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Ce qui au départ aurait pu passer pour une bavure parlementaire sest alourdi dun silence qui sétire depuis maintenant un an. Avec la probabilité de plus en plus grande quYves Michaud sera maintenu en disgrâce par le parti quil a loyalement servi, cette fâcheuse affaire prend maintenant tout son sens politique que je tente ici de décoder sans complaisance. Aussi injustifiée quelle fût, la motion de blâme avait ceci de bon, aux dires de ceux qui lappuyèrent, quelle mettrait fin aux calomnies concernant la nature pluraliste de notre lutte. Bernard Landry en témoignait de cette façon lors de son discours de Verchères (21 janvier 2001) :«D'abord, jamais plus il ne faut tolérer ici ou ailleurs que l'on assimile le projet québécois qui est totalement inclusif à quelque dessein ethnique que ce soit.» Ces paroles sont malheureusement restées sans lendemain. The Gâzette poursuit son oeuvre de diffamation de notre lutte et entretient une culture de la haine sans que personne sur Grande-Allée nintervienne. Laffaire Michaud naura donc rien réglé à cet égard. La rectitude politique des parlementaires naura servi quà instiller un peu plus le doute dans nos rangs quant à la justesse de notre cause. Le refus de revenir sur cette affaire qui les déshonore, amoindrit les parlementaires et par extension tous ceux quils représentent.
Au-delà du prétexte de lantisémitisme, cest la volonté claire dYves Michaud dagir à Québec à titre de défenseur de lesprit de la Loi 101 qui fit sabattre sur lui la motion de blâme, suivie de multiples calomnies et injures lancées par plusieurs élus. Ce déluge visait à le discréditer, bref à lui barrer la route de lAssemblée nationale en rendant impossible son élection dans le comté de Mercier. En tuant lélection de Michaud, les parlementaires trahissaient non seulement leur propre abandon de la lutte pour valoriser partout le français, langue nationale du Québec, mais trahissaient également leur refus de reconnaître un des chefs de file dun courant dopinion important du Parti québécois et de la population. La langue, on la vu sans cesse depuis ladoption de la Loi 101, et en fait depuis la Conquête, est une matière explosive parce quelle touche le fond de la question : notre volonté, honni et toujours refusée par les Canadians, de nous comporter comme une majorité.
Le lynchage précipité de M. Michaud et son maintien en disgrâce nous oblige à mettre des bémols sur la prétendue «coalition» dont se réclame le Parti québécois. Sil y a une coalition à la base, parmi les militants, tout va tant que ces derniers ne prétendent pas se faire une place au sommet. Comment ceux qui partagent les idées dYves Michaud peuvent-ils encore se sentir bienvenue au Parti québécois et libres de gravir les échelons ? Ce nest pas une modification au règlement de lAssemblée nationale qui dénouera latmosphère, cest pourquoi je moppose à ce moyen de régler laffaire parce quil est inapproprié. Laffaire Michaud est dabord une affaire politique qui doit se résoudre par des moyens politiques et non par une formalité qui ne fera que pousser le problème en avant. Cest aux élus du Parti québécois quil revient de trouver le moyen de prendre la parole. Ils doivent sexpliquer et vider la question dans le sens des intérêts de la nation. Ils doivent commencer par avouer quil ny a rien dantisémite dans la vie et loeuvre dYves Michaud.
La motion de blâme contre Yves Michaud est un cas dutilisation du poids de lÉtat pour fausser le jeu de la démocratie. Cest également un geste sans précédent contre un patriote québécois. En toute lucidité, il devient impossible de croire que ceux qui peuvent aussi facilement retourner leurs armes contre un des leurs et essayer de faire oublier leur geste avec le temps peuvent constituer un leadership solide, capable de réunir les conditions pour déclencher un référendum et le gagner. Après un an, on note un refus partagé chez les parlementaires péquistes de réparer le tort, alors que, par ailleurs, la sympathie à légard de Monsieur Michaud dans les milieux souverainistes se maintient au beau fixe. Par le jeu des associations, linaction des parlementaires laisse planer un doute malsain sur la légitimité de notre cause entière. Le pourrissement de la situation est contraire à nos intérêts nationaux et conduit à une véritable crise de confiance à légard des parlementaires péquistes. Il y a urgence daborder le problème et il doit être abordé de front.
Le refus panique des parlementaires de partager les banquettes de lAssemblée nationale avec un partisan de lintégration des nouveaux arrivants à la communauté francophone donne la mesure de leur frilosité. Laile parlementaire manque douverture, le Parti ne constitue pas à son sommet une coalition de différentes tendances souverainistes et il est désorienté au point de sen prendre à ses plus fidèles supporteurs. Le surmenage des ministres et des députés dans tous les aspects de leur tâche qui revêt une nature strictement provinciale ne surprend plus et saccompagne dune absence de politiques et de gestes déterminés en ce qui a trait à la défense de nos intérêts nationaux. Tout cela se tient. Une juste résolution de laffaire Michaud pourrait donner le signal de la relance, le début dun véritable après Bouchard.
Gilles Verrier
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