustak, T'cha Dunlevy, Jeanine Lee, Susan
Schwartz, John Griffin, Lynn Farrell, Aaron Derfel, Doug Sweet et Harvey
Shepherd.
Pendant deux jours la semaine dernière, plusieurs journalistes
de The Gazette, à Montréal, ont refusé de signer
leurs articles. Il s'agissait d'un geste de protestation contre la décision
de la chaîne Southam de forcer ses 12 principaux journaux à
publier des «éditoriaux nationaux» écrits à
Winnipeg, au siège social de leur propriétaire, CanWest Global
Communications. Le premier de ces éditoriaux a été publié
la semaine dernière. Le prochain sera publié jeudi.
À notre avis, CanWest tente ainsi de centraliser la diffusion
d'opinions au sein de ses journaux afin de mieux servir ses intérêts
comme entreprise. Au lieu d'offrir du contenu additionnel au public canadien,
cette nouvelle politique éliminera pratiquement l'autonomie des équipes
éditoriales des différents journaux Southam et réduira
ainsi la diversité d'opinion et la qualité du débat
offert, jusqu'à maintenant, aux lecteurs de partout au Canada.
CanWest a exprimé son intention de publier, dans un premier
temps, un éditorial national hebdomadaire dans tous les principaux
journaux de Southam. Ensuite, le nombre augmentera à trois éditoriaux
par semaine.
Chaque éditorial établira une ligne politique que
les équipes d'éditorialistes au sein de chaque journal seront
obligées de suivre. En pratique, ceci signifie que CanWest imposera
désormais sa propre politique éditoriale à tous ses
journaux sur les questions d'ordre national. Cette politique ne pourra que
miner l'indépendance des éditorialistes et réduire la
variété d'opinions, les débats et limiter la gamme de
discussions offertes à l'heure actuelle aux Canadiens.
Moins de crédibilité
Les équipes éditoriales de chaque journal existent
pour débattre des questions d'intérêt public, atteindre
un consensus et ensuite présenter leur raisonnement au public. Ces
équipes doivent, en principe, être libre de ne pas défendre
ou promouvoir les intérêts particuliers de leurs propriétaires.
Cet élément crucial du débat journalistique est remis
en question lorsque les éditoriaux sont dictés directement
par le siège social.
Selon nous, ce processus de centralisation affaiblira la crédibilité
de tous les journaux Southam. Le premier éditorial «national»
paru la semaine dernière, par exemple, encourageait le gouvernement
fédéral à réduire et, plus tard à éliminer,
l'imposition des gains en capital des fondations privées. Est-il déraisonnable
pour un lecteur de conclure que cet éditorial ne fait que servir les
intérêts de la fondation gérée par la famille
Asper, qui est propriétaire de CanWest et de Southam? La crédibilité
est l'atout le plus précieux que possède un journal. Lorsqu'on
tente ainsi de profiter du pouvoir de la presse, cette crédibilité
disparaît.
Les journalistes ont le devoir d'être fidèles à
leurs lecteurs. Notre responsabilité est de chercher la vérité,
d'encourager un débat libre sur toute une gamme de questions et de
présenter des reportages et des idées de la façon la
plus dynamique possible. Des pressions flagrantes exercées par CanWest
sur les rédacteurs ont nuit à ce processus au sein de plusieurs
journaux importants à travers le Canada. L'entreprise est en train
de limiter le débat et de corrompre à la fois la couverture
des nouvelles et leur interprétation par les éditorialistes,
afin de servir ses intérêts.
La presse n'est plus libre lorsque des voix divergentes disparaissent.
Or, le gouvernement fédéral a récemment permis à
deux grandes sociétés privées, CanWest et BCE Inc.,
de faire mainmise sur les principaux médias privés de télévision
et sur les principaux quotidiens du pays. Le temps est venu pour une enquête
approfondie sur cette situation périlleuse.
How CanWest is threatening press freedom
G&M Tuesday, December 11, 2001 - Page A27
For two days last week, many reporters at The Gazette
in Montreal removed their names from the articles they wrote. It was a protest
against the decision by Southam News to force 12 of its major metropolitan
newspapers to run "national editorials" written at the Winnipeg corporate
headquarters of parent company CanWest Global Communications Corp. The first
was published last week. Another is to run Thursday.
We believe this is an attempt to centralize opinion to serve
the corporate interests of CanWest. Far from offering additional content
to Canadians, this will practically vacate the power of the editorial boards
of Southam newspapers and thereby reduce the diversity of opinions and the
breadth of debate that to date has been offered readers across Canada.
CanWest's intention is initially to publish one national editorial
a week in major Southam newspapers. This will eventually become three a week.
More important, each editorial will set the policy for that topic
in such a way as to constrain the editorial boards of each newspaper to follow
this policy. Essentially, CanWest will be imposing editorial policy on its
papers on all issues of national significance. Without question, this decision
will undermine the independence and diversity of each newspaper's editorial
board and thereby give Canadians a greatly reduced variety of opinion, debate
and editorial discussion.
Editorial boards at each newspaper exist to debate public policy
issues, reach a consensus and then present the reasoning to the public. They
are designed to be largely free of corporate interests. This crucial process
of journalistic debate is undermined by editorials dictated by corporate
headquarters.
We believe this centralizing process will weaken the credibility
of every Southam paper. Last week's first editorial, for example, calls on
the federal government to reduce and eventually to abolish capital gains
taxes for private foundations. Who would blame a reader for thinking the
editorial simply serves the interests of the foundation run by the Asper
family, owners of CanWest and Southam? Credibility is the most precious asset
a newspaper possesses. When the power of the press is abused, that credibility
dies.
Journalists have a duty to be faithful to the interests of their
readers. Our responsibility is to seek the truth and encourage freewheeling
debate on a full range of issues and present stories and ideas in as dynamic
a way as possible. Blatant pressures applied to editors by CanWest have damaged
this process at major newspapers across Canada. The company is narrowing
debate and corrupting both news coverage and commentary to suit corporate
interests.
A free press is no longer free when competing voices disappear,
yet the federal government has recently permitted two large corporations,
CanWest and BCE Inc., to secure a stranglehold on Canada's major, privately-operated
television and newspaper outlets.
It is time for a thorough inquiry into this dangerous situation.
Signed by 55 journalists from the Montreal Gazette :
Bernard Perusse, Jay Bryan, Lynn Moore, Mike Boone, Sheila McGovern,
Irwin Block, Alexander Norris, Kevin Dougherty, Monique Beaudin, Charlie
Shannon, Andy Riga, George Kalogerakis, Peggy Curran, Julian Armstrong, Basem
Boshra, Nick Van Praet, Eva Friede, Sheila Scott, Sue Montgomery, Mark Abley,
Leigh Edwards, Paul Delean, Michelle Sarrazin, Richard Arless, Lisa Fitterman,
Linda Gyulai, William Marsden, Jan Ravensbergen, Matt Radz, Jeff Heinrich,
Jane Davenport, Mike King, Kazi Stastna, Marilyn Mill, Marie Cuffaro, Philip
Authier, Paul Cherry, John Kenney, Francois Shalom, Ani Cioffi, Mary Lamey,
Michelle Lalonde, Charles Shannon, Levon Sevunts, Terry Mosher, Alan Hustak,
T'cha Dunlevy, Jeanine Lee, Susan Schwartz, John Griffin, Lynn Farrell, Aaron
Derfel, Doug Sweet, Harvey Shepherd, Janet Bagnall
A distinct voice
Anglo Quebec views need to be accommodated in editorial columns
DON MACPHERSON
Montreal Gazette
Thursday, December 13, 2001
We Quebec anglophones are not like other English-speaking Canadians,
forming a distinct society of our own.
Obviously, more of us are bilingual. In fact, it is hard to think
of another English-speaking community of its size anywhere in the world that
has such a high proportion of its members who are bilingual.
Our behaviour has also been influenced by contact with our French-speaking
friends, neighbours and work colleagues. A recent example is the response
of journalists at The Gazette to the introduction of a new "national
editorial" by the newspaper's owners, the Southam chain.
As are other large Southam dailies, this newspaper is required
to run the national editorials. They are written by or under the supervision
of the editor in chief of the Southam News service, Murdoch Davis, who is
based at the Winnipeg head office of CanWest Global Communications. They
are appearing weekly at first, increasing in frequency to three times a week
over the course of next year.
