DUBOIS ET LES FASCISTES

Claude Boulay
AGQ 10.9.01


Voici une lettre que j'ai adressée à La Presse aujourd'hui. Merci à M. Charron de m'avoir mis sur la piste de ce personnage.

Décidément, c'était la semaine de M. René-Daniel Dubois à Radio-Canada. Après une présence à l'émission de Mme Marie-France Bazeau, voici qu'on le retrouve à celle de M. Alexis Martin.

Se basant sur un événement de 1936, où des représentants du gouvernement espagnol ne purent recueillir des fonds à Montréal pour acheter des médicaments, M. Dubois proclame que toute la société, intellectuels et historiens compris, était fasciste. Et qu'il en est toujours ainsi de nos jours.

Cette technique de sélection des faits et ce jeu de saute-mouton dans le temps faisaient partie de la méthode Richler. En s'exclamant "Vous avez tué Lorca", M. Dubois montre qu'il est capable d'améliorer cette méthode en y ajoutant une bonne dose de pharisaïsme.

Voici quelques faits historiques qui pourraient démontrer que la tentation fasciste dans les années trente et quarante n'était pas l'apanage exclusif des Québécois.

a. Il y avait des Swastika Clubs à Toronto, forts de milliers de membres, qui se faisaient un devoir de harceler les Juifs sur les plages publiques et dans les parcs. Avec d'autres groupes, tels que la bande Christie Pits et les Steel Helmets, ils se livrèrent à une émeute qui dura six heures, le 17 avril 1933. Il y eut aussi une émeute de même style à Winnipeg le 5 juin 1934.

b. Le Canada, au cours de la deuxième guerre mondiale, a procédé à l'emprisonnement de 21 000 hommes, femmes et enfants d'origine japonaise. Voici quelques extraits de discours qui ont mené à cette décision.
Le député A. W. Neil : " Je suis franchement d'avis que, comme le dit Kipling, il est impossible de faire d'un Jaune ou d'un Brun un Blanc. Impossible de laisser l'autorité à l'homme brun, le Blanc doit dominer et se faire obéir. ".
Le brigadier-général Sutherland Brown : " Chaque gamin aux yeux fendus, chaque homme aux yeux fendus, chaque femme aux yeux fendus, déploieraient le drapeau du Soleil Levant si les Japonais attaquaient. N'ayez jamais confiance en un Jap. Ils sont tous pour le Japon et pas un seul pour l'Empire britannique ".

c. En avril 1940, 300 soldats prirent d'assaut la maison d'un chef d'orchestre, à Calgary, s'en prenant aux blancs qu'ils trouvèrent sur les lieux parce qu'ils aimaient les " nigger joints ".

Mordecai Richler, lui, faisait tout en son possible pour coller aux Québécois la responsabilité d'avoir refusé l'asile au Canada aux Juifs persécutés par Hitler. Pourtant, l'histoire montre que ce sont surtout des Canadiens anglais qui façonnaient la politique canadienne en ce domaine. Le principal artisan (tel que décrit par Irving Abella et Harold Troper dans None Is Too Many, Canada and the Jews of Europe) était Frederick Charles Blair, directeur des service de l'Immigration. Vincent Massey, qui devait devenir gouverneur-général du Canada, Charlotte Whitton, future maire d'Ottawa et George Stanley, futur lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick, s'illustrèrent aussi dans la lutte pour empêcher les Juifs d'immigrer au Canada.

Si les historiens et autres intellectuels québécois proclamaient que la société québécoise des années 30 et 40 était en tout point parfaite, M. Dubois serait justifié de les accuser de mentir. À mon avis, la méthode Dubois, qui consiste à sélectionner habilement les faits et à y trouver prétexte pour déchirer ses vêtements en public, est ce qui s'apparente le plus au mensonge.

Claude Boulay