L'affaire Yves Michaud (12.01)



La motion de l'Assemblée nationale - Les tribunaux trancheront !

«Je suis un cas unique depuis quatre siècles»
- YVES MICHAUD

«UN AN PLUS TARD»
- TVA 3.12.01
(Verbatim de l'émission - section concernant Yves Michaud)




Présentation de Simon Durivage

Après la pause, l'affaire Yves Michaud. Ce coloré Robin des banques a subi la pire humiliation de sa vie il y a un an, un blâme de l'Assemblée nationale du Québec. Et un an plus tard, il crie toujours à l'injustice. A tout de suite.

"Il n'y a pas une journée, pas une seule journée au cours de laquelle, que ce soit le soir, ou la nuit, où à mon réveil, ou je ne pense à cette affaire. C'est comme une plaie ouverte." (Yves Michaud)

Yves Michaud n'a jamais eu la langue dans sa poche, c'est bien connu. Il parle un français châtié. D'ailleurs, il n'a pas peur de ses opinions, au contraire! Souverainiste convaincu, il n'a eu de cesse depuis 30 ans de clamer sur tous les toits le droit des Québécois à se donner un pays. Il s'est même emporté quelques fois et, il y a un an, [inaudible] dans une conversation avec un ami juif à qui il reprochait de ne pas comprendre que d'autres peuples que les Juifs aient souffert dans l'histoire de l'humanité. Et plus tard, devant la Commission Larose sur la langue, il a tenu d'autres propos controversés et, le résultat, ce fut un blâme officiel de l'Assemblée nationale. Depuis ce temps-là, profondément blessé, monsieur Michaud se bat en vain pour qu'on retire ce blâme. D'abord, un bref rappel des faits. Ensuite, je m'entretiendrai avec monsieur Michaud.

(Reportage télévisé)
Il y a un an, Yves Michaud témoignait devant la Commission des états généraux sur la langue française. Venu y présenter un mémoire, il semait la controverse en commentant le vote ethnique lors du dernier référendum dans la circonscription à majorité juive de Côte-Saint-Luc. "Aucun oui, 2,275non. Il n'y a même pas un étudiant égaré qui [inaudible], il y a même pas un aveugle qui s'est trompé ou un malvoyant. C'est l'intolérance zéro." (Yves Michaud)

L'Assemblée nationale, Lucien Bouchard en tête, ne tarde pas à réagir. Les députés adoptent une mesure exceptionnelle, une motion de blâme. Deux jours plus tôt, Yves Michaud annonçait vouloir devenir candidat péquiste. Serait-il maintenant le bienvenu? Le parti était divisé.

"Qui divise le parti? Qui est pris avec une patate chaude? Qui a lancé une patate chaude sur mon bureau pu le bureau de tous les membres? Qui?" "Vous voudriez que je m'excuse? De quoi? N'est-ce pas plutôt à vous de le faire?" "Il me demande de m'excuser, imaginez! D'où le surréalisme, c'est bon." (Lucien Bouchard)

"Vos propos à mon égard sont profondément injustes et non fondés et votre acharnement à mon endroit n'est pas digne de la fonction que vous exercez." (Lucien Bouchard cite une lettre de Yves Michaud)

"Dans mon Parti québécois dont je suis le chef, on se met tout à coup à dire: oui, c'est pas si grave, c'est pas ça qu'il voulait dire, mais on en a ras-le-bol des Juifs qui prétendent être les seuls à avoir souffert. Non, non, non. Pas pour moi, ça. Ca, c'est pas pour moi!" (Lucien Bouchard) (fin du reportage)

(Simon Durivage)
Finalement, Yves Michaud n'a jamais été candidat et Lucien Bouchard quittait son poste de premier ministre. Depuis un an, Yves Michaud descend chaque jour à son bureau pour lire ses courriels.

(Simon Durivage) - Est-ce qu'on vous écrit toujours pour vous encourager ou parfois...

YVES MICHAUD: "9 fois, mettez 19 fois sur 20, c'est oui, puis il y a peut-être, c'est très rare, mais il y en a, il y en a quelques-uns, ce sont des courriels de bêtises. C'est arrivé une fois au coin de Queen Mary, à la pharmacie Jean Coutu, quelqu'un m'ayant reconnu, je sais pas d'où il vient d'ailleurs, a craché sur mon passage. Ça, c'est arrivé une fois. C'est la première fois que ça m'arrivait dans ma vie. Ça crée un petit choc."

(Simon Durivage)
Mais la vie continue. Yves Michaud tient toujours à son titre de Robin des banques. Il se rend donc régulièrement à L'Association de protection des épargnants et des investisseurs. "Ca va?" Mais un an plus tard, l'affaire Michaud ne s'est pas évanouie.

"J'avais besoin de ça comme d'une rage de dents. Mais il n'y a pas une journée, pas une seule journée au cours de laquelle, que ce soit le soir ou la nuit, ou à mon réveil, où je ne pense à cette affaire. C'est comme une plaie ouverte, c'est une blessure qui guérit pas." (Yves Michaud)

(Simon Durivage)
Alors Yves Michaud est en studio avec nous.