Some journalists at The Gazette believe the new policy
reduces the traditional editorial autonomy of the Southam dailies. For two
days last week, some of them protested by having their bylines removed from
their stories. Some also signed a public letter of protest against the policy.
It's not just a coincidence that the strongest and most immediate
reaction against the policy within the Southam organization came from its
newspaper in Quebec. It was a typical reaction for journalists in this province,
who are quick to sound the alarm publicly at any perceived threat to the
independence of their newsrooms. Gazette journalists are very much
members of the English-speaking community, but their response to the policy
reflected the influence of daily contact with their French-speaking colleagues.
There is another obvious way in which Quebec anglophones are
different from other English-speaking Canadians: we are a minority, and one
whose voice within the parliamentary system has been further weakened by
certain current political realities, namely the need to sacrifice our other
interests to preserve national unity.
That is why our community needs strong institutional voices to
speak for it outside the walls of Parliament or the National Assembly. And
the loudest of these voices is The Gazette.
This institutional voice could be weakened by the new Southam
policy. Davis says the Southam dailies "should not contradict the core position
of the national pieces" in editorials of their own. This is even if their
editorial boards, made up of members of the community they serve, are convinced
that the position in the national editorials is contrary to the wishes and
interests of their readers. And regional differences are the very reason
Canada is organized politically as a federation rather than a unitary state.
The editors of the local dailies will be consulted on the national
editorials, but Davis will have the final say on their content. And the dailies
can publish signed opinion pieces by individuals, including members of their
editorial boards, dissenting from the national editorial. But in Quebec society,
an op-ed column does not carry the same weight as an editorial representing
the official position of a newspaper that is the loudest voice of the community
it serves. And one can easily imagine The Gazette's editorial silence
on a question being interpreted as acquiescence by Quebec's English-speaking
community.
It's not just a coincidence that the radio and television stations
that overwhelmingly dominate the English Montreal market are the ones with
the strongest local identities. They are perceived as much more than just
local branches of the national networks of which they are members. A policy
that reduces the local daily's freedom to decide for itself where the interests
of its readers lie would be bad for business.
But a uniquely Canadian policy that allows for editorials written
from both local and national viewpoints, and occasional lively disagreement
between the two, could be good for business. The Gazette's editorial
space should be big enough for both.
The case for national editorials
David Asper
Montreal Gazette
Friday, December 14, 2001
(The following is an edited excerpt of a speech delivered in
Oakville, Ont., yesterday.)
It has been said over and over that our world changed after Sept.
11, and we have felt those changes in our business as much as any other.
But, if you believe what our competitors have been saying about us over the
past week, an equally horrifying event occurred when, through our Southam
News Service, we introduced national editorials in our papers across the
country.
For those of you who actually have better things to do than read
irrational tirades in the Toronto Star , Toronto Globe and Mail
or Toronto Sun , this is what we are doing.
Starting last Thursday, major Southam daily newspapers will be
carrying a lead editorial written or assigned by the editor-in-chief of Southam
News. The frequency of these comments will increase eventually to three times
per week, as we expand the editorial base in Winnipeg and across the country.
Last week, we expressed the view that Finance Minister Paul Martin
ought to end the discriminatory tax treatment of public vs. private charities.
Snide news reporting of the editorial attempted to discredit it and prove
a conflict of interest because of Asper family activities. It is true that
my family is heavily involved in private charities, along with about 3,000
other like-minded Canadians. When did it become wrong to promote the value
of charitable giving in Canada and equal tax treatment of public and private
charities? Instead of agreeing with the principle of the editorial, our critics
can do no better than set my family up as some kind of evil bogeyman.
Yesterday's national editorial speaks of the utility of considering
a private component to Canadian health care.
If you believe the nonsense uttered by our competitors, you must
believe that we, the proprietors, have no business expressing a view in a
newspaper.
According to them, by distributing these editorials, we have
brought the entire world of freedom of expression to a crashing halt. They
would have you believe that owners should either never contribute material
or that if they do, it should be done under a cloak of secrecy with a nudge-nudge
to our editors.
This, of course, is ridiculous.
In our view, national editorials are an important part of our
organization, sometimes behaving occasionally as a linked - converged, if
you like - national organization.
While our local editors overwhelmingly fill their papers with
local editorial views and op-ed columns, and will continue to do so, there
is a good reason to also publish a national view from time to time. One that
is independent of purely regional interests and looks at what's best for
the nation as a whole rather than local or regional communities.
One such time, in our view, was when Winnipeg lost, for blatant
political reasons having to do with buying off voters in Quebec, an enormous
economic opportunity to house the CF-18 aircraft-maintenance contract for
the Canadian Forces. The deal went to Quebec, and we would have eagerly published
a view in The Gazette that questioned the value of ongoing centralization
of economic opportunity in Quebec and Ontario vs. the idea of building up
the nation from coast to coast, giving places like Winnipeg their fair share
of the federal pie.
I seriously wonder whether all the fuss is really about the growth
of a Western-based source of opinion that is now being fed to the east. I
mean, God forbid that a national point of view should come from anywhere
but Toronto, Ottawa or Montreal!
How can it possibly be the case that an addition to the voices
within the marketplace of ideas is a bad thing? Our editorials are designed
to do just that. Our critics would have Canadians believe that their freedom
of expression is paramount to mine just because I am part of a group that
owns the newspaper. It is an insidious position, and instead of criticizing
us, Canadians ought to be damned concerned about so-called protectors of
free speech calling for such censorship.
Since when do reporters at The Gazette have a right of
free speech that is greater than that of anyone else? They have launched
a childish protest, with all of the usual self-righteousness, and have been
joined by the Communication Energy and Paperworkers union and its political
proxy, the NDP. One or more of our staff at The Gazette betrayed our
organization by leaking information to our competitors the night before we
published. That person or persons violated our trust, and there can be no
legitimate claim that some greater good was being served.
But even if it were, civil disobedience is fine so long as the
perpetrator is prepared to accept the consequences of his or her actions.
Our courageous Gazette leakers remain underground, and this is part
of the ongoing pathetic politics of the Canadian left. If those people in
Montreal are so committed, why don't they just quit and have the courage
of their convictions? Maybe they should go out and, for the first time in
their lives, take a risk, put their money where their mouth is and start
their own newspaper? Maybe their great union should help them out. But that
won't happen, because with less than 10 per cent of Canadians supporting
the political left, the reality is that there are very few who want to consume
such feeble patter.
Yes, to paraphrase the rock music group R.E.M., I can say to
our critics, and especially to the bleeding hearts of the journalist community,
that: it's the end of the world as they know it; it's the end of the world
as they know it; it's the end of the world as they know it, and I feel fine.
You have our promise that we will serve our readers well. And
I can assure you we fully intend to ignore the rest of the riff raff who,
I suggest, are motivated by selfishness and perhaps a fear that they are
not able to keep up with our drive for excellence.
- David Asper is chairman of the publications committee of CanWest
Global Communications Corp., which owns The Gazette.
The Gazette: le débat s'amplifie
Louis-Gilles Francoeur
LD - Le lundi 17 décembre 2001
Trois anciens rédacteurs en chef du quotidien The
Gazette, qui ont dirigé ensemble les équipes éditoriales
de 1977 à 1996, ont pris position en fin de semaine contre la décision
de CanWest Global d'imposer une fois par semaine un éditorial unique
dans les 14 quotidiens que possède l'empire dans tout le Canada.
Leur texte a été d'abord publié dans le
Globe and Mail , puis dans The Gazette hier.
D'autre part, l'éditeur de The Gazette, Peter Stockland,
a publié, tard vendredi dernier, une note de service dans laquelle
il menace ses journalistes de congédiement s'ils dérogent à
leur obligation prépondérante de «fidélité
envers l'employeur».
La veille, David Asper, le président des publications
de CanWest Global Communications, invitait lui aussi les mécontentsà
prendre la porte et attaquait du même coup trois grands quotidiens
torontois, The Globe and Mail , le Toronto Star et The Sun,
dont il a qualifié les positions éditoriales en faveur de la
liberté et de la diversité d'opinion de «tirades irrationnelles».
Les trois quotidiens torontois, tout comme les journalistes de
The Gazette, perçoivent comme une menace à la
diversité et à la liberté d'opinion la décision
de CanWest de publier chaque semaine un même éditorial dans
ses 14 quotidiens. Le nombre de ces éditoriaux sera porté à
terme à trois par semaine.
