|
Après la pause, l'affaire Yves Michaud. Ce coloré Robin des banques a subi la pire humiliation de sa vie il y a un an, un blâme de l'Assemblée nationale du Québec. Et un an plus tard, il crie toujours à l'injustice. A tout de suite.
"Il n'y a pas une journée, pas une seule journée au cours de laquelle, que ce soit le soir, ou la nuit, où à mon réveil, ou je ne pense à cette affaire. C'est comme une plaie ouverte." (Yves Michaud)
Yves Michaud n'a jamais eu la langue dans sa poche, c'est bien connu. Il parle un français châtié. D'ailleurs, il n'a pas peur de ses opinions, au contraire! Souverainiste convaincu, il n'a eu de cesse depuis 30 ans de clamer sur tous les toits le droit des Québécois à se donner un pays. Il s'est même emporté quelques fois et, il y a un an, [inaudible] dans une conversation avec un ami juif à qui il reprochait de ne pas comprendre que d'autres peuples que les Juifs aient souffert dans l'histoire de l'humanité. Et plus tard, devant la Commission Larose sur la langue, il a tenu d'autres propos controversés et, le résultat, ce fut un blâme officiel de l'Assemblée nationale. Depuis ce temps-là, profondément blessé, monsieur Michaud se bat en vain pour qu'on retire ce blâme. D'abord, un bref rappel des faits. Ensuite, je m'entretiendrai avec monsieur Michaud.
(Reportage télévisé)
L'Assemblée nationale, Lucien Bouchard en tête, ne tarde pas à réagir. Les
députés adoptent une mesure exceptionnelle, une motion de blâme. Deux jours plus tôt, Yves Michaud annonçait vouloir devenir candidat péquiste.
Serait-il maintenant le bienvenu? Le parti était divisé.
"Qui divise le parti? Qui est pris avec une patate chaude? Qui a lancé une patate chaude sur mon bureau pu le bureau de tous les membres? Qui?" "Vous voudriez que je m'excuse? De quoi? N'est-ce pas plutôt à vous de le
faire?" "Il me demande de m'excuser, imaginez! D'où le surréalisme, c'est bon." (Lucien Bouchard)
"Dans mon Parti québécois dont je suis le chef, on se met tout à coup à dire: oui, c'est pas si grave, c'est pas ça qu'il voulait dire, mais on en a ras-le-bol des Juifs qui prétendent être les seuls à avoir souffert. Non, non, non.
Pas pour moi, ça. Ca, c'est pas pour moi!" (Lucien Bouchard) (fin du reportage) (Simon Durivage)
(Simon Durivage) - Est-ce qu'on vous écrit toujours pour vous encourager ou parfois...
YVES MICHAUD: "9 fois, mettez 19 fois sur 20, c'est oui, puis il y a peut-être, c'est très rare, mais il y en a, il y en a quelques-uns, ce sont des courriels de bêtises. C'est arrivé une fois au coin de Queen Mary, à la pharmacie Jean Coutu, quelqu'un m'ayant reconnu, je sais pas d'où il vient d'ailleurs, a craché sur mon passage. Ça, c'est arrivé une fois. C'est la première
fois que ça m'arrivait dans ma vie. Ça crée un petit choc."
(Simon Durivage)
"J'avais besoin de ça comme d'une rage de dents. Mais il n'y a pas une journée, pas une seule journée au cours de laquelle, que ce soit le soir
ou la nuit, ou à mon réveil, où je ne pense à cette affaire. C'est comme une plaie ouverte, c'est une blessure qui guérit pas." (Yves Michaud)
(Simon Durivage) Bonsoir, monsieur Michaud.
(Yves Michaud) - Bonsoir.
(Simon Durivage) - Avec le recul, là, un an plus tard, est-ce que vous reposeriez les mêmes gestes? Est-ce que vous rediriez, referiez les mêmes
déclarations?
(Yves Michaud) - La réponse est oui, malgré que depuis un an, pour rester dans le registre de la santé, cette question-là me rend malade. Elle me rend malade parce qu'il y a eu des bavures policières et il y a eu une bavure parlementaire et c'est là le fond de la question.
Sur la question de l'antisémitisme, si quelqu'un ose dire que j'ai tenu des
propos antisémites, je les poursuis directement en justice devant les tribunaux parce que je n'ai jamais tenu de propos antisémites, bien au
contraire. J'ai tenu des propos admiratifs à l'égard de la population juive.
(Simon Durivage) - Le blâme de l'Assemblée nationale n'était pas que vous aviez tenu des propos antisémites, mais que vous aviez tenu des propos controversés sur la communauté juive.
(Yves Michaud) - Des propos inacceptables à propos de la communauté juive. Je n'en ai jamais parlé de la communauté juive.
(Simon Durivage) - Si, vous en avez parlé, la fois où vous avez dit que les Juifs se plaignent, enfin, que vous en aviez marre, comme dit Monsieur Bouchard, vous en aviez marre d'entendre que les Juifs sont comme s'ils étaient les seuls à avoir souffert dans l'humanité.
(Yves Michaud) - Non, mais il y a actuellement en Afrique du Sud un colloque sur les génocides dans l'histoire de l'humanité. Tout ce que j'ai dit à ce sénateur, d'ailleurs sur un ton assez amical, et lui-même ne se souvient pas d'avoir été insulté, hein? Il a pas été insulté. J'ai dit: vous n'êtes quand même pas le seul peuple au monde à avoir souffert dans l'histoire de
l'humanité. Mais je reviens pas là-dessus.
(Simon Durivage) - Avez-vous reparlé à Monsieur Bouchard là-dessus? Vous êtes-vous expliqués tous les deux?
(Yves Michaud) - Non, avec Monsieur Bouchard, non.
(Simon Durivage) - Avec Bernard Landry, sûrement. Vous jouez au
tennis ensemble.
(Yves Michaud) - Ah oui! Bernard Landry est un ami depuis 40 ans et je continue de lui parler toutes les semaines.
(Simon Durivage) - Et lui continue de dire que l'Assemblée nationale
ne va pas reculer là-dessus, ne va pas retirer ce blâme.
(Simon Durivage) - Mais les Juifs montent au créneau parce que vous prenez toujours des exemples de Juifs, c'est ça!
(Yves Michaud) - Il y a des tribunaux pour cela. Si j'ai tenu des propos qui sont contre... Je n'en ai pas tenu, mais il y a des tribunaux pour disposer de ces
cas-là. Ce n'est pas l'Assemblée nationale.
(Simon Durivage) - Vous voulez aller devant les tribunaux, vous?
(Yves Michaud) - On va rester dans le droit pur. Est-ce que l'Assemblée nationale a le
droit de décerner des motions de blâme et de se substituer
en tribunal d'exception pour déshonorer quelqu'un?
(Simon Durivage) - Qui va répondre à ça?
(Yves Michaud) - Les tribunaux, la Cour supérieure du Québec.
(Simon Durivage) - Et si elle dit non, qu'elle n'a pas le droit,
vous serez satisfait de ça?
- Qu'elle dise oui ou non, je verrai, mais pour moi l'affaire sera close. Mais au moins, les tribunaux se seront prononcés.
(Simon Durivage) - Bon, merci infiniment, c'est gentil.
Merci beaucoup, monsieur Michaud.
(Yves Michaud) - Je vous en prie.
[...]
|