Chroniques des petits pas fascistes ordinaires

Jean-Yves Durocher
Vigile
14 décembre 2001


En 1932, quelque temps avant l’arrivée de Hitler au pouvoir, il aurait été difficile, dans le phare moderne de la liberté, du génie culturel qu’était alors Berlin, de trouver un observateur politique sérieux qui aurait osé dire que le nazisme, ce régionalisme démagogique du Sud de l’Allemagne, avait la moindre chance de prendre le pouvoir dans un pays aussi rationnel, inventeur du modernisme.

On connaît la suite.

Le fascisme n’existe que si les petits pas fascistes passent comme le couteau brûlant dans le beurre mou. Le brûlant des démagogues et le mou d’un peuple rassasié dans ses petits conforts bourgeois.

Le premier s’empare de toutes les occasions possibles qui lui permettront de se faire valoir en tant que solution à tous les problèmes. Et le meilleur moyen de le faire est d’en inventer. Car la meilleure méthode de démonstration est bien de partir de la solution et d’arriver à la prémisse. Le second est tellement heureux de son petit confort, de son arrivisme personnel, qu’il préfère les solutions à l’affrontement des problèmes.

Nous vivons dans cette logique au Québec depuis un an, 365 jours d’infamie. Pour une fois, nous sommes réellement en avance sur les Américains. Nous l’avons l’affaire!

L’affaire Michaud, dois-je le dire?

L’affaire Michaud, c’est le petit fascisme ordinaire à l’oeuvre, le couteau brûlant du démagogue dans le beurre mou de l’arrivisme. L’affaire Michaud, c’est le refus de confronter les problèmes soulevés par Yves Michaud :

  • La manipulation démagogique des communautés ethniques par des dirigeants dont les revenus proviennent ENTIÈREMMENT d’Ottawa et son résultat : ces votes à 100% contre.

    Parce que ces votes étaient contre, négatifs dans leur totalité. Réflexe raciste parfait. Michaud ne s’en indignait pas autant qu’il s’interrogeait sur notre incapacité de pouvoir NOUS expliquer sur les causes du problème. Et donc des solutions que nous devions inventer pour qu’ils votent en toute connaissances de cause, sans influence indue. Même, encore à 100%, pas contre, mais pour. Même si ce pour s’exprime par un NON.

    Mais, pour cela, il faut plus qu’un petit tour de centaure folklorique.

  • La disparition de ce que nous sommes, les héritiers de la Nouvelle-France.
  • L’effacement de notre culture, de notre langue.
  • Et la mainmise du corporatisme sur notre vie : il n’était pas le Robin des Banques pour rien.

    Ceux qui connaissent l’histoire du fascisme savent très bien - et son fondateur idéologique, Benito Mussolini l’admettait candidement - qu’il aurait dû s’appeler corporatisme.

    En premier lieu, les fascismes s’attaquent à ceux qui parlent, qui disent, qui expliquent. Car eux, ils sont les plus dangereux. Eux, ils partent des prémisses pour arriver aux conclusions. Eux, ils n’inventent pas des solutions à des problèmes inexistants.

    Ils ne s’inventent pas des dégénérés. En premier, ceux que la société réprouve naturellement, fous et malades en tout genre; et puis ceux que la même société désigne depuis toujours comme comble de la dépravation : les homosexuels; et puis les gitans en tout genre : aujourd’hui devenus Arabes; et puis les politiquement inacceptables : communistes alors, devinez qui ils seront au Canada; et puis la cause de tous les mots; la quintessence de la dépravation nationale; tarés génétiques, imbéciles capables de tous les pouvoirs : en ce temps et ces lieux, les juifs, aujourd’hui? Ici?

    Car que sommes-nous pour les Canadians, si ce n’est des tarés génétiques, truies génitrices, imbéciles mais capables de tous les pouvoirs : le French Power.

    Ce ne sont pas les contradictions qui assomment les fascistes, au contraire, ils en vivent. Facilement, car le fascisme, le stalinisme, tous les ismes du genre, comprennent l’importance de contrôler la pensée; la nécessité de son conditionnement quotidien.

    La clé de tous les régimes totalitaires est la censure. Sans elle, ils s’écroulent immédiatement. Mais la censure ne s’exerce que si elle est efficace. Censurer Jean-Yves Durocher, censurer Vigile est inutile. Fermer la gueule à Michaud, c’est autre chose. Faire fermer la gueule à Michaud par les siens...

    L’erreur est humaine, la stupidité consiste à penser qu’on ne peut en faire, la malhonnêteté de ne pas reconnaître en avoir fait. Si le Québec, son parlement - si démocratique comme il croit l’être - sont si en avance, si progressistes, si d’avant-gardistes, ils pourraient peut-être prendre l’initiative de contrer les petits fascismes dans lesquels ils s’embourbent de plus en plus.

    Les solutions faciles sont faciles. Le gouvernement du Québec en adopte trop. La différence entre l’administration et la gérance se situe entre la pérennité et le quotidien. La première exige de penser à demain, la deuxième à se préoccuper d’aujourd’hui. La facilité, c’est pour un démagogue d’inventer le problème Michaud. Si l’Assemblée nationale, majoritairement péquiste, le censure, pourquoi Radio-Canada ne peut-il pas censurer Lester? La facilité mène au retour du billet de confession d’antan, émis par l’autorité absolue, le prêtre; dans sa forme moderne, les vérifications d’antécédents judiciaires, tirés de la base de données de la GRC.

    Auparavant, il y avait des ligues des droits de l’homme pour s’indigner de cela. Il y avait des personnes pour les fonder. L'une d’entre elles s’appelait Yves Michaud.

    La facilité, c’est de se plier aux exigences d’un pays étranger, d’abandonner sa souveraineté totalement à ses exigences : la frontière ouverte canado-américaine. En passant, dans les fameuses ententes canado-américaine, existe-t-il un article qui exige des inspecteurs américains en sol (je connais la différence entre sol et territoire) canadien qu’ils respectent la Loi sur les langues officielles?

    Les petits pas du fascisme sont des solutions faciles, comme dans le temps d’Hitler : elles viennent d’un Sud politiquement démagogue, sans fondement démocratique : la Bavière alors, le Texas aujourd’hui. Car doit-on répéter que Bush a récolté 500,000 voix de moins de Gore, il y a à peine plus d’un an? (Si je refuse l’amalgame Hitler-Bush, ignoble, l’idéologie nazie ressemble trop à des groupes politiques d’extrême-droite, géographiquement concentrés dans le Sud des USA pour me refuser l’analogie.)

    Encourager ces facilités, c’est encourager La FACILITÉ : demeurer au Canada. RESTER... Ce que la machine propagandiste fédérale répète inlassablement, sondages superbes à l’appui.

    Oui, aujourd’hui, il est plus facile d’être canadien. Un peu plus canadien aujourd’hui, donc un peu moins québécois demain, mais le facile n’est pas une notion du lendemain.

    Revenons à ce que nous sommes, français, cartésiens, pensons et réfléchissons AVANT. Parce qu’il ne faut pas être sorcier pour connaître l’APRÈS.

    À moins d’ignorer son histoire.

    Jean-Yves Durocher