Pour les trois anciens éditeurs de The Gazette,
Joan Fraser (1993-96), Norman Webster (1989-93) et Mark Harrison (1977-89),
il sera non seulement difficile aux éditorialistes de chacun des journaux
de la chaîne d'exprimer des points de vue différents de ceux
du holding et de ses propriétaires, mais, à terme, la marge
de manoeuvre des éditorialistes locaux est menacée: «Comme
ces éditoriaux vont couvrir un nombre croissant de sujets d'intérêt
public, le nombre de sujets que les éditoriaux locaux vont pouvoir
aborder librement va diminuer considérablement», écrivent-ils
dans un texte conjoint.
Se disant «fermement opposés à la décision
de CanWest Global», les trois détenteurs de la tradition éditoriale
attaquent les arguments de David Asper, selon qui un média d'information
est une entreprise comme les autres. Pour les trois anciens éditeurs,
l'imposition de ces éditoriaux uniformes «va avoir pour résultat
de réduire la vigueur des débats publics» si CanWest
ne prend pas tous les moyens pour assurer l'autonomie complète de
ses 14 équipes éditoriales.
Les journalistes de The Gazette, les seuls du réseau
de CanWest à avoir protesté par une grève des signatures
de deux jours, ont accusé plus durement, sinon avec panique, le coup
de la note de service de vendredi soir.
Cette note de service survient juste après que plus de
60 journalistes de The Gazette eurent signé une lettre ouverte
pour dénoncer la nouvelle politique éditoriale uniformisée.
Quelques-uns ont néanmoins osé transmettre le document aux
concurrents...
Les deux signataires, Peter Stockland et Ray Brassard, affirment
que les journalistes sont d'abord des «employés d'une compagnie»
comme les autres et que le Code civil oblige tout employé à
«ne pas faire usage de l'information à caractère confidentiel
qu'il obtient dans l'exécution de son travail».
«Au cours de la dernière semaine, soutiennent les
deux patrons, certains journalistes de The Gazette ont violé
cette interdiction concertant l'utilisation d'informations confidentielles.
Ils ont passé outre à l'interdiction de faire usage d'informations
concernant les salariés de cette compagnie; des déclarations
ont été faites à d'autres médias, ce qui contrevient
à l'obligation légale de fidélité première
à son employeur. La jurisprudence prévoit des sanctions comprenant
la suspension ou même le congédiement pour ceux qui persistent
à négliger leurs obligations envers l'employeur.»
La direction englobe dans les actes répréhensibles
tout ce qui touche les informations relatives aux décisions de la
direction, leur remise en question publique ou le fait d'attribuer aux propriétaires
des «arrière-pensées»; ou encore le fait de «porter
atteinte délibérément à la santé financière
du journal ou à sa réputation».
«Il n'existe pas un droit de travailler pour The Gazette
, concluent les deux patrons. Il s'agit d'un privilège avec tout ce
que cela implique dont Le Devoir de prudence, d'assiduité,
d'honnêteté et de fidélité à l'employeur.»
Du côté de la Montreal Newspaper Guild, John Belcarz
précisait hier que les avocats avaient été saisis des
derniers événements pour déterminer exactement la marge
de manoeuvre des journalistes et syndiqués. D'ici à ce que
ces avis soient connus, les journalistes sont invités à se
conformer aux règles de la note de service.
Les journalistes, on s'en souviendra, ont fermé leur site
Internet, décrit comme instrument d'insubordination dans la note de
service de vendredi. Mais le syndicat étudie la possibilité
d'utiliser son site Internet en lieu et place.
Mais les journalistes, s'ils ont rengainé leur site, n'ont
pas pour autant avalé leur langue. Les fuites se multiplient. Un journal
de l'ouest de l'île a raconté que le caricaturiste Aislin avait
été censuré. Sa caricature portait sur l'arrivée
des encycliques CanWest dont les équipes éditoriales vont devoir
faire l'exégèse hebdomadaire pour répandre la bonne
parole...
Plusieurs racontent que le chroniqueur Don MacPherson a été
obligé de remanier une chronique qui portait sur toute l'affaire des
éditoriaux uniformes. Une autre journaliste, Peggy Curran, aurait
été obligée de modifier un article sur un reportage
de la CBC portant sur les pressions subies par les journalistes de la part
des Israéliens pour le présenter comme biaisé... Dans
un article paru dans Libération samedi, un des grands journalistes
d'enquête du Québec, William Marsden, y affirme que les patrons
interfèrent dans les articles qui heurtent certaines personnalités
politiques: «C'est la Pravda!», à son avis.
Dans son discours devant les gens d'affaires d'Oakville, jeudi
dernier, David Asper se plaint lui aussi de ce que la presse anglophone,
y compris une partie de la sienne, veuille le «censurer»!
«Toutes ces fuites, dit-il, du côté de
The Gazette, demeurent anonymes et cela fait partie des vieilles politiques
pathétiques de la gauche canadienne. Si tous ces gens à Montréal
sont si motivés, pourquoi ne démissionnent-ils pas et n'ont-ils
pas le courage de leurs convictions.»
Quant au Toronto Star , il publiait en fin de semaine
un commentaire incisif de John Miller, directeur du département de
journalisme de l'Université Ryerson. Miller relève le fait
que le premier éditorial «uniforme» de Canwest Global
de la semaine dernière réclamait une réduction des infrastructures
publiques en santé au profit d'exemptions fiscales pour les fondations
privées, qui pourraient alors investir massivement dans les écoles
et les hôpitaux. L'éditorialiste avait cependant omis de dire,
note Miller, que CanWest Global dirige plusieurs fondations qui tireraient
grand profit d'une telle politique, tout comme on peut remettre en question,
dit-il, la volonté de cette compagnie d'aligner la couverture journalistique
des dossiers en faveur d'Israël.
Le Canada anglais, conclut cet auteur réputé, récolte
aujourd'hui les fruits empoisonnés de la concentration des médias,
qu'il n'a jamais osé contrôler au nom des valeurs sociales,
une politique copiée aussi par Québec qui s'en remet à
«l'éthique capitaliste» des conglomérats.
Document:
Les journalistes de The Gazette muselés
Raymond Brassard
Peter Stockland
LD - Le lundi 17 décembre 2001
Opinion - Nous publions ci-dessous la version intégrale
d'une note de service distribuée vendredi dernier aux employés
du journal The Gazette, de Montréal. Cette note fait suite
à la controverse suscitée par la décision des nouveaux
propriétaires du seul quotidien montréalais de langue anglaise,
CanWest Global Communications, de publier une fois par semaine un éditorial
commun aux 14 journaux de la chaîne Southam au Canada. L'opinion défendue
dans cet éditorial, rédigé à Winnipeg, devient
l'opinion de tous les journaux de la chaîne. L'équipe éditoriale
de chaque journal est tenue de s'y conformer. La semaine dernière,
le 11 décembre, 55 journalistes de The Gazette ont dénoncé
cette décision dans une lettre ouverte publiée par plusieurs
quotidiens. Ce document, que nous publions afin de favoriser un débat
éclairé, nous est parvenu par l'entremise d'une source indirecte
et non pas par l'entremise d'un employé de The Gazette. La
traduction de ce texte en langue française a été réalisée
par Le Devoir .
Les événements de la semaine dernière ont
suscité controverse et émotion au sein de notre salle des nouvelles.
Aujourd'hui, le moment est venu pour chacun de prendre du recul, de prendre
une grande respiration et de rétablir l'équilibre entre nos
convictions et nos obligations. Le texte qui suit a pour but de définir
les frontières qui séparent nos droits et nos devoirs lorsque
l'on travaille à The Gazette.
La liberté d'expression et la liberté de presse
sont des principes d'importance cruciale pour tous les journalistes. Cependant,
les journalistes et autres membres du personnel travaillant pour un journal
comme The Gazette doivent se rappeler qu'ils sont d'abord les employés
d'une compagnie. Légalement, ils sont soumis aux mêmes obligations
qu'un employé travaillant pour toute autre firme de n'importe quel
secteur économique. Il ne s'agit pas là d'un caprice administratif
ou d'un décret corporatif. C'est la loi. Par exemple, l'article 2088
du Code civil du Québec stipule:
«Un employé est tenu non seulement de mener
son travail avec prudence et diligence, mais aussi d'agir avec loyauté
et honnêteté et est tenu de ne pas faire usage de l'information
à caractère confidentiel qu'il obtient dans l'exécution
de son travail. Ces obligations tiennent pour un délai raisonnable
après la fin d'un contrat et ont cours en permanence lorsqu'il s'agit
d'information concernant la réputation et la vie privée d'une
tierce personne.»