Bonsoir, monsieur Michaud.

(Yves Michaud) - Bonsoir.

(Simon Durivage) - Avec le recul, là, un an plus tard, est-ce que vous reposeriez les mêmes gestes? Est-ce que vous rediriez, referiez les mêmes déclarations?

(Yves Michaud) - La réponse est oui, malgré que depuis un an, pour rester dans le registre de la santé, cette question-là me rend malade. Elle me rend malade parce qu'il y a eu des bavures policières et il y a eu une bavure parlementaire et c'est là le fond de la question.

Sur la question de l'antisémitisme, si quelqu'un ose dire que j'ai tenu des propos antisémites, je les poursuis directement en justice devant les tribunaux parce que je n'ai jamais tenu de propos antisémites, bien au contraire. J'ai tenu des propos admiratifs à l'égard de la population juive.

(Simon Durivage) - Le blâme de l'Assemblée nationale n'était pas que vous aviez tenu des propos antisémites, mais que vous aviez tenu des propos controversés sur la communauté juive.

(Yves Michaud) - Des propos inacceptables à propos de la communauté juive. Je n'en ai jamais parlé de la communauté juive.

(Simon Durivage) - Si, vous en avez parlé, la fois où vous avez dit que les Juifs se plaignent, enfin, que vous en aviez marre, comme dit Monsieur Bouchard, vous en aviez marre d'entendre que les Juifs sont comme s'ils étaient les seuls à avoir souffert dans l'humanité.

(Yves Michaud) - Non, mais il y a actuellement en Afrique du Sud un colloque sur les génocides dans l'histoire de l'humanité. Tout ce que j'ai dit à ce sénateur, d'ailleurs sur un ton assez amical, et lui-même ne se souvient pas d'avoir été insulté, hein? Il a pas été insulté. J'ai dit: vous n'êtes quand même pas le seul peuple au monde à avoir souffert dans l'histoire de l'humanité. Mais je reviens pas là-dessus.

La motion de l'Assemblée nationale, je suis un cas unique depuis quatre siècles. Ça ne s'est jamais fait qu'une assemblée parlementaire, dans les régimes traditionnels de démocratie britannique, ait voté une motion de blâme à l'égard d'un simple citoyen, d'un citoyen.

(Simon Durivage) - Avez-vous reparlé à Monsieur Bouchard là-dessus? Vous êtes-vous expliqués tous les deux?

(Yves Michaud) - Non, avec Monsieur Bouchard, non.

(Simon Durivage) - Avec Bernard Landry, sûrement. Vous jouez au tennis ensemble.

(Yves Michaud) - Ah oui! Bernard Landry est un ami depuis 40 ans et je continue de lui parler toutes les semaines.

(Simon Durivage) - Et lui continue de dire que l'Assemblée nationale ne va pas reculer là-dessus, ne va pas retirer ce blâme.

(Yves Michaud) - Le Parti québécois, le dernier conseil national, à 400 voix contre 2 a décidé... Le parti l'a fait et, là, le gouvernement vient de présenter une motion à l'effet que plus jamais une motion de blâme ne soit adressée à l'égard d'un citoyen, mais pourquoi? Pourquoi? Une Assemblée nationale, c'est pas un tribunal. Lorsque Monsieur Bronfman, en 76, a dit que les séparatistes étaient des bâtards et qu'avec eux ce serait l'enfer et l'extermination de la communauté juive, lorsque Mordecai Richler, parlant du clergé canadien-français, a dit que le clergé canadien-français considérait nos mères comme des truies, ils n'ont pas eu une motion de blâme. Et s'ils en avaient eue, moi j'aurais interdit et et je serais monté au créneau pour les défendre.

(Simon Durivage) - Mais les Juifs montent au créneau parce que vous prenez toujours des exemples de Juifs, c'est ça!

(Yves Michaud) - Il y a des tribunaux pour cela. Si j'ai tenu des propos qui sont contre... Je n'en ai pas tenu, mais il y a des tribunaux pour disposer de ces cas-là. Ce n'est pas l'Assemblée nationale.

(Simon Durivage) - Vous voulez aller devant les tribunaux, vous?

(Yves Michaud) - On va rester dans le droit pur. Est-ce que l'Assemblée nationale a le droit de décerner des motions de blâme et de se substituer en tribunal d'exception pour déshonorer quelqu'un?

(Simon Durivage) - Qui va répondre à ça?

(Yves Michaud) - Les tribunaux, la Cour supérieure du Québec.

(Simon Durivage) - Et si elle dit non, qu'elle n'a pas le droit, vous serez satisfait de ça?

- Qu'elle dise oui ou non, je verrai, mais pour moi l'affaire sera close. Mais au moins, les tribunaux se seront prononcés.

(Simon Durivage) - Bon, merci infiniment, c'est gentil. Merci beaucoup, monsieur Michaud.

(Yves Michaud) - Je vous en prie.

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