Le sens politique de l’affaire Michaud, un an après

Gilles Verrier
14 décembre 2001


Ce qui au départ aurait pu passer pour une bavure parlementaire s’est alourdi d’un silence qui s’étire depuis maintenant un an. Avec la probabilité de plus en plus grande qu’Yves Michaud sera maintenu en disgrâce par le parti qu’il a loyalement servi, cette fâcheuse affaire prend maintenant tout son sens politique que je tente ici de décoder sans complaisance. Aussi injustifiée qu’elle fût, la motion de blâme avait ceci de bon, aux dires de ceux qui l’appuyèrent, qu’elle mettrait fin aux calomnies concernant la nature pluraliste de notre lutte. Bernard Landry en témoignait de cette façon lors de son discours de Verchères (21 janvier 2001) :«D'abord, jamais plus il ne faut tolérer ici ou ailleurs que l'on assimile le projet québécois qui est totalement inclusif à quelque dessein ethnique que ce soit.» Ces paroles sont malheureusement restées sans lendemain. The Gâzette poursuit son oeuvre de diffamation de notre lutte et entretient une culture de la haine sans que personne sur Grande-Allée n’intervienne. L’affaire Michaud n’aura donc rien réglé à cet égard. La rectitude politique des parlementaires n’aura servi qu’à instiller un peu plus le doute dans nos rangs quant à la justesse de notre cause. Le refus de revenir sur cette affaire qui les déshonore, amoindrit les parlementaires et par extension tous ceux qu’ils représentent.

Au-delà du prétexte de l’antisémitisme, c’est la volonté claire d’Yves Michaud d’agir à Québec à titre de défenseur de l’esprit de la Loi 101 qui fit s’abattre sur lui la motion de blâme, suivie de multiples calomnies et injures lancées par plusieurs élus. Ce déluge visait à le discréditer, bref à lui barrer la route de l’Assemblée nationale en rendant impossible son élection dans le comté de Mercier. En tuant l’élection de Michaud, les parlementaires trahissaient non seulement leur propre abandon de la lutte pour valoriser partout le français, langue nationale du Québec, mais trahissaient également leur refus de reconnaître un des chefs de file d’un courant d’opinion important du Parti québécois et de la population. La langue, on l’a vu sans cesse depuis l’adoption de la Loi 101, et en fait depuis la Conquête, est une matière explosive parce qu’elle touche le fond de la question : notre volonté, honni et toujours refusée par les Canadians, de nous comporter comme une majorité.

Le lynchage précipité de M. Michaud et son maintien en disgrâce nous oblige à mettre des bémols sur la prétendue «coalition» dont se réclame le Parti québécois. S’il y a une coalition à la base, parmi les militants, tout va tant que ces derniers ne prétendent pas se faire une place au sommet. Comment ceux qui partagent les idées d’Yves Michaud peuvent-ils encore se sentir bienvenue au Parti québécois et libres de gravir les échelons ? Ce n’est pas une modification au règlement de l’Assemblée nationale qui dénouera l’atmosphère, c’est pourquoi je m’oppose à ce moyen de régler l’affaire parce qu’il est inapproprié. L’affaire Michaud est d’abord une affaire politique qui doit se résoudre par des moyens politiques et non par une formalité qui ne fera que pousser le problème en avant. C’est aux élus du Parti québécois qu’il revient de trouver le moyen de prendre la parole. Ils doivent s’expliquer et vider la question dans le sens des intérêts de la nation. Ils doivent commencer par avouer qu’il n’y a rien d’antisémite dans la vie et l’oeuvre d’Yves Michaud.

La motion de blâme contre Yves Michaud est un cas d’utilisation du poids de l’État pour fausser le jeu de la démocratie. C’est également un geste sans précédent contre un patriote québécois. En toute lucidité, il devient impossible de croire que ceux qui peuvent aussi facilement retourner leurs armes contre un des leurs et essayer de faire oublier leur geste avec le temps peuvent constituer un leadership solide, capable de réunir les conditions pour déclencher un référendum et le gagner. Après un an, on note un refus partagé chez les parlementaires péquistes de réparer le tort, alors que, par ailleurs, la sympathie à l’égard de Monsieur Michaud dans les milieux souverainistes se maintient au beau fixe. Par le jeu des associations, l’inaction des parlementaires laisse planer un doute malsain sur la légitimité de notre cause entière. Le pourrissement de la situation est contraire à nos intérêts nationaux et conduit à une véritable crise de confiance à l’égard des parlementaires péquistes. Il y a urgence d’aborder le problème et il doit être abordé de front.

Le refus panique des parlementaires de partager les banquettes de l’Assemblée nationale avec un partisan de l’intégration des nouveaux arrivants à la communauté francophone donne la mesure de leur frilosité. L’aile parlementaire manque d’ouverture, le Parti ne constitue pas à son sommet une coalition de différentes tendances souverainistes et il est désorienté au point de s’en prendre à ses plus fidèles supporteurs. Le surmenage des ministres et des députés dans tous les aspects de leur tâche qui revêt une nature strictement provinciale ne surprend plus et s’accompagne d’une absence de politiques et de gestes déterminés en ce qui a trait à la défense de nos intérêts nationaux. Tout cela se tient. Une juste résolution de l’affaire Michaud pourrait donner le signal de la relance, le début d’un véritable après Bouchard.

Gilles Verrier