Au cours de la dernière semaine, certains journalistes
de The Gazette ont violé cette interdiction concernant l'utilisation
d'informations confidentielles. Ils ont passé outre à l'interdiction
de faire usage d'information concernant les salariés de cette compagnie.
Des déclarations ont été faites à d'autres médias,
ce qui contrevient à l'obligation légale de fidélité
première à son employeur. La jurisprudence prévoie des
sanctions comprenant la suspension ou même le congédiement pour
ceux qui persistent à négliger leurs obligations envers l'employeur
après un avertissement clair.
Plus précisément, tout le personnel doit comprendre
qu'aucune déclaration ou action entreprise auprès d'un autre
média ne devrait l'être si elle peut avoir comme effet de:
- violer les droits d'auteur et de propriété
intellectuelle de The Gazette sur du matériel produit pour
ce journal par du personnel qui est payé pour le faire;
- révéler des informations confidentielles concernant
un employé du journal, y compris les membres de son administration,
qui ont été obtenues dans le cadre de l'exécution de
son travail. Ces informations comprennent non seulement les déclarations
et les faits, mais aussi plus largement les allégations et les commérages
concernant les membres du personnel, y compris ceux de l'administration;
- remettre en question les décisions prises par les
gestionnaires de ce journal, y compris ses propriétaires. Un désaccord
ne justifie pas de porter des accusations de mauvaise foi contre l'employeur
ni de lui attribuer des arrière-pensées;
- produire du matériel écrit, sonore, visuel
ou destiné à un site Internet, qu'il relève de la nouvelle
ou du commentaire, qui viole l'obligation de loyauté première
des employés à l'égard de The Gazette et de ses
propriétaires ;
- refuser d'exécuter un travail légitime et légal
tel que demandé par l'employeur, la compagnie, ou ses propriétaires;
- porter atteinte délibérément à
la santé financière du journal ou à sa réputation;
Si quoi que ce soit demeure obscur à propos de la signification
des remarques précédentes, nous vous prions de ne pas hésiter
à tirer les choses au clair auprès du rédacteur en chef
(editor in chief) ou du directeur de l'information (managing editor).
Étant donné l'atmosphère qui règne
présentement, il pourrait être tentant de voir dans ce message
un moyen d'empêcher le débat ou de faire taire la dissidence.
Au contraire, cela se veut une façon de clarifier les conditions dans
lesquelles ce débat doit se faire à The Gazette en gardant
un équilibre entre le respect des droits légaux et les obligations
de tous. Aucun droit n'est absolu. Aussi cruciales que soient la liberté
d'expression et la liberté de presse pour les journalistes, ces droits
ne surpassent pas nécessairement tous les autres droits. Pas plus
que le titre de «journaliste» ne nie le droit du propriétaire
d'une entreprise de presse de mener son journal comme il lui plaît,
dans les limites prévues par la loi. Pour personne, journaliste ou
autre, il n'existe un droit de travailler pour The Gazette. Il s'agit
d'un privilège avec tout ce que cela implique dont Le Devoir
de prudence, d'assiduité, d'honnêteté et de fidélité
à l'employeur. Cela étant compris, continuons de travailler
tous ensemble.
Le 14 décembre 2001
Peter Stockland est Editor in chief. Raymond Brassard est Managing
editor.
Médias: Souriez, votre patron vous aime
Paul Cauchon
LD - Le lundi 17 décembre 2001
Au journal The Gazette on ne sait pas si les journalistes
s'ennuient de leur ancien propriétaire Conrad Black. Ils ne le vous
diront pas car depuis vendredi on leur interdit de parler en public, ce qui
est assez particulier pour une entreprise vouée à la circulation
de l'information
Les artisans de The Gazette ont en effet reçu
vendredi une note de service de la direction de leur journal leur demandant
de cesser de critiquer leur entreprise ou de dévoiler des informations
sur elle, sous peine de congédiement. Pour justifier ce coup de massue
la direction du journal a brandi l'article 2088 du Code civil, qui stipule
qu'un salarié «doit agir avec loyauté et ne pas faire
usage de l'information à caractère confidentiel qu'il obtient
dans l'exécution ou à l'occasion de son travail» (notons
en passant que cet article est habituellement utilisé dans les causes
où un employé part pour passer à la concurrence).
La note fait valoir, entre autres, que travailler à
The Gazette n'est pas un droit mais un privilège
qui entraîne des obligations de fidélité.
Les journalistes ont été obligés de fermer
un site Internet qui avait été mis en place quelques jours
auparavant pour sensibiliser le public à leur point de vue. «On
se sent surveillés, menacés, c'est Big Brother», de confier
au Devoir plusieurs journalistes... sous le coup de la confidentialité
bien sûr.
Cette note a été diffusée le même
jour où paraissait dans The Gazette un texte signé David
Asper, grand patron de CanWest Global Communications qui achetait l'année
dernière de Conrad Black les journaux de la chaîne Southam,
un texte qui représente un des plus remarquables témoignages
de mépris d'un patron de presse envers ses propres journalistes!
Rappelons qu'il y a dix jours CanWest décidait d'imposer
une fois par semaine un éditorial unique aux journaux Southam, un
éditorial envoyé de ses bureaux de Winnipeg. D'ici à
un an ce sont trois éditoriaux par semaine qui seront ainsi imposés
aux journaux CanWest.
Pendant deux jours les journalistes de The Gazette ont
protesté contre cette décision en refusant de signer leurs
textes, jusqu'à ce que l'entreprise menace de les poursuivre. Puis
ils ont diffusé une pétition (que plus de 60 d'entre eux ont
signé) et ouvert un site Internet, jusqu'aux menaces de vendredi dernier.
Les journalistes de The Gazette soutiennent qu'au lieu
d'ajouter du contenu éditorial CanWest se trouve ainsi à réduire
la diversité d'opinion et la qualité du débat démocratique,
en muselant les équipes éditoriales locales.
Les artisans du journal soutiennent également que CanWest
se sert de l'éditorial pour défendre les intérêts
de la famille Asper, propriétaire de CanWest Global (le premier éditorial
unique il y a dix jours demandait au gouvernement fédéral de
réduire l'imposition des gains en capital des fondations privées
du type de celle qui est gérée par la famille Asper).
David Asper est passé à l'attaque en publiant
dans The Gazette de vendredi un texte qui témoigne de sa colère.
Qualifiant les protestations des journalistes d'«enfantines»
il s'emballe: «depuis quand leur droit à la libre expression
est plus grand que celui de n'importe qui d'autre?».
Puis il continue: les journalistes de The Gazette qui
se sont plaints aux autres médias «demeurent cachés,
ce qui fait partie des politiques pathétiques de la gauche canadienne.
Peut-être devraient-ils pour la première fois de leur vie prendre
un risque [...] et lancer leur propre journal. Peut-être que leur grand
syndicat devrait les aider?» Mais, conclut-il, leur syndicat ne le
fera pas parce que «moins de 10 % des Canadiens seulement soutiennent
la gauche politique».
Donc, non seulement David Asper estime que dans toute cette
histoire on veut brimer son propre droit de parole comme entrepreneur (il
ne semble pas lui traverser l'esprit qu'en imposant sa vision à 14
journaux majeurs du Canada sa parole pèse plus lourd que celle du
simple quidam qui ne possède aucun média!), mais en plus il
accuse la gauche de comploter contre lui.
David Asper soutient également que «trop d'opinions
proviennent du sud de l'Ontario» et il serait donc important qu'un
groupe de Winnipeg puisse faire entendre sa voix, ce qui serait le signe
selon lui d'une nouvelle diversité de l'information au pays.
Les journalistes de The Gazette ont pris les devants
dans cette histoire parce que souvent les artisans des autres journaux Southam
sont moins bien organisés (au National Post ils ne sont même
pas syndiqués). Je crois que chez certains d'entre eux s'exprime également
une sorte de «société distincte» anglo-québécoise
par rapport à l'ensemble canadien-anglais.
Mais quoi qu'il en soit, cette histoire représente une
des plus importantes batailles actuellement autour de la concentration des
médias au Canada, bataille dont le résultat sera assez important
pour l'avenir.
La direction de The Gazette rappelle ses employés
à l'ordre
Pascale Breton
La Presse
Le dimanche 16 décembre 2001
La tempête ne semble pas vouloir
se calmer au quotidien anglophone The Gazette.
Les employés de la salle de rédaction ont reçu
vendredi un mémo interne signé par l'éditeur en chef,
Peter Stockland, et du chef des nouvelles, Raymond Brassard, rappelant à
l'ordre ceux qui auraient l'envie de dénoncer publiquement les nouvelles
pratiques de la compagnie.
«Les journalistes et les autres travailleurs d'un journal
comme The Gazette doivent se rappeler qu'ils sont les employés
d'une compagnie. Légalement, ils sont liés aux mêmes
obligations que les employés d'une autre compagnie dans n'importe
quel secteur économique. Ce n'est pas un caprice des gestionnaires
ou un avis de la direction, mais la loi», peut-on lire dans cette lettre
dont La Presse a obtenu copie.
En se référant au Code civil du Québec,
la direction rappelle clairement aux employés que des sanctions peuvent
être appliquées, allant jusqu'à une suspension ou un
congédiement.
Un privilège
Travailler à The Gazette n'est pas un droit,
mais un privilège, dit aussi ce mémo. «C'est un privilège
qui apporte des obligations de prudence, de diligence, d'honnêteté
et de fidélité face à l'employeur.»
Cette notice survient après la décision des dirigeants
de CanWest Global Communications, propriétaire de 14 quotidiens canadiens
dont The Gazette, de publier un éditorial national de façon
hebdomadaire dans tous ses journaux.
En guise de protestation, les journalistes montréalais
ont d'abord refusé de signer leurs textes pendant deux jours.
Puis, une cinquantaine d'entre eux ont signé une lettre
dénonçant cette politique dans divers médias, dont La
Presse.
Samedi, le président de la Montreal Newspaper Guild,
le syndicat des journalistes du quotidien The Gazette, a fait preuve
de prudence.
«La direction menace de sévir sévèrement.
Nous regardons toutes les implications que ça comporte, du point de
vue de la convention collective et de la loi, mais pour l'instant, nous avons
suggéré fortement à nos membres de se conformer au mémo»,
a ainsi expliqué John Belcarz.
L'ambiance de la salle de rédaction est plutôt
sombre depuis quelques jours, mais la détermination est toujours là,
a cependant ajouté le président du syndicat.
Signe du climat qui règne, un journaliste du quotidien
anglophone qui devait participer à une table ronde à l'émission
Ouvert le samedi, animée par Michel Lacombe à la radio de Radio-Canada,
s'est désisté après avoir reçu le mémo.
Le tollé provoqué par la ligne unique imposée
par la famille Asper, propriétaire de CanWest Global, s'est par ailleurs
étendu au-delà de la frontière canadienne.
Dans son édition de samedi, le quotidien français
Libération en faisait même largement mention.
How the Aspers are shooting themselves in the foot
By LYSIANE GAGNON
G&M - Monday, December 17, 2001 - Page A15
After having dumbed down Canadian television
by importing cheap U.S. programs for its Global network, the Asper family
bought itself a new toy: Southam News, Canada's largest chain of newspapers,
including the National Post and broadsheets in all major cities. Since the
departure of Conrad Black (a man who loved newspapers), the Aspers are now
free to play as they wish with their new toy.
National Post Ottawa columnist Lawrence Martin was the first
casualty: His contract was not renewed because he had raised persistent questions
about Prime Minister Jean Chrétien's dubious dealings in his Shawinigan
riding. This infuriated Mr. Chrétien, and Mr. Chrétien is a
good friend of the Aspers.
It goes on. Any article even mildly critical of Israel must
be scrutinized before being published. A Montreal Gazette cultural
columnist, Peggy Curran, recently wrote about a documentary film that contained
negative scenes about the Israeli army. Her column was sent to CanWest's
Winnipeg headquarters for editing.
Now the Aspers have invented "national" editorials. All Southam
papers are forced to publish a weekly editorial written in the chain's headquarters
in Winnipeg -- where, apparently, people are better placed than anywhere
else to define what, in the words of David Asper, "is best for the nation
as a whole." These editorials will increase to three a week next year.
The chain's "local" editorial boards are forbidden from taking
an editorial stand contrary to that of headquarters. Last week's Winnipeg-made
editorial called for privatization of health care. This means that "local"
editorial boards will be unable to set their own policies regarding major
public issues their readers care about. If the Aspers decided to call for
the abolition of the Official Languages Act, The Gazette couldn't
defend the interests of its readers, who, as Canada's only English-speaking
minority, want federal protection.
The first "national" editorial called for tax breaks for contributors
to private foundations. It's only a coincidence, of course, that the Aspers
have one of Canada's largest private foundations.
The heavy-handed policies of the new Southam bosses led to
the resignation of Gazette publisher Michael Goldbloom. The editorial
page editor, Peter Hadekel, was reassigned, and 70 journalists signed a petition
to protest against their employers' policies, a courageous move in a shrinking
job market where CanWest is a key player. With his characteristic subtlety,
David Asper accuses his critics of being "leftists" and "bleeding hearts"
-- a hilarious accusation regarding Mr. Hadekel, a former business columnist
with a distinctly right-wing bent.
No one is against the right of newspaper owners to express
their views. But the privilege of owning a large chain carries responsibilities,
and one of them is to ensure a diversity of opinions. Enlightened owners
avoid direct intrusion in news coverage; they limit stating their corporate
views to major events such as referendums or elections; they grant autonomy
to their "regional" editorial boards, a must in a country as diverse as Canada.
As Gazette columnist Don Macpherson pointed out, "Regional differences
are the reason why Canada is organized politically as a federation rather
than a unitary state."
The Aspers' philistine forays into a trade they know nothing
about will undermine the credibility of their newspapers, and are commercially
stupid to boot, for papers that don't reflect their communities' interests
cannot survive. This is especially true for The Gazette, the flagship
of a highly educated community that is larger than the population of Manitoba.
lysiane.gagnon@lapresse.ca
The Gazette: L'information, ce n'est pas «des
petits pois»
Le cas CanWest Global Communications illustre bien les méfaits de
la concentration de la presse, souligne Diane Lemieux
Robert Dutrisac
LD - Le mardi 18 décembre 2001
Apportant son appui aux journalistes de The Gazette
, Diane Lemieux croit que l'uniformisation décrétée
par les propriétaires de Southam, CanWest Global, est un exemple probant
des méfaits de la concentration de la presse. Cette illustration l'inspirera
dans la conception de la politique sur la diversité de l'information
qui est toujours en préparation.
La ministre de la Culture et des Communications, Diane Lemieux,
n'aime peut-être pas toujours ce qu'elle lit sous la plume des journalistes
de The Gazette, mais elle a décidé, hier, de se porter
à leur défense au nom de la liberté de presse et de
la diversité des sources d'information.
La décision de CanWest Global Communications Corp. d'imposer
d'un océan à l'autre des éditoriaux dictés par
le siège social de Winnipeg aux 14 journaux de la chaîne Southam
dont elle est propriétaire, y compris à The Gazette,
est «une illustration extrêmement concrète» des
méfaits de la concentration de la presse, a indiqué Diane Lemieux
aux cours d'un entretien téléphonique avec Le Devoir
.
Les limites à la liberté d'expression imposée
par le propriétaire aux journalistes de The Gazette qui se
sont opposés à cette pratique, tout comme les menaces de congédiement
proférées à leur endroit par David Asper, héritier
du fondateur de CanWest, Izzie Asper, font plus que soulever de nouvelles
avenues en matière d'interprétation du Code civil. Les dirigeants
de CanWest «ont l'air de manoeuvrer comme s'ils étaient une
entreprise privée "standard"», estime la ministre. «Mais
les entreprises de presse ne sont pas des entreprises comme les autres parce
que leur matière première, c'est l'information. Et l'information
et la liberté de presse, ce sont des valeurs qui sont consacrées
dans nos chartes. Ils ne manipulent pas des petits pois qui doivent avoir
la même grandeur dans la petite "can".»
«Il n'y a pas plus montréalais que The Gazette
», a dit Mme Lemieux, qui n'a pas manqué de préciser
ne pas toujours aimer «les papiers qu'ils font». «Ce n'est
pas vrai que les angles de vue sont les mêmes qu'à Regina, à
Edmonton, à Calgary et à Charlottetown. C'est une imposition
d'une vue canadienne.»
Pour la ministre, c'est un exemple patent des risques d'uniformisation
que la concentration de la presse fait courir, comme le craignaient certains.
«Ce n'est plus une crainte, ce sont des gestes, c'est une volonté
qui a été exprimée», a-t-elle dit.
Diane Lemieux est en voie de mettre la dernière main
à une politique sur la diversité de l'information. Cette nouvelle
politique fera suite au rapport de la Commission sur la culture et des communications
sur la concentration de la presse que deux transactions avaient fait naître:
l'acquisition des quotidiens d'Hollinger au Québec, soit Le Soleil,
par la chaîne Gesca qui publie La Presse, et l'achat de Vidéotron-TVA
par Quebecor, l'éditeur du Journal de Montréal.
L'uniformisation imposée par CanWest, «c'est inspirant»,
a dit la ministre, «dans le sens où ça nous donne une
base légitime pour intervenir dans la mesure de nos possibilités».
La ministre, qui dit vouloir préserver la diversité des sources
d'information, signale toutefois qu'elle ne recommandera pas la création
de l'équivalent d'un Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications
canadiennes (CRTC) pour la presse écrite. «On n'a pas toute
la juridiction pour exercer nos pouvoirs sur l'ensemble des entreprises»,
a-t-elle indiqué.
Le mépris a un nom: Asper
Jean-Robert Sansfaçon
LD 18.12.01
Éditorial - Non contents d'avoir rabroué l'équipe
de journalistes de leur nouveau joujou montréalais The Gazette
en les traitant de traîtres et de lâches, les propriétaires
de CanWest Global, la famille Asper, viennent de leur adresser une mise en
garde qui pourrait se résumer ainsi: si vous parlez contre moi, vous
serez congédiés!
Il va de soi que les employés d'une entreprise, quelle
qu'elle soit, doivent fidélité à leur employeur et ne
peuvent pas faire circuler des renseignements de nature confidentielle obtenus
dans le cadre de leurs fonctions. Mais ce n'est pas de cela qu'il est question
à The Gazette. Il s'agit plutôt d'un débat d'intérêt
public concernant l'orientation éditoriale que les Asper entendent
donner à leurs journaux. Or ce débat, il aurait dû avoir
lieu bien avant, c'est-à-dire au moment où CanWest a manifesté
son intention d'acheter la chaîne Southam, qui appartenait à
Conrad Black.
En imposant un éditorial unique à tous ses quotidiens,
CanWest impose d'abord une pensée uniforme à tous les lecteurs
de ses quotidiens régionaux, ce qui est déjà choquant
(«La pensée unique», Le Devoir , 7 décembre
2001), mais aussi une pensée de plus en plus détaillée
à laquelle les équipes éditoriales locales devront se
plier. Or, n'y a-t-il pas de limites au droit de propriété
quand il est question d'information et de pensée éditoriale?
Un propriétaire peut fixer les orientations générales
à suivre. Il peut avoir ses convictions et même, de façon
accessoire, quelques obsessions personnelles. Mais il ne peut pas forcer
les éditorialistes de tous ses journaux à penser et à
écrire cornme lui sur chacune des grandes questions nationales ou
internationales sous peine c Le Devoir remettre leur démission.
Une équipe éditoriale a aussi sa propre marge d'autonomie,
qu'elle doit savoir utiliser de façon intelligente et nuancée
dans le respect des orientations de l'entreprise. Nier cette spécificité,
c'est nier le droit des éditorialistes à exercer leur jugement
professionnel, et c'est mépriser les lecteurs qui s'imaginent en présence
d'individus libres.
Cette histoire, qui n'a fait que s'envenimer depuis deux semaines,
nous ramène au problème de la concentration de la presse et
à ses effets pervers dont voilà un beau spécimen. On
le voit, la protection du public et de la profession appelle une intervention
préventive de la part des pouvoirs publics. Il ne suffit pas de constater
que tel propriétaire est plus respectueux que tel autre du travail
de ses journalistes. Un simple changement à la direction du groupe
et tout bascule, comme on le constate trop tard chez Southam, une organisation
de presse au passé prestigieux.
Ce qu'il faut, et la ministre Diane Lemieux doit y venir le
plus rapidement possible, c'est un ensemble de mesures susceptibles d'assurer
la diversité des points de vue dans la presse quotidienne, dont la
création d'un mécanisme de surveillance de la propriété
cles médias, indépendant du pouvoir politique certes, mais
capable cle poser des exigences et d'obtenir des engagements écrits
de la part de futurs propriétaires d'un groupe de presse. Sans une
telle intervention, qui sait à quoi ressemblera le paysage médiatique
cl'ici une petite décennie?
Go CanWest young man
Nathalie Petrowski
La Presse
Le mardi 18 décembre 2001
Connaissez-vous Nice-Matin? C'est le plus important journal
de Nice, en France. Je devrais normalement y travailler. Normalement, dans
la mesure où ma mère est née à Nice et mes parents
s'y sont rencontrés. Devant ces circonstances atténuantes,
j'aurais dû y naître, y grandir, y devenir journaliste et y mourir.
Le sort en a voulu autrement, Dieu merci.
C'est d'ailleurs ce que je dis chaque fois que je passe par
Nice. Non seulement Dieu merci, mais merci mon Dieu d'avoir donné
la bonne idée à mes parents d'immigrer au Canada. Merci mon
Dieu de m'avoir permis de vivre autre chose qu'une vie pépère
et prévisible au paradis des caniches et des retraités. Merci
enfin mon Dieu d'avoir fait de moi une journaliste de La Presse plutôt
que du Nice-Matin.
Mon soulagement n'a rien à voir avec la qualité
du canard niçois. Si ça se trouve, le Nice-Matin est un des
meilleurs quotidiens de France. Non, mon soulagement est un truc purement
existentiel. Même si ça semble un peu cucul, je me trouve chanceuse
de vivre et de travailler dans un pays jeune et libre comme le Canada, un
pays qui m'a permis de devenir journaliste à l'âge baveux de
21 ans, ce qui, en France, à l'époque, eût été
impensable. Chanceuse aussi de pouvoir exercer mon métier en toute
liberté sans avoir à m'inquiéter à tout bout
de champ de ce qu'en pense le propriétaire du journal.
Depuis une semaine pourtant, je suis inquiète. Je me
demande même si la vie que je mène et le métier que j'exerce
ne sont pas menacés. Pas par mes patrons. Non, les types qui m'inquiètent
viennent de l'Ouest, plus précisément de Winnipeg. Ce sont
deux cow-boys du nom d'Asper, père et fils, qui ont commencé
en rachetant des petits postes de télévision et qui ont fini
propriétaires d'un grand réseau de télé et de
14 des plus importants journaux au Canada, dont la Gazette et le National
Post.
Les Asper sont des types très riches, très puissants
et qui ont des amis partout. Pour vous donner un exemple, lorsque Robert
Rabinovitch a été nommé président de CBC et de
Radio-Canada, devinez qui a organisé la grande fête pour célébrer
sa nomination? Nul autre que son grand ami Izzy Asper. Eh oui. Quand ces
gens-là décident quelque chose, il y a des chances qu'on les
écoute et qu'on les suive.
Or justement, les Asper viennent de décider qu'un journal
n'est pas un lieu ouvert, fondé sur la crédibilité de
ses journalistes et la confiance de ses lecteurs, mais un joujou télécommandé.
Comme le racontait mon collègue Boisvert la semaine
dernière, Izzy et Dave ont décrété que désormais
tous les jeudis que le bon Dieu amène, ils publieraient un éditorial
de leur cru dans tous leurs journaux. «Un éditorial: 14 journaux»,
comme titrait Libération.
Au nom de quelle logique? Au nom de: like it or not, c'est
nous les propriétaires et c'est nous qui décidons, bon. En
anglais, cette logique se formule d'une autre manière. Go CanWest,
young man or go to hell.
Depuis la mise en vigueur de la loi Asper, l'histoire s'est
passablement envenimée. Les journalistes de The Gazette ont
protesté en faisant une grève des signatures. Il y a eu des
démissions chez les cadres, des fuites aux journaux concurrents et
finalement, vendredi, une note de service interne interdisant aux journalistes
du groupe CanWest de parler aux autres médias sous peine de congédiement.
En apparence, cette affaire ressemble à une crise interne
qui ne nous regarde pas. En apparence seulement, puisque cette crise ébranle
non seulement les 14 journaux de CanWest, mais toute la business du journalisme
canadien.
En effet, jusqu'à la semaine dernière, il existait
une loi tacite au Canada, une loi voulant que le propriétaire d'un
journal maintienne une saine distance entre son journal et ses intérêts.
En d'autres mots, qu'il ne se serve pas de son journal comme s'il s'agissait
d'une bébelle achetée chez RadioShack.
Même s'il y a eu des dérapages et que ceux-ci
sont inévitables, les patrons de presse canadiens ont, règle
générale, respecté la consigne. Tous se sont comportés
comme des gentlemen sinon comme des hommes d'affaires avisés, conscients
du fait qu'un journal ouvert est un journal prospère. Malheureusement,
les cow-boys de CanWest viennent de changer la donne. Grâce à
leur initiative, le propriétaire d'un journal est désormais
le seul maître à bord. Il a le droit d'écrire ce qu'il
veut même s'il ne sait pas de quoi il parle, surtout lorsque ce dont
il parle se déroule à mille lieues de son Winnipeg natal.
Passe encore quand Dave et Izzy vont éditorialiser sur
le blé et le pétrole mais que vont-ils écrire sur les
homards, les morues, Mirabel et Mom Boucher?
Aux journalistes qui protestaient contre l'imposition d'une
pensée unique dans les journaux de CanWest, les Asper ont rétorqué:
Si vous n'êtes pas contents, fondez votre propre journal!
Ils oubliaient une chose: un journal ne dépend pas seulement
de ses journalistes. Il dépend avant tout de ses lecteurs et de la
confiance que ces derniers mettent dans le journal qu'ils lisent chaque jour.
Que diraient Izzy et Dave si leurs lecteurs se révoltaient?
S'ils cessaient d'acheter la Gazette ou le National Post parce qu'ils
ne savent plus à qui se fier? Parce qu'ils ont perdu confiance? Parce
qu'ils ont l'impression que tout ce qu'ils lisent ne sert que les intérêts
du propriétaire: ses fondations, ses oeuvres de bienfaisance, ses
bébittes politiques, ses émissions de télé? Que
diraient Dave et Izzy s'ils étaient propriétaires de 14 journaux
qui ne circulent plus faute de lecteurs?
Pour les gens du métier, cette affaire est une atteinte
à la liberté d'expression des journalistes. Moi, je crois que
c'est une atteinte à la confiance des lecteurs. C'est ce qui m'inquiète
le plus. Si les gens se mettent à douter des 14 journaux du groupe
CanWest, avant longtemps ils vont se mettre à douter de tous les journaux
du Canada. Izzy et Dave auront beau crier, Go CanWest, young man, ils crieront
tout seuls dans le désert d'idées qu'ils ont créé.
Québec se porte à la défense des journalistes
de The Gazette
Reuters
Le mardi 18 décembre 2001
La ministre de la Culture et des Communications du Québec,
Diane Lemieux, a donné mardi son appui aux journalistes du quotidien
montréalais The Gazette, qui contestent la décision
de leur propriétaire CanWest Global Communications d'uniformiser le
contenu des éditoriaux de ses 14 quotidiens canadiens.
Au début du mois, CanWest a décidé d'imposer
des éditoriaux émanant du siège social de Winnipeg aux
quotidiens de la chaîne Southam, dont elle est propriétaire.
«Je crois que nous avons là une illustration très
concrète d'un effet négatif de la concentration de la presse»,
a affirmé la ministre lors d'un point de presse à l'Assemblée
nationale.
Au nom de la liberté de presse et de la diversité
des sources d'information, la ministre Lemieux s'est portée à
la défense des journalistes de The Gazette qui ont notamment
refusé de signer leurs articles pendant quelques jours en guise de
protestation.
«Je suis très triste pour The Gazette et
ses journalistes. C'est un journal montréalais avec son histoire propre.
Les angles ne sont pas les mêmes qu'à Regina ou Calgary»,
a dit Diane Lemieux.
Le gouvernement québécois dévoilera d'ici
quelques semaines une politique sur la diversité de l'information
dans la foulée des récents mouvements de consolidation des
grands groupes de presse au Québec.
Une filiale de Power Corporation du Canada, Gesca, a acquis
l'an dernier les trois quotidiens québécois du groupe Hollinger
(Le Soleil de Québec, Le Droit d'Ottawa et Le Quotidien de Chicoutimi).
Power contrôle 49% du tirage francophone au Québec, dont son
titre-phare, La Presse.
Par ailleurs, Quebecor s'est porté acquéreur
l'an dernier du câblodistributeur Vidéotron, devenant ainsi
propriétaire du réseau de télévision TVA, et
contrôle 48% du tirage des quotidiens francophones québécois
avec ses deux tabloïds à Montréal et Québec.
Bien qu'elle dise tenir à la diversité des sources
d'information, la ministre a indiqué qu'elle n'appuierait pas la recommandation
d'une commission parlementaire de créer un organisme de surveillance
des médias pour éviter que la concentration de la presse n'entraîne
des dérives.
Les parlementaires réclament l'autonomie pour The
Gazette
DENIS LESSARD
La Presse
Le jeudi 20 décembre 2001
Dans un rare moment d'unanimité, péquistes et
libéraux ont demandé mercredi au groupe de presse Southam de
préserver l'autonomie de son journal au Québec, The Gazette
.
Les dirigeants de Southam devraient «publier un énoncé
de principes et des engagements à l'égard de la qualité
et de la diversité de l'information», affirme une motion unanimement
adoptée mercredi à l'Assemblée nationale. Un tel engagement
devrait «maintenir et préserver le caractère original
et l'autonomie de son quotidien au Québec, The Gazette»,
estime l'Assemblée nationale.
Cette prise de position vise clairement la décision
de CanWest de publier, chaque semaine, un éditorial unique dans les
14 journaux qu'elle possède au Canada. Cette politique a causé
une commotion à The Gazette -une pétition de journalistes
a dénoncé cette pratique au nom de la diversité de l'information.
L'éditeur Peter Stockland a fait circuler une note de service menaçant
les employés récalcitrants de représailles, mais trois
anciens rédacteurs en chef du journal ont publiquement attaqué
la décision de la famille Asper, propriétaire du conglomérat,
CanWest Global et Southam News.
Cette décision de publier le même éditorial
dans tous les journaux de la chaîne, «est un geste sans précédent
qui nous entraîne dans une certaine uniformisation d'information. Cela
nous confronte et nous pose des questions extrêmement troublantes»,
a déclaré la ministre de la Culture Diane Lemieux en relevant
que CanWest possède le troisième réseau privé
en importance dans le secteur de la télévision canadienne et
contrôle 40% des journaux du Canada anglais.
«Au cours des prochaines semaines», le gouvernement
posera des gestes dans le sens des propositions de la commission de la Culture.
Sans fournir de détails, Mme Lemieux a souligné que Québec
visait d'abord à «documenter» l'évolution de la
concentration de la presse, et tout en respectant ses compétences,
«trouver des moyens adaptés» pour «surveiller ces
mouvements de concentration de presse». Comme l'y invitait la commission
parlementaire, Mme Lemieux indique aussi que le financement des médias
indépendants sera amélioré et, finalement, que Québec
dotera les citoyens de recours «en regard de la qualité de l'information
véhiculée dans les médias».
Asper et Saul
Bernard Descôteaux
LD 20.12.01
Éditorial - Si, au Québec, on s'émeut de
la volonté de la famille Asper d'imposer une pensée unique
à ses journaux du groupe Southam, c'est de la liberté de penser
et de s'exprimer de l'écrivain John R. Saul qu'on s'inquiète
au Canada anglais. Dans son dernier livre, On Equilibrium, le coujoint de
la gouverneure générale, Adrienne Clarkson, exprime à
propos des événements du 11 septembre des vues que l'on pourrait
qualifier de divergentes du courant de pensée majoritaire à
ce sujet au Canada. La droite en est choquée et crie au scandale.
Le cas de John Saul soulève de nombreuses questions.
Relevons celle de la liberté d'expression. Pour qui vit dans son siècle,
il va de soi que le conjoint de celui qui occupe une fonction officielle
ne fait pas voeu de silence et d'abstinence. Pourtant, on voudrait qu'il
se taise et observe la retenue que lui imposerait la fonction de son épouse.
Or John Saul ne fait que poursuivre une carrière d'écrivain
et de penseur déjà longue, et les convictions qui sont les
siennes ne datent pas d'hier. D'autres avant lui, dans des circonstances
similaires, ont pu poursuivre une carrière dans le milieu des affaires.
On n'a pas à pénaliser John Saul du fait qu'il soit un intellectuel
plutôt qu'un homme d'affaires.
Ce qui heurte le plus, pourrait-on penser à la lecture
de certains commentaires dans la presse torontoise, c'est moins le fait que
John Saul exprime des idées que les idées elles-mêmes
qui sont plutôt à gauche qu'à droite. Par exemple, dire
que les Etats-Unis ont, par leurs politiques, provoqué, au moins en
partie, les événements du 11 septembre relève presque
de l'infamie. En matière d'idées, la vraie droite apprécie
peu la diversité d'opinions et les esprits libres. Ce n'est pas sans
raison que l'on s'est attaqué ainsi à John Saul plutôt
que de s'arrêter à ce qui se passe dans les journaux du groupe
Southam.
Jean Chrétien s'est spontanément porté
à la défense de John Saul. L'appui du premier ministre n'est
toutefois pas sans arrière-pensée. Satisfait de voir comment
le couple vice-royal transforme peu à peu la fonction de gouverneur
général en occupant plus de place sur la scène publique
que leurs prédécesseurs, M. Chrétien est prêt
à supporter les quelques embarras que peuvent à l'occasion
lui créer les opinions de l'écrivain Saul. S'étant exprimé
sur le cas de ce dernier, le premier ministre devrait nous dire maintenant
ce qu'il pense de la liberté de penser que la famille Asper consent
à ses journalistes. Peut-être se sent-il mal à l'aise
de l'aborder en raison des liens que les Asper entretiennent avec le Parti
libéral? Rappelons-lui toutefois que ce cas est au moins aussi important
que celui de John Saul.
Le problème, ce n'est pas la concentration!
Jean-Guy Dubuc
La Tribune Le jeudi 20 décembre 2001
C'est facile de mettre sur le dos de la concentration des médias
le problème que connaissent présentement les journalistes du
journal The Gazette face à leur employeur.
La ministre de la Culture et des Communications, Diane Lemieux,
s'est donc empressée d'y voir "une illustration extrêmement
probante" des méfaits de la concentration de la presse. Mme Lemieux
n'a rien compris. Et c'est grave, quand on est ministre des Communications.
Rappelons les faits. La semaine dernière, la direction
de The Gazette recevait de ses propriétaires, la famille Asper,
à Winnipeg, un éditorial que le journal, comme ses 13 autres
collègues au Canada, devait nécessairement publier dans ses
pages: début d'une obligation qui devrait passer de une à trois
fois par semaine durant l'année. On comprend la réaction des
journalistes: si The Gazette se voit obligée de suivre aveuglément
la pensée éditoriale du propriétaire, qu'advient-il
de la diversité des opinions et de la liberté d'expression?
Devant le refus des journalistes d'apposer leur signature à leurs
articles, David Asper leur a écrit une lettre de menace, alléguant
qu'une entreprise de presse est une compagnie comme les autres et requiert
la fidélité absolue de tout son personnel. Tout cela servi
sur un ton de mépris et d'intolérance.
M. Asper n'a pas compris le rôle d'un média d'information,
le rôle d'un propriétaire, le devoir du journaliste et le droit
du lecteur. M. Asper abuse de son pouvoir; et M. Asper doit être condamné
par tout ce qui existe de partisan d'une presse libre et d'une société
démocratique saine. Ce n'est pas vrai que les Québécois
vont se voir imposer l'opinion évidemment intéressée
de cet homme d'affaires manitobain qui ne connaît rien du Québec
et de sa population. Donc, que l'on se porte tous à la défense
des journalistes de The Gazette n'est que normal et sain.
Dire que cette position de force excessive est le fruit de
la concentration est cependant une aberration qu'il faut tout autant dénoncer.
D'abord, les journaux que CanWest Global a achetés de
Conrad Black existaient tous sous la même "concentration" auparavant.
Et jamais Conrad Black ne s'en est servi pour imposer sa pensée à
tous ses journaux. La concentration était la même avant, sans
que personne n'ait à s'en plaindre. Le seul changement, c'est la prise
en charge de la chaîne par une direction mal informée qui devrait
vendre de la tôle ou des marteaux plutôt que de publier des journaux
sans en connaître la culture.
D'où la conclusion fautive: ce n'est pas à cause
de la concentration que CanWest pose des gestes abusifs mais seulement à
cause de la famille Asper, propriétaire.
À preuve: le professeur de journalisme Florian Sauvageau,
dont on va solliciter l'avis chaque fois que les médias paraissent
menacés d'une nouvelle attaque contre leur indépendance ou
leur rôle social, a affirmé que la concentration n'est pas toujours
synonyme d'uniformisation: "La meilleure preuve de cela, c'est que le quotidien
La Presse s'est beaucoup amélioré même
si le réseau Gesca contrôle maintenant sept quotidiens", dit-il.
Ce qui signifie que la concentration peut servir autant le lecteur que l'entreprise,
dépendant de qui dirige l'entreprise.
Donc, la subite levée de boucliers de tous ceux qui
veulent faire flèche de tout bois pour s'en prendre à toute
espèce de concentration doit être perçue pour ce qu'elle
est: une défense mal dissimulée d'intérêts personnels.
L'utilisation abusive du cas The Gazette ne doit tromper personne.
Et si la ministre Lemieux entend ceux qu'elle veut entendre pour réglementer
les médias, il faudrait qu'elle ouvre grand les yeux avent [sic] de
juger et de condamner dans l'absolu ceux qu'elle veut mater.
Le mécontentement grandit à The Gazette
Le journaliste Jack Todd suspendu depuis jeudi
Marie-France Léger
La Presse
Le samedi 22 décembre 2001
Dans le contentieux qui oppose les journalistes de
The Gazette à la direction de CanWest Global, la suspension du
journaliste Jack Todd, intervenue jeudi, risque de hérisser les lecteurs
montréalais.
Ce dernier épisode de la bataille larvée provoquée
par la décision de la famille Asper, basée à Winnipeg,
d'uniformiser le contenu éditorial des principaux journaux de la chaîne
Southam a soulevé l'indignation des journalistes.
«Je pense que l'opposition à cette politique de
la compagnie est en croissance non seulement ici, mais dans tout le pays»,
a souligné une source sous le couvert de l'anonymat. Ainsi, a-t-on
appris hier que l'Association canadienne des journalistes et la Fédération
internationale des journalistes, basée à Bruxelles, appuient
le mouvement de résistance.
De son côté, la Fédération professionnelle
des journalistes du Québec (FPJQ) a répliqué en réactivant
le site de protestation que les journalistes de la Gazette avait dû
fermer à la suite des menaces de leur employeur.
Le journaliste sportif Jack Todd, une des vedettes du quotidien
anglophone, a été suspendu une semaine sans salaire pour avoir
répondu brutalement à un courriel de la compagnie annonçant
des nominations.
«Je pense que la compagnie a voulu faire de Jack un exemple.
Mais ça démontre aussi leur manque de respect. Jack Todd est
un atout pour The Gazette. Ça démontre à quel
point CanWest est distant de la sensibilité et des préoccupations
du marché montréalais», a confié une autre source
bien informée.
Selon la FPJQ, l'attitude de la compagnie, de manière
générale depuis le début, touche à la liberté
de la presse et à la liberté d'expression. Les journalistes
du quotidien vivent dans un climat difficile et craignent d'être censurés.
Deux cas notamment méritent d'être relevés, selon cette
source: la journaliste de télé, Peggy Curran, a dû retravailler
un article portant sur un documentaire racontant que des journalistes palestiniens
se faisaient tirer dessus par des policiers israéliens.
Également, la direction de CanWest aurait formellement
interdit de répliquer à un article «très extrême»
en faveur d'Israël paru en éditorial le 11 août.
Pour sa part, le rédacteur en chef Peter Stockland n'a
pas voulu faire de commentaires sur la suspension de son journaliste, sur
les cas de censure ou sur la suite des événements.